‹ Origines et sources du Roman de la RoseChapitre 42 sur 53 · GUILLAUME DE SAINT-AMOUB · texte numérisé non relu

GUILLAUME DE SAINT-AMOUB

Jean de Meun, pour ae justifier du " chapitre » où il a révélé la (I) Aii.iro le Cliapelain, ch. I.

confession de Faux-Semblant, proteste que son intention n'a jamais été

De parler contre home vivant.

Sainte religion sivant,

Ne qui sa vie use en bone euvre,

De quelque robe qu'il se cueuvre (v. 16191-94),

Il a simplement voulu démasquer les hypocrites; c'est contre eux quil a dirigé ses traits, tant pis pour ceux qui en ont été blessés. D'ailleurs il n'a rien dit

Qui ne soit en escrit trové,

Et par experiment prové,

Ou par raison au mains provabie (v. 16233-35);

et il est prêt à se rétracter, si la sainte Église trouve qu'il a avancé des erreurs.

Les écrits où il a trouvé les mordants reproches qu'il adresse aux ordres mendiants par la bouche de Faux-Semblant, sont ceux de Guillaume de Sgwnt-Amour, et cette protestation même (v. 16180-16240) derrière laquelle il cherche à s'abriter contre les représailles des adversaires qu'il a si énergiqiiement pris à parti, est empruntée au fameux défenseur de l'Université. Voici comment se termine le prologue du traité de Periculis novissimorum temporum :

« Protestamur autem ab initio quod omnia que hic, ad cautelam et instruclionem Ecclesie uuiverse, non contra personam aliquam, nec contra statum aliquem per Ecclesiam approbatum, sed contra peccata malorum et pericula Ecclesie generalis, dicturi sumus, non ex inventione nostra, sed ex veritate Sacre Scripture coUegimus. Nichilominus tamen omnia ecclesiastice correctioni supponimus, si quid in eis visum fuerit corrigendum » (p. 20).

On sait dans quelles circonstances Guillaume de Saint-Amour fut appelé à prendre la plume ou à monter en chaire, soit pour protéger l'Université de Paris contre les empiétements des dominicains et des franciscains , soit pour se défendre lui-même contre leurs calomnies (1). Ses sermons et ses traités ont été réunis

(1) Voir rintroduction à rédition des œuvres do Guillaume : De libris et doctrina magislri Guillielmi de Sancto Amore; la Vie de saint Louis, par Le Nain de Tillemont, t. VI, p. 135-228 (Société de THistoiro de France); l'Histoire littéraire, XIX, 197-215.

SECONDE PABTIK.

et imprimés au dis -septième siècle en un volume {!), qui comprend , outre uue longue introduction de l'éditeur ;

1° Un commentaire inachevé sur le premier psaume;

2° De Phariseo et Piiblicano concio;

3° Tractatus brevis de Periculis novisaimorum temporum ex Scripturis sumptus ;

4" De quanti laie eleemosyue questio ;

5° De valido nienâicante questio;

6° CasuH et arliculi super quibus accusatus fuit magiater Guillielmiis de Sancto Amore a Tratrituis predicatoribus , cum responsionibus ad siuguta ;

7" Collecliones catholice et canonice scripture ad defenaionem ecclesiastice herarchie et ad instruclionem et preparationem eimpUciura fldeiium Christi;

8" Tabula de signis per que pseudopredicatores discerni poasunt a veris;

9° Scrmo in die sauctorum apo3tolorum Jacobi et Phillppi.'

Victor Le Clerc (2) a depuis attribué, avec beaucoup de vraisemblance, à Guillaume de Saint-Amour un truiiè De Anlicliristo et ejns minislris ac de ejusdem advenlus signis propinquis simul et remoiis, qui est conservé dans les manuscrits sous les noms de Nicolas Oresme ou de sainl Bonaventure, et que Martëne et Durand ont publie dans l'Amplissima colleclio (3).

La plupart de ces ouvrages eurent un grand retentissement pendant la seconde moitié du treizième siècle ; les sermons avaient été prononcés eu public, les traités avaient été écrits en collaboration avec les mattres et les étudiauts de l'Universilé; pour les personnes qui ne savaient pas le lalin on avait traduit en français le livre De Periculis.

