‹ OrmondChapitre 12 sur 40 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

«Je suis bien sûr , M. Ormond , » dit un jour Moriarly à Henr}^ en chassant avec lui , «que le roi Corny ne connoît pas ce White Connal aussi bien que je le connois. »

« Et comment le connoissez-vous?» lui demanda llenty en chargeant son fusil : «jecroyoisque vous ne l'aviez jamais vu. » • — a Oh! si vraiment, et ce n'est pas une merveille à voir. Il ne ressemble pas à son père , le vieux Connal de Glynn.

C'est là un homme comme il faut. Quand il n'auroit sur lui a^^u'un vieux gilet, il auroit toujours un air de distinction : mais son lilsl mettez-lui le plus bel habit de toute la chrétienté , ce ne sera jamais qu'un paysan, — Et il ne vaut pas mieux en dedans qu'en dehors. »

— « Vous pouvez vous tromper, Moriarty. Vous ne l'avez certainement pas assez vu pour le juger. »

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— « Mais fai vu des gens qui en sont assez près pour le connoilre. L'été dernier n'ai je piis été dans son pays, pour voir une de mes soeurs qui s'y est mariée ? elle demeure tout à oôtédu château Conliai, comme il appelle la ferme où il engraisse des bestiaux. »

— « Que nous importe le nom qu'il lui donne? »

— « Vous avez raison , M. Henry, mais lui, savez-vous comment on le nomme dans le pays? je vous le dirai sans que vous me le demandiez. On le nomme White Connal, le nègre (i). Que doit-on penser d'un homme qui passera une heure à se disputer avec un boucher pour marchander liard à liard le morceau de viande de basse qualité qu'il lui achète? Je l'ai vu, vu de mes propres y<'ux , battre un. pauvre enfant qu'il avoit chargé de lui aller acheter un cent d'œufs, parce qu'il les avoit payés, suivant lui, un demi-sou trop cher. »

« Paix, Moriarty, silence! » dit Or-

(1) J-Vhite , CD anglois signifie blanc. C'est un jeu (le mots des Iles Noires,

Tnond , qui ne se soucioit pas d'entendre les détails de l'économie domestique de White Connal ; et il feignit de coucher en joue un oiseau qui passoit, mais qui e'toit trop éloigné pour qu'il pût l'atteindre. Moriarty n'en revint pas moins à son point.

« Je ne parleroîs pas ainsi de tout autre, mais je suis bien aise de vous le faire çonnoître. Tout en épargnant comme cela sou à sou , il donnera cinquante guijîées d'un cheval qui lui plaira. Ce n'est pas qu'il sache y monter, il s'y tient comrne le meunier qui va au moulin, et pas encore si bien. Mais il est bien aise qu'on dise qu'il a la plus belle bête des environs. De même il jettera l'argent par les fenêtres pour avoir un bœuf à longues ou à courtes cornes, qui vienne d'Angleterre ou d'Ecosse , uniquement pour pouvoir dire qu'il a quelque chose que personne ne peut avoir. »

.— a Hé bien, il est avantageux pour le pays qu'on s'occupe de l'amélioration des bestiaux. »

«■—{(Le pays! il y pense bien ma foiî

il iTa jamais pense qu'à lui depuis que sa mère l'a en lai té. »

' — a Vous voulez dire allaité , Moriafty? » . ,

— « Peu importe. Je ne suis pas un parleur. Mais je connois l'homme ; il est riche , et personne n'a une plus mauvaise renommée parmi les pauvres. »

— Parce qu'il est riche, peut-être. >»

— « Pas du tout. Les pauvres aiment les riches qui ont un bon cœur. Les pauvres n'aiment-ils pas le roi Corny? ne lui baiseroient-ils .pas les souliers? quelle différence! c[ui pourroit aimer vin homme Cjui ne feroît pas grâce d'un sol à personne quand il s'agiroit de lui sauver îa vie? qui feroi^; un procès jiour une touffe de pommes de terre; qui feroit vendre jusqu'à la dernière couverture d'une jjauvre femme à l'agonie ? — C'est un hommô dur, et qui exige jusqu'au dernier liard que la loi lui accorde. 5)

— « Mais la loi n'accorde que ce qui est dû , Moriarty. »

— « Que ce qui est dû ? — on voit bien q'u> vous n'êtes pas homme de loi, moasieur îlcnry. »

— « Et vous-même, i'étes-vaus donc^ jV'Ioriarty ?»

