HUON DE MÉRI
La bataille livrée par les barons de l'armée d'Amour aux portiers de la tour où Bel-Accueil est enfermé est directement imitée du Tournoiement d'Antéchrist (3). Les armes dont se servent Franchise, Pitié, Délit, Hardement, Danger, Honte, Peur, dans le Roman de la Rose, ressemblent trop à celles que Iluon de Méri a données aux chevaliers du tournoi pour qu*il y ait aucun doute possible sur ce point. 1^ massue de Danger a été prise « ou bois de Refus » (R. R., v. 10255) ; Franchise apporta sa lance « de la forest de Chnrie » (R. R., v. 16200), comme la lance de Prouesse, dans le Tournoiement d'Antéchrist, vient du bois de Renommée (4)'
(T Le Besant de Dieu, éd. E. Martin, ver» hWfU^. (■?) Vovfz p. 5^j et p. 66.
'3, Li Tornoiemenz Ani écrit ^ won Hiion de Mérr, p. p. G. Winiffier, Marburg, l'^^'<- AuJffjiheii uwt Ahhundlxingen, LXXVI.y (4; \Ui \<fs f:iX \i fuz tïf; sa lance
El boi» de Renommée pris. (T. d'Ant*, v. 17Ûi-l)«
L'armement de Pitié, dans le roman, ressemble tout à fait à celui de Paix et de Miséricorde^ dans le Tournoiement :
Pitié, qui a loul bien s'acorde,
Tenoit une miséricorde
En leu d'espee» en trestous termes,
Décorant de plors et de termes.
Ceste, se li actor ne ment,
Perceroit pierre d'aîment,
Por qu'ele fusl bien de li pointe ;
Car ele a trop agûe pointe.
Ses escus ert d'alegement,
Tous bordés de gémissement.
Plains de sospirs et de complaintes.
Pitié, qui ploroit lermes maintes,
Point le vilain^de toutes pars {R. R., v. 16328-40).
Ensi armé, ensi rengié
Ercnt Pus et Miséricorde :
Une trenchant miséricorde
Ot cbascune a son costé ceinte,
Si ot fait a sa lance peinte
Atacbier un blanc penonccl,
Qui trop furent parant et bel,
Car lacié les ont et poliz
Pitié, et lavez et blancbiz.
Es lermes qu'elo avoit plorees (T. d'Ant., v. 1960-69).
De même que Técu de Largesse est losange
De promesses et de beaus^dons,
A un Cartier de guerredons (T. d*Ant., 1645-46);
de môme les barons d'Amour lancent des flèches barbelées,
Do grans promesses empcncos
Que de scrviscs, que de dons,
Por tost avoir lor guerredons ;
Car il nM entra onques fust
Qui tout de promesses ne fust.
D'un fer ferrées fermement
De fiance et de sercment (R. R., v. 16747-53).
Il serait aussi inutile que facile de multiplier ces rapprochements. Cf^ux qui précèdent prouvent amplement que Jean
SECONDE PARTIE. ISJ
connaissait le Tournoiement d'Antéchrist : il s'en est inspiré notamment pour les vers 16241-16826 , 3Î224-22343.
ANDRÉ l.E CHAPELAIN.
Bien qu'il ne soil fait aucune mention d'André le Chapelain dans le Roman de la Rose, Jean de Meuti lui a pourtant emprunté une définition de l'amour, qu'il a traduite, sans en indiquer la provenance :
« Amor est passio quedam iunata, procedens ex fixions et immoderata cogitatione forme alterius se.xua, oh quam qiiidem aliquis super omnia cupit alterius potiri amplexibus, et omnia de utriusque voluiitate in ipsis araoris amplexibus compleri... Hoc autem est precipue in amore nolaudum quod amor uisi inler diversorum sexuum personas esse non potesl... Ad hoc lotus tendit coualua amantis et de hoc illius as?idiia cogilalio persévérât ut ejus quam amat fruatur amplexibus. Opiatetiam ut omnia cuin ea compleat Amoris mandata, id est ea que in amoris tractalibus reperiuntur inserta (1). «
Amors, se bien suis npeusee,
C'est maladie de pensée
Entre dous personnes aonexuâ,
Franclies entre eux, de divers ac^es,
Venans as gens par ardor née
De vision desordcnee,
l'or eus acoler cl baisiei',
Et por eus ch.irnelmcnt aisier.
Amors autre chose n'atanl,
Ains s'arl et se délite en tant.
De fruit avoir ne fait il force,
En déliter, sans plus, s'esforcfi {H, K., v. 4994-5005).
Les vers 5284-5320 paraissant aussi imités, ou tout au moins inspirés, du chapitre intitulé De amore per pecuniam acquisilo. Ce sont, je crois, les seuls emprunts faits au livre d'André par l'auteur de noire roman.