Pendant le plus fort de la querelle, Jean de Meun était probablement trop jeune pour y prendre part, mais quelques années plus tard, lorsqu'il vint s'asseoir sur les bancs de l'Université, les ressentiments étaient loin d'être oubliés; Guillaume de Saint- Amour vivait encore; il était revenu d'exil, à la grande satisfaction des étudiants, et avait repris la plume contre ses ennemis. A

(I) Magistri Giiiliielmi île S. Amore opéra omnio qna Conalanliae (lisez Lutotiao). nd insigne Boiiao FiJc (IfsBi ValériBQ do Flavigny).

(!) HMotre iilléraire, XXI, p. 468-470.

(3) Velerum scrtptorum et mornimentorum... amplis. col. 1S71-1446,

opud Alilhopliiioa

a collectio, t. IX,

OniaiNES BT SOTIRGBS DU ROUAN D8 LA ROSE.

l'époqtie où il rédigeait \e Liber de Anliclirislo et ejus ministris, Jejn de Meun étail peut-être son élève.

Quoi qu'il en soit, notre auteur embrassa avec passioft la cause de ses maîtres, et, dans le Rooiiin de la Rose, attaqua courageusement leurs redoutables adversaires:

Qui grocicr en vodra, si grouce,

Qui coiTccier, ai s'en corrouce,

Car ge ne m'enîteroîe mie,

Se perdre en dévoie la vie,

Ou estre mis, contre droiture.

Comme sains Pous, en charlre oscure,

Ou oatre bannis du rniaume

A (orl, cnm fu mcstre Guillaume

De Saint Amour, qi]'Y|)ocrisic

Fist essiliei' por grant envie {124^4-33).

Jean ne fut ni mis à mort, ni jeté en prison, ni banni du royaume, ni poursuivi en aucune façon, Kn 1632, lorsi|ue parut l'édition imprimée désœuvrés de Guillaume de Saint- Amour, un arrêt du conseil privé du roi fit « défenses à tons imprimeurs et libraires d'exposer en veute , vendre ni débiter ledit livre, à peine de vie, et à tous autres d'iceliiy retenir ni avoir par devers eux, à peine de trois mille livres d'amende contre ceux qui s'en trouveront saisis. » Voilà quel progrès la liberté de la parole avait fait en trois siècles et demi !

A ciiuse de cet arrôi, l'édition des œuvras de Guillaume de Saint-Amour étant 1res rare(l), au lieu d'y renvoyer simplement, je reproduirai un certain nombre des passages que Jean de Meun a copiés. Dans ces passages se trouvent des citalioos tirées surtout des Saintes Écritures ; la manière dont elles sont introduites et l'application qui en est faite dans le roman prouvent que c'est bien Guillaume de Saint-Amour qui les a fournies à Jean.

B. h., î2ll7-24 = DePe™/W(î,p.33:« Juïtaillud Proverbium 27 ; Diligeater aguosce vullum pecoi'is tui... Constat autem quod animos actusque singulorum non potest agnoscere pastor uisi per confessioaes illorum, »

{I) Avant cette ëditiua, lo Discours du Pljariaicn et du Publicain et le Sermon des Périls des temps nouveaux avaient été déjà imprimés dans VAnUlogia Papae [Bàle, 1555], Dans l'édition de Bôlo, comme dans le Roman de lu Rose, il est dit que l'évangile étcraet parut en 1255, tandis que l'édition de Constance, avec les meilleurs manuscrit», doimo lo date de 1254.

B. R., 12300-13 = /Je Perte, p. 49 : « El Proverb. 30 : Mendicitatem et divilias ne dederis niibi. Et infra : Ne egestate compulsus furer , et perjiirem iiomen Domiiiî. Glossa : Ne copia vei inopia rerum transeiiiitium in oblivioiiem decidam eteniorum. »

R. R., 11217-35 = De Peric, p. 51 : a Quod autera Dominus mendicaverit, vel ejus apostoli, nuiiquam reperitur.., Itam quod Christus non potuerit mendîcare ab illis quibus predicabal , patet sic : constat enim quod ille pasWr eral... Sed paslorem sivs predicaloreoi sumere sumptus ab eis quos tanquam gregern paacit, non est mendicitas, sed potestas. Poslquam vero Dominus, qui apostolis de loculis suis necessaria ministrabat, ut dîcluin est, ab ipsis apostolis coi'poraliler recessil per mortein et resurreclionem, ipsi nou ad mendicandum se converleruQt ; sed licet apostoli predicatores essent et sumptus habere debereul ab illis quibus pi-edicabant, nibil lamen ab eis querebaut, nec mendicabaiit , sed arle sua iicita victum querebaut, quando unde viverent non habebant (1). »