— a Nous le sommes tous un peu au village. — Si vous saviez comme ila traité le mari de ma sœur qui teiioit une petite ferme de lui! — 11 faut que je vous conte cela. »

— « Ne me fùtw pas une longue histoire, ÎMoriarty. Vous savez que je ne suis pas liomaie de loi. Je n'y comprendrai rif n. »

— - « Mais si je vous parle ainsi de Wliile Connal , M. Tlenry, c'est que je suis fâché que la filîe de notre bon roi Corny , qu'une si jv^lie fille que miss Dora »

— ce Aiicr.3 , Moriarty y en voilà bien assez; parlons d'autre chose, ou plutôt songeons à notre chasse. Je viens d'apercevoir une compagnie de perdreaux. »

— fi Ah! ahî » pensa Moriarty, ««je vois ce dont il s'agit. C'est ce que je voulois savoir. J'ai découvert son secret comme il m'a tiré le mien. Mais je ne le trahirai point. »

Il ne fut plus question ni de White Connal, ni de miss Dora, et ils rentrèrent au château chargés de gibier.

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Ou ne croïroit pas avec quel taet et avec quelle justesse les basses classes du peuple en Irlande savent apprécier leurs supérieurs, el rendre justice à leurs bonnes comme à leurs mauvaises qualités.

Ormond espéra que Moriarty s'étoit laissé prévenir contre Wliitc Coiinal , et que le ressentiment qu'il avoil conçu de quelque difficulté qu'il paroissoit avoir eae avec son beau-frère, l'avoit rendu injuste à son égard. îl en étoit d'autant pîu& persuadé, que Cornélius lui avoit parlé plusieurs fois de son gendre futur, sans en faire un éloge magnifique, et que jamais il ne l'avoit représenlé comme un homme dur.

Bans le fait , Cornélius ne le connoissoit point. White Counal avoit une propriété dans un comté éloigné où il résidoit , et il ne venoit que très-rarement voir son père qui demeuroit à peu de distance des Iles Noires. Le roi Corny s'étoit bien aperçu que le fils ne ressembloit guère au père , et il attribuoit cette différence à la profession qu'il avoit embrassée. Il avoit peine à pardonner à un gentilhomme d'avoir quitté une vie oi-

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«ive et inutile , pour faire valoir une ferme et s'occuper d'engraisser des bestiaux.^ Ainsi le seul point de la conduite de White Connal qui méritât quelque estime, ëtoit précisément celui pour lequel son futur beau-père le raéprisoit intérieurement. Connal avoit ajipris de bonne heure par l'exemple de son père , qui étoit dune des meilleures et des plus anciennes familles d'Irlande, mais tombée dans l'indigence et dans l'obscurité, qu'un arbre généalogique ne procuroit pas dans le monde autant de respect que des sacs remplis de guinées. L'envie de s'enrichir avoit donc été la première idée qui l'a- ."voil occupé , elle n'avoit jamais cessé d'être présente à son esprit, et toutes ses pensées étant dirigées vers ce but, il y étoit parvenu. Mais en voulant fuir lindolence et la pauvreté, il donna dans un excès contraire. Il ne se borna pas à être industrieux, il devint avare et rapace.

11 avoit raison de ne pas vouloir rester un être inutile comme son père , mais il n'étoit pas absolument nécessaire que toutes ses facultés fussent concentrées dans un amour sordide de l'argent, et qu'il

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ne fût en e'tat de parler que de ses bœufs et de ses moutons.

