PREMIÈRE PARTIE
En même temps naissaient et se multipliaient des poèmes nouveaux, qui, considérés au point de vue de la forme, peuvent se classer en différents genres, mais qui tous ont un même objet : la théorie de Tamour. Il y avait plus d'un siècle, presqu'un siècle et demi, que cette poésie avait pris naissance lorsque Guillaume de Lorris écrivit son roman. Il l'avait trouvée en pleine floraison ; il reçut d'elle son sujet, son inspiratioTî,~souvent même ses développements. C'est d'elle , plus peut-être que de l'imagination du poète, que le Roman de la Rose est sorti. C'est donc en elle que nous retrouverons sa source originelle.
est intitulé : Quae fuerit lyincis poetis de amore doctrina, eamque ab australibus ad septentrionales migravisse (A. Jeanroy, De nëstratibMs medii aevi poetis qui primum lyrica Aquitaniae carmina irriitati sint. Paris, 1889, in-8'*). — Voir aussi un article do M. Paul Moyer, paru, dans la Romania (1889), en même temps que la thèse de M. Jeanroy , sur les rapports de la poésie des trouvères avec celle des troubadours.
Poésie erotique antérieure au Roman de la Rose, — Le Concile de Remiremont. — VAUercatio Phyllidis et Florae. — Versions françaises de ce débat. — Fableau du Dieu d'Amours. — Ce poème doit beaucoup aux débats. — Fableau de Vénus, la déesse d'Amours. — Traductions et imitations de l'Art d'aimer d'Ovide. — Traductions de Chrcstien de Troyes, d'Élie, de Jacques d'Amiens ; la Clef d'Amours. — Le Pamphilus. — Los / romans de la Table Ronde.— Le livre d'André le Chapelain. — L'amour ; courtois tenait la môme place dans la société que dans la littérature.
Le poème qu'on peut estimer le plus ancien parmi ceux que le temps a respectés de cette littérature est un poème latin , en vers syllabiques léonins, qui n'a pas de titre dans les manuscrits, et que l'éditeur, Waitz, a appelé le Concile d'amour, Das Liebesconcil (1). Le nom de Concile de Remiremont, Romaricimonlis concilium y me paraît lui convenir davantage; c'est celui que j'ai adopté.
Le Concile de Remireraont est « des premières années du douzième siècle au plus tard (2). » Il est vrai que M. Hauréau (3), l'un des maîtres les plus compétents dans la littérature latine. du moyen âge, le considère comme une imitation, faite au quatorzième siècle, de VAUercatio Phyllidis et Florae, dont je parlerai plus loin; mais il a commis, dans son jugement, une méprise d'autant plus évidente que l'édition de Waitz, dont il s'est servi, a été faite d'après un manuscrit du onzième ou du douzième siècle.
C'est l'œuvre d'un clerc, mauvais latiniste, mais libertin spirituel, touchant de très près à la famille de ceux qui allaient prendre, quelques années plus tard , le nom de Goliard. Le sujet est
(1) Publié dans laZeitschrift fur deAitsches AUertlium,YU,p, 160. — Conf. LX, p. G5.
(2) P. Mcycr, Romania, XV (1880), p. 333.
(3) Polices et rxlroits des manuscrits, XXIX, ii, p. 305 et suiv.