R. H-, 12240-49 = De Peric, p. 48 : « Item quod vivere taies debeant de labore corporis ; immo eliam omnes chriatiani qui non habeat aliunde unde vivant, dum tamen sint validi corpore, non obslante etiam si vacent operibus spirilualibus, que sunt meliora. B

R. R,, 12250-55 = De Peric, p. 49 : « Vende omnia que habea et da paupet'ibus et sequere me; nimirum bene operaudo, non autem meudicando... Qui fréquenter ad alionam mensam convenit olio deditus, aduletur necesse est pascenli se. »

R. H., 12268-75 = De Peric, p. 52 : « Quod auteui non liceat meudicare validis corpore, cautum est expresse in jure buoiano. G. De Mendicantlbus validis, 1. uuica (2). •>

R. R., 12289-97 '^ Colieciiones scriplurae sacrae, p. 218 : » Item Ttdetur quod mendicantes validi... rei;ipiendo eleemosynas pauperum, id est paupedbus illis ex charîtate débitas, qui aliter vivere nequeunt, sacrilegium commitlunt... judicium sibi manducant ei bibunt. »

R.R., 12306-316= Oe Peric, p. 48 : » Dicit aposlolus, 1 Tessal., 4 : Operemini mauibus veslris, sicut precipimus vobia, et nutlius aliquid desiderelis. Glossa : nedum rogetis vel lollatis. »

R. R., 12317-23 ^ZJePeric, p. 67 :« lUorum munera recipiiint qui magie dam propter importunitatem tollendam vel presentem

tl) Voir a

s Rd objeci», p, 93.

verecundiam quam propter Deum... qui propter presentem pudorem dat aliquid vel ut tedio înterpellantis careat, et rem et meritum perdit. »

R. R., 12330-41 = De Peric, p. 49-50 : a Qualiter ergo vivendum est, inquies, viro perfecto, poslquam reliquerit omnia? Respondemus : aiit opérande corporaliler manibus, aut intrando monasterium, ubi habeat necessaria vite. »

R. R., 12362-416 = Responsiones, p. 90-91 : « Et ut de maleria ista^ videlicet in quibus casibus liceat victum vel necessaria vite querere, me breviter expediam, sic dico : Qui non habet scientiam operandi, nec habet ignorantiam afFectantem, potest mendicare, donec sciât operari. Item qui habent impotentiam naturalem, ut pueri et senes et inârmi, possunt licite mendicare. Item qui habent impotentiam ex consuetudine, ut pote, sicul dicit Augustinus, De opère monachorum , qui non melius, sicut multi putant, sed, quod verum est, languidius educati, id est délicate nulriti sunt, et ideo laborem operum corporalium sustinere non possunt, si mendicare voluerint, credenda est eorum infirmitas et ferenda. Item qui non invenerunt qui opéra eorum velint conducere, mendicare possunt. Item qui operanlur quod possunt et opus non suffîcit eis ad victum, taies ad supplementum sui victus mendicare possunt... Item si quis vult erudire animum suum ad ea que sunt sibi necessaria in militia christiaiia, potest, secundum Augustinum,Z)e opère monachorum^ victum mendicare, ne opprimatur egestate, ut si horis quibus ad erudiendum animum ita vacatur illa opéra corporalia geri non possint. Item illi qui distracti sunt tali occupatione militie christiane ut aliud agere non possint, licite possunt victum querere, vel polestate sumendo, vel mendicando, secundum Augustinum, De opère monachorum, et si plures inveniantur casus per scripturas authorum aut per inconcussam rationem, paratus sum assentire. »

C'est à propos de ce passage que Jean de Meun parle de Guillaume de Saint-Amour, sans dire toutefois qu'il vient de le traduire littéralement :

En tous ces cas et en semblables, Se plus en trovés raisonables, Sor ceus que ci presens vous livre, Qui de mendiance vuelt vivre, Faire le puet, non autrement, Se cil de Saint Amor ne ment.

Qui disputer soloit et lire

Et precscliici' ceale oiiiLire

A Paris, avec les devina {v. I2i08-t6).

Les vers 12530-575 traduisent les versets 2-7, i±. XXIII, de l'Evangile selon S. Mathieu, dont plusieurs sont aussi reproduits et glosés au coiumeiicement du sermon Dr. Pharispo et Publicano. C'est évidemment cette citation que Jean de Meuo a reproduite, maie en se reportant au teste de 8. Mathieu, pour rétablir l'ordre des versets intervertis dans le sermon , et ajouter ceux que Guillaume de Saint-Amour avait laissés de côté.