Un compte qu'il avoit à régler avec un marchand de bestiaux l'ayant conduit à Dublin , il s'étoit présenté chez miss O'Faley pour rendre visite à Dora qu'il n'avoit pas vue depuis près de trois ans. Il l'avoit trouvée , dit-il h ses amis quand il fut de retour chez lui, « aussi belle fille qu'aucune en Irlandc\ » Il n'avoit rien trouvé à reprendre en elle ; il avoit été frappé de sa beauté; mais une considération bien plus importante pour lui , c'étoit sa fortune. Elle étoit incontestablement unique héritière de son père 3 toutes les Iles Noires dévoient lui appartenir, et le terrain qu'il avoit soigneusement examiné, lui en avoit paru trèsbon, et encore susceptible d'amélioration. Enfin sa tante feroit probablement quelque chose pour elle , et sa succession n'étoit pas à mépriser.

Ces réflexions et la vue des charmes que Dora avoit acquis depuis peu de temps, ne manquèrent pas de produire leur effet. Jusque là, sachant que Dora lui étoit destinée , et qu'il pouvoit comp-

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1er sur la parole de son père, il avoit attenrlij de sang froid le moment où son mariage devoit avoir lieu; mais alors il devint impatient de le conclure. Dès qu'il fut de retour dans sa ferme, il se détermina à faire un voyage aux lies Noires. Mais comme les affaires raarciioient toujours avant tout dans son esprit , il s'occupa d'arranger toutes les siennes, de manière h ce qu'elles ne souffrissent pas de son absence, et ce soin retarda son départ un peu plus long-temps qu'il ne l'auroit voulu. Son voyage fut pourtant accéléré de quelques jours par une lettre de son père qui lui aj)prenoit les plaisirs et la gaieté qui régnoient aux lies Noires depuis que Mademaiselle y étoit arrivée avec sa nièce , et qui lui conseilloit de ne pas différer plus long-temps à aller faire ime visite à son ancien ami Cornélius. White Connal écrivit aussitôt au roi Corny pour lui annoncer son départ du château Connal , et le pria de lui adresser sa réponse chez son père, à Glynn.

Un matin , que Cornélius commençoit à déjeûner avec miss O'Faley et Ormond,

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Dora, qui se ïevoil ordinairement Tin peu tard , n'étant pas encore descendue, Madenioiselle vit un enfant qui traversoit une prairie en courant, et qui s'avançoit vers la maison.

u Voilà, » dit -elle, « un enfaiit qui court comme s'il apportoit des nouvelles. »

« Et il fait bien de courir,» dit Cornélius, « puirque c'est la poste, si je ne jïie trompe ; — non pas la poste générale , mais ma poste particulière, un exprès que je dépêche pour prendre mes lettres au passage. »

— « Que voulez-vous dire? »

— « Je l'envoie guetter l'arrivée du Courier à Ballpiasluger , la ville de poste la plus voisine , sur le continent. Il y prend toutes les lettres destinées pour les lies Noires , et qui sans cela pourroient y rester des jours et des semaines; et il revient ensuite à toutes jambes, comme s'il y alloit de la vie. »

C'étoit un message que le petit courriep exécutoit trois fois par semaine , au risque de se noyer ou de se casser le cou. 11 arriva en ce moment.

« lié bien , petit drôle , ij dit le roi Corny , c( que nous apportez-vous aujourd'hui? »

— « Une fameuse averse qui m'a joliment trempe, et une petite lettre que je vous ai conservée bien sèche. »

Il tira de son estomac une lettre qui , maigre ses soins , se trouvoit complètement trempée»

Le roi Corny tenant en ce moment un œuf d'une main et la théï re de l'autre, étoit trop occupé pour la recevoir. L'enfant la plaça sur le bord de la table , d'où elle tomba par terre.

