‹ Origines et sources du Roman de la RoseChapitre 9 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ventus inde redolet myrrham et pigmeutum :

Audiuntur tympana cytharaeque cenlum.

Sonant omnes volucrum linguae voce plena :

Vox auditur merulae dulcis et amoena, Corydalus garriilus, turtur, philomena, Quae non cessât conqueri de transacta poena.

Instrutnento rausico, voctbus canoris, Tam divers! specie contemplata floris, Tam odoris gratia redundante foris, Gonjectatur teneri thalamus Amoris.

Virgines introeunt modico timoré Et eundo propius crescunt in amoinî.

Sonant quaequae volacrum proprio rumore.

Accenduntur animi vario clamore.

• Immortalis fieret ibi manens hoino , Arbor ibi quaelibet suo gaudet pomo ; Viae myrrha, cinnamo flagrant et amomo.

Conjcctari poterat dominas ex domo.

Vident choros juvenum et domicellarum :

Singuloi'um cdrpora, corpora stellarura.

Capiuntur subito corda puellarum In tanto miraculo rerum novellarum.

Les jeunes filles arrivent enfin près du dieu, qui fait rendre la sentence par ses juges :

Araor habet judices, Araor habet jura.

Sunt Amoris judices Usus et Natura.

Istis tota data est curiae censura, Quoniam praeterita sciunt et futura.

L'auteur du poème étant un clerc, on devine quelle sera la décision des juges :

Ad amorem clericum dicunt aptiorem.

Il ne nous reste pas moins de quatre versions françaises du

HTc juvenum séries tcneris Immixta pucllis Ludit et assidue praelia miscet Amer.

(Tibulle, I, m, 57-64).

même débat. Aucune d'elles n'étant datée, il est difficile de savoir d'une façon certaine si elles sont antérieures à la première partie du Roman de la Rose ; mais des traits communs, que n'a pas le texte latin, prouvent qu'elles dérivent d'un original plus ancien , autre que VAUercatio.

Deux de ces débats, conservés dans deux manuscrits de Paris, ont été publiés par Méon. Dans l'un les jeunes filles s'appellent Hueline etÉglantino(l); dans l'autre, Florence et Blanchefleur(2). Dans tous deux le plan est le même que dans le poème latin : les deux jeunes filles, qui aiment l'une un clerc, l'autre un chevalier, vont se promener, par une belle matinée de printemps, dans une verte prairie et s'asseoient au bord d'un ruisseau, à l'ombre d'un arbre; une discussion s'élève entre elles au sujet des défauts et des qualités des clercs et des chevaliers en amour; elles se rendent à la cour du dieu d'Amour pour lui demander de trancher le diCTérend. Les détails seuls varient.

Pour nous, la partie la plus intéressante de ces poèmes est la description du séjour d'Amour, parce qu'elle se trouve aussi dans le fableau du Dieu d'Amours^ dont je parlerai plus lard, et dans le Roman de la Rose. Elle est à peu près la même dans les deux débats. Qu'on en juge d'après la comparaison des deux passages suivants :

Dans Hueline et Églantine :

La clôture est de flor de lis,

Soef en flaire li pais,

Et tuit li ti*é sont de cristal ,

Li paleron de garingal.

De gimbregien sont li chevron

Et de ci prés lo f reste en son ;

De canele est i'entraveûre

Et de basme la co vertu re ;

Moult par est biax, sans nul redout ;

Li coupas est de reguelice ,

Qui aportez fu d'outre Grice ;

Li pavement sont tint de flors ... (v. 295-306).

Dans Florence et Blanchefleur :

Roses i out entremeliees.

Les lates i sont bien ovrees,

(1) Méon, Nouveau recueil de fabliaux et conteslinédilSy I, p. 353.

(2) Barbazan ot Méon, Fabliaux et contes. „.^ IV, 354.

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