R. R., V. 12656-57 = Autre verset de S. Mathieu (ch. V), souvent cité parGuiltaume de Saint-Amour, notamment dans le traité De Peric, p. 28.

R. R., V. 12730-G2 = De Peric, p. 38-39 : « Secundum signum est quod illa doctrina que prpdicabilur tempore Aulichiîsli , videlicet Evangelîum eternum, Parisius, ubi viget Sacre ScripUire stndium, jam publice pnsiia Tuil ad explicandum, anuo Doniini 1254 (I), unde certum est quod jam prediuaretur nîsi esset aliud quod eam detineret... Ibi euiin comparatur Evangelium Christt ad Evangelium eternum, et invenitur minus perfectionis habens et dignitatis quam Evangelium eternum, quanto minus lucet luna quam sol, quanto minus valet testa quam nucleus; et mulle laies sunt ibi scripte comparationes , quihus probatur minus valere Evangelium Chrisli quam Evangelium eternum. ■«

R. R., Ifi180-240 = De Peric, p. 20 (i).

Il m'aurait été facile de multiplier ces rapprochements; ju me suis contenté des pins décisifs, de ceux qui témoignent le plus clairement d'une imita lion directe,et prouvent que Jean deMeun, en écrivant la confession de Faux-Semblant, avait sous les yeux les ouvrages de Guillaume de Saint-Amour. L'imitation est moins évidente dans les autres détails de cette confession; ceux-ci, d'ailleurs, étaient devenus des lieux communs, non seulement dans les écrits, mais aussi dans les conversations des nombreux adversaires des ordres mendiants; cependant, comme ils se trouvent tous, bien que diversement présentés, dans les écrits de Guillaume de Saint-Amour, on peut considérer ces écrits comme la source directe « du chapitre " tont entier où Faux-Semblant se fait connaître aux barons de l'armée d'Amour, c'est-à-dire des vers 11697-12946. On peut même considérer comme dérivant de

(l) Cf. ci-dessus, p. 156, n. l.

(!) Voyeï ci-dessus, p, 154.

160 ORIGINES BT SOURCES Dtl ROtfAN DE LA HOBE.

la luâaie source les 350 vers suivants, dans lesquels l'auteur uous montre Faus-Semblaiit et Abslinence-Conirainte mettant en action, pour arriver à l'assassinat de Male-Bouche, les théories précédemment exposées par Faux-Semblant, et les vers 20277- 20300, où Nature dépeint ces mêmes personnages à son chapelain Genius.

CLEP d'auours.

Lorsque j'ai tenté, plus haut, de montrer, par des rapprochements entre la Clef d" Amours et la premièro partie du Koman de la Rose, que ces deux poèmes ont des liens étroits de parenté, je me suis gardé de décider quel est le plus ancien , tout eu confessant que les vers de Guillaume de Lorris me paraissaient avoir été écrits avant ceux de la Clef d'Amours. Ici eiicoj'e je me contenterai de signaler entre ce dernier poème et celui de Jean de Meun des ressemblances établissant que l'un des deux poètes a imité l'autre, sans décider auquel appartient le mérite de l'originalité. Mais la seconde partie du Homan de la Uose ayant été composée plus de quarante ans après la première, les chances celte fois sont plus nombreuses pour que lo modèle ait été la Clef d'Amours.

Jean et l'auteur de la Clef, traduisant l'Art d'aimer d'Ovide, ont naturellement une foule d'idées communes, exprimées dans les mômes termes; de cet accord, il n'y a rien à tirer pour la question qui nous occupe. Mais il arrive aussi que, même où ils s'écartent un peu du texte latin , ils ont encore des expressions , parfois des pensées identiques, que leur modèle commun ne suffit pas à expliquer. Ce distique, par exemple :

Sou liidel numcrosque manu jactabil eburnos ,

Tu niale jactato, tu maie jacta dalo \A . Âm., II, 203, 204),

est ainsi rendu ;

6e elle a lea jeux agréables

Des deh, des escbës et des tiibles,

Joue li en tele manière

Que tu aiez du gieu le ijiere (Cl. d'A., p. 53),

Se Bel Acuel poés trovcr.

Que voua puissiés o li joev

As escbiéa, as dès ou as lubies.