Il s'avançoit pour la ramasser, mais missO'Faley s'ccria vivement : « Eloignezvous , ne m'approchez pas ! quelle horreur 1 — Jusqu'à quand ces Irlandois conserveront-ils riiabitude de fumer et de mâcher du tabac ! jusqu'à un enfant ? »

Elle ramassa la lettre , en la prenant délicatement par un de ses coins. « Voilà une lettre bien propre , bien sèche surtout ! »

« Elle étoit sèche quand je l'ai reçue , et elle étoit assez propre quand je l'ai remise , M dit l'enfant en regardant la lettre

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(l'un air malin , « mais il est sûr qu'elle n'est plus si propre à présent. — Ne seroit-ce pas du tabac , mylady ? »

Miss O'Faley en tenoitune prise quand elle avoit ramassé la lettre , de manière que l'empreinte de son pouce y étoit parfaitement marquée. Elle avoit voulu en secouer cette poussière , mais l'humidité du papier avoit été cause qu'elle n'avoit fait qu'étendre davantage la tache. Elle né jugea donc pas à propos de pousser pins loin la conversation.

« Allons , partez , petit drôle , » dit le roi Corny à son coureur , en lui donnant une pièce d'argent. L'enfant se frotta la tête de plaisir, fit une inclination en signe de remerchnent , partit en courant , et oubha même de fermer la porte en sortant.

« Aussi sûrqueje suis Cornélius O'Shane,» dit le roi Corny en ouvrant l'épilre , « cette lettre est de Wiiile Connal. »

« L'époux futur de Dora ? » dit Ormond.

« Mon Dieu ! Bon Dieu ! Grand Dieu ! » s'écria Mademoiselle eu français.

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« Paix ! paix ! » dit Coniy ; «voici Dora qui arrive. »

Dora entra. « — Y a-t-il quelque lettre pour moi , mon père? »

— « Oui , mou enfant , ii y en a une pour vous. »

— Donnez-la moi bien vite. Je suis toujours si empressée de lire mes lettres ! où «st-elle ? »

« Vous n'avez pas besoin d'avancer ainsi la main , » dit le roi Corny , « la lettre est bien pour Dora , mais elle n'est pas à Dora. — He bien , vous rougissez ! Vous devinez donc de qui elle vient? »

— « Moi , non , en vérité ! cela ne vaut pas la peine que je cherche à le deviner. » Et se plaçant à table , « mon thë , s'il vous plaît , ma tante , » lui dit-elle. Prenant alors une tasse qu'Henry lui présentoit , elle remua le liquide qu'elle contenoit , sans faire aucune attention à lui.

Mademoiselle O'Faley ( il est bon de remarquer ici que nous l'appellerons Ma' demoiselle toutes les fois qu'elle parlera en françois, et Miss quand elle fera usage de notre langue ordinaire ) Mademoiselle donc , dit alors à sa nièce : « Vous

avez bien raison , ma cîière , de ne pas vouloir vous donner la peine de deviner. Je vous le donnerois en quatre, en huit, t n seize , vous ne devineriez jamais. Pourriez-vous vous imaginer qu'un iiomine qui a l'audace dese dire aman t de miss O'Sliane, puisse plier et cacheter une lettre aussi giuichement que celle que vous voyez? a

Dora qui , pendant ce discours, faisoit fondre son sucre dans son the , leva les veux et jeta un regard dédaigneux sur la lettre qui etoit restée sur la table. Mais s'ëtant aperçue qu'Ormond avoit les yeux fixes sur elle , l'expression de ses traits changea tout à coup.

« Je crois, ma tante,» dit-elle avec un calme parfait , « qu'un homme peut plier fort mal une lettre, et étrepourtant trèst'Slimable. »

« Personne ne pourra vous contredire sur ce point , » dit le roi Corny , «'et c'est toujours une satisfaction de dire des choses que personne ne puisse contredire. »

« Quand on est bien élevé, » dit miss O'Faley , « on ne se permet jamais decon- 4;redire. — Mais , sans vouloir vous contredire , mon enfant , » continua Madc'

moiselle ^ et je soutiens qu'il estimpossibîe qu'un honirî^e qui plie une lettre ainsi , ait reçu une bonne éducation. »

« Mais quand la manière dont on doit plier une lettre est tout ce qui manque à l'éducation d'un homme, » dit Dora,« il me semble qu'il est facile de l'apprendre »

« Surtout quand vous l'enseignerez , Dora, » dit Cornélius.

« J'espère que le ciel arrangera mieux les choses. »

« Tout ce que le ciel arrange doit être pour ie mieux , » dit Dora.

« Le ciel et votre père , ma fdle , s'il vous plaît , )) reprit Cornélius : « mettezles près 1 un de l'autre , comme doit faire une fille soumise.

« Doitl » s'écria Dora dnn ton d'humeur,

— « C'est par erreur , mon enfant , que j'ai employé ce mot d )it. J'ai seulement voulu dire qu'il est impossible que vous , Dora , ne soyz pas bonne et souiTiise. »

« Ah ! » dit Dora , « c'est voir les choses sous un autre point de vue. »

— « ^lais vous ne savez pas encore quel est celui sous lequel vous devez les envisager. La forme de celte lettre vous a tant

occupées toutes deux , que vous n'avez pas encore pensé à vous iiiforuier de ce qu'elle contient. »

« Et que contient-elle donc? «demanda miss O'Falev.

« La forme ^ )> continua le père ep s'adressa nt à sa fille ; « la forme est , j'eu conviens , quelque chose — quelque chose d'important auxye.ux d'uneijeune fille : mais aux yeux d'un père , le fond l'est bien, davantage. »

Dora rougit , et porta sa tasse à sa bouche , de manière à cacher son visage aux 3^eux de son père. .,

« Hé bien^ » dit miss O'Faley , « uous direz-vous ce que cet homme vous écrit ? j)

— « Il me mande qu'il sera ici aussitôt qu'il nous plaira. »

« Il n'y viendra donc jamais . » dit miss O'Faley. « Jamais. Voilà toute la réponse qu'il recevroit , si l'on me consultoit. »

a Heureusement , il y a une autre personne à consuher ici , » dit le père , en fixant les yeux sur sa -fille.

— « Ma tante , une seconde tasse de <thé, s'il vous plaît. »

Eil^ Ja reçut directement des mains de 1. 18

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miss O'Faley. Henry ne songea pas à la lui présenter. Il avoit les^ yeux attachés sur les siens , et sembloit absorbé dans ses réflexions.

Dora porta la tasse à sa bouche , et l'en retira précipitamment, le thé étant trop ehaud.

Henry s'aperçut de ce raouveiTient , et fit une exclamation.

Dora se tourna de son côté , et vovant qu'il avoit encore les yeux arrèléhsur elle : « cela n'est pas honnête , monsieur , » lui dit'clle , « de fixer si long temps les yeux sur quelqu'un. »

— « Je craignois que vous ne vous fussiez brûlée. »

— « Vous avez craint mal à- propos , monsieur. »

— « Je ne vois pas , Dora , que ce soit un motif pour vous fâcher. »

— ce Pour uie fâcher , M. Ormond ! — Qui vous a mis dans la tète que je vous fais l'honneur de me fâcher contre vous ? »

« T^a crème ! la crème î » s'écria, miss G'Faley.

Un mouvement subit du coude de Dora , <jàr. nous iic vouions pas dire un meuve-

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ment de colère , avoit renverse le pot à la crème. Henry le releva sur-le-champ , et empêcha ce liquide de tomber sur la robe de Dora.

« Bien obligée !' bien obligée ! » dit-elle en changeant de place. «Ne vous inquiétez pas de moi! laissez-moi ! retirez-vous ! Je saurai bien prendre soin de mes affaires. »

— « Je vous demande pardon d'avoir empêché votre robe d