Ou a autres gieua dditables,

Du gieu adés le pis uiez (il. R., v. 8518-22).

SECONDE PAHTIB. l6I

Ovide recommande à la [emme mariée, qui veut éciii'â k sou amant, de ne faire porter ses tablettes que par une suivante ou uu esclave intelligeuts et sûrs : « Gardez-vous bien, » ajoule-t-il, * de confier ces gages de votre tendresse à un amant jeune et nouveau n :

Aocillae puerive manua Tcrat apta tabellas ,

Pigiiora nec juveni crédite veatra novo {A. Am., III, 485-6).

Jean de Meun et l'auteur de la Clef ont pris ce juvenis novut pour le messager , tandis que c'est l'amant lui-même. Le contresens est assez facile pour que les deux traducteurs aïeul pu le faire indépendamment l'un de l'antre, mais le commentaire qu'ils ont ajouté au précepte est moins naturel ;

Par enfans pas ne lez envoie,

Se ton couseil ne lui deaiiloio,

Quar encuasee sei-iez,

Se tout a jiiur gi'Ë ne fesiez.

Ou toat sej'oii treit de lour bouchez

Ton Bcerë, qui si près te touche,

Pour promettre au bel apeller,

Quer enfant ne aoit riena celer (Cl. d'A-, p. 105).

Mes en enfans ne vous flès.

Car voua aerlés conchiës :

Il ne sont pas bon measagiei';

Tous jors vuelent enfans ragier,

Gengler ou mostrer ce qu'il portent

Âa traîtora qui lea enorlent.

Ou font nicement lor message.

sage ;

Tout aeroit tantost publié

Se moult n'estoient vezié (R. R.,

1 traduisant ce distique

Ipse licet Moaia venias comîlatus, Homère,

Si nihil altuleris, ibis, Homère, foras {A. Am., II, 279-

S deux trouvères joignent le nom d'Ovide à celui d'Homère (1),

S'il n'aportoit aucune chose, Toflt li BBroit la porte close (Cl. d'A., p. 57), 06, le passage correapoudant de Guillaume,

I6â ORIGINES ET SOURCES DU ROMAN t>E LA ROSE.

Ovide recommande à Tamant d'attendrir sa maitresse en pleurant; s*il ne peut pas verser de larmes, qu'il mouille ses yeux avec sa main :

Si lacrimac, nequc cnini veniunt in tempore semper, Defîciunt, uda lumioa tangc manu (A. Am,, I, 661-2).

Les deux traducteurs connaissaient un autre moyen de provoquer les larmes :

Et se tu ne pues avoir lermcs

En poins dévissés et en termes,

Tu porras .i. oignon tenir,

Qui tantost les fera venir,

Ou tu porras, selon m'entente,

A la fin que Toignon ne sente,

Moiller tes ex en autre guise :

Issi sera ta dame prise (Cl. d'A., p. 42).

Et se vous ne poés plorer,

Covertement, sans demorer,

De vostre salive prcngniés.

Ou jus d*oignons, et les prengniés,

Ou d^aus ou d'autres liquoi*s maintes,

Dont vos paupières seront ointes ;

8'ainsinc le faites, vous plorrés

Toutes les fois que vous vorrés (R. R., v. 8215-22).

C'est surtout dans le chapitre où, toujours d'après Ovide, sont enseignés les soins à donner à la toilette et la manière de se comporter à table, que les ressemblances sont frappantes entre les deux poèmes. L'auteur de la Clef conseille aux femmes qui ont une belle poitrine de ne pas la cacher :

Et se tu as belle poitrine

Et biau cole, ne Tencourtine,

Méz soit ta robe escolletee

Si que chescun y musse et bee;

Lors te pren bien garde et t'avise

Que ta cote ne ta chemise,

Ne le cole de ta peliche.

Ne te face tenir pour niche (Cl. d'A., p. 87-88).

Jean de Meun dit, dans les mêmes termes :

S*ele a beau col et gorge blanche, Gart que cil qui sa robe trenche

Si très bien la li escoicte

Que sa char père blanche et nete

Demi pié darriers et devant :

Si en sera plus décevant (R. R., v. 14254-59).

Le poète latia avait dit simplement :

Pars humeri tarnen ima tui, pars su m ma lacerti • Nuda sit, a laeva conspicienda manu {A, Am,^ III, 307-308).

Aux conseils d'Ovide, relatifs à la propreté du corps, l'auteur de la Clef ajoute celui-ci :

Tes mains tienges saines et nettes,

Qu'il n'i ait roignes ne bubettes (Ci. d'A,, p. 13).

8e il avoit en tes mains rogne,

Nertô ou autre villanie,

Par quoi tu fusses enhaïe,

Pour tenir les blanches et saines,

Te faut avoir ganz ou mitaines (Ci. d'A., p. 88-89).

Et Jean :

Et s'el n*a mains bêles et nettes Ou de sirons ou de bubetes, Gart que lessier ne les i vueille ; Face les oster a Tagueillc, • Ou ses mains en ses gans repoingne,

Si n'i perra bube ne roingne (R. R., v. 14264-69) (1;.

a A table, dit Ovide, prenez les mets du bout des doigts; gardez que votre main mal essuyée ne laisse autour de votre bouche des empreintes de graisse » :

Carpe cibos digitis, est quiddam gestus edendi /

Ora nec immunda tota perunge manu '{A, Am,^ III, 755-756).

Quant seras a la table assise,

Aies de mengior bêle guise,

Si petis morceaus met en bouche

Que tes lèvres nul n'en atouche.

Tes lèvres ne soient pas ointes

Ne tes doiz moillié jusqu'es jointes,

(1) Ovide avait dit :

Exiguo signet gestu quodcumque loquctur Cui digiti pinguos et scaber unguis erunt (A. Am.f III, v. 275-6).

Que se issi te coQtenez,

Vivement blasmee en serez.

Ains que verre ou henap manies,

Vuil jeu que tes lèvres essuies,

A la fin que dedens ne mettes

Ne peressis ne mailiettes {sic).

En sausse doiz petit mouHier,

Pour toi garder de toouiliier.

Et se du tout t'en pues tenir,

Grant honor t'en porra venir (Ci. d'A., p. 119-120).

Et quant ele iert a table assise, Face, s'el puet, a tous servise.

Et bien se gart qu'ele ne moille Ses dois es broez jusqu'as jointes, Ne qu'el n'ait pas ses lèvres ointes De sopes, d'aus ne de char grasse , Ne que trop de morseaus n'entasse.

Ne trop gros nés mete en sa bouche.

Du bout des dois le morsel touche Qu'el devra moillier en la sauce, Soit vert ou cameline ou jauce.

Et sagement port sa bouchée, Que sus son piz goûte n'en chee.

Et gart que ja henap ne touche.

Tant com el ait morsel en bouche ;

Si doit si bien sa bouche terdre,

Qu'el n'i lest nule gresse aerdre.

Au mains en la lèvre desseure.

Car quant gresse en celé demeure.

Ou vin en perent les mailiettes,

Qui ne sont ne bêles ne nettes (R. R., v. 14336-73).

Je ne signalerai plus de commun aux deux poèmes que l'expression « chambre de Vénus », pour désigner cette partie du corps féminin qu'Ovide se contente d'appeler « pars illa • (1); et une pensée tirée des Métamorphoses :

Amours et segnourie ensemble

Ne puet durer or ce me semble (Cl. d'A., p. 60).

(1) Ut jam decipiant, quid perditis? Omnia constant :

Mille licet sumant, dépérit inde nihil.

Qa'onques amor et aeignurie Ne s'eatrefirent compaignîe, Ne ne demorerent ensemble ; Cil qui mesti-ifi les dessemble (R. R , v. 9200-2031-

Ici la Romaa de la Rose rend plus esactement que la Gler d'Amours le texte latin :

NoD beoe conveniunt, nec io i Miyestaa et araor {Met., II, ■

la sede moraatur 8 et 9).

Il est difficile d'expliquer tant de ressemblances entre deux ouvrages, si l'on n'admet pas que le plus ancien, quel qu'il soit, ait fourni à l'autre les traits communs.

TROUVÉHBa.

Les mentions de Charlemagne (v. 8670) (1) ; de Roland (v. 9932); d'Arthur et d'Alexandre {v. 13607); de Renouart au Tinel (v. 16284, 19828); de Tibert (v. 11836); de Beliu et d'Yeengrin (v, 11891-93), sont trop vagues pour qu'il y ait quelque chose à en tirer. Au contraire, on peut voir une allusion à la chanson de Roland dans ces quatre vers :

Lora avréa le cuer plus dolant Qu'onques Cbarles n'ot por Rolaat, Quant en Roaceval mort^reçut, Par Guenelon, qui les déçut (v. 8614-17) (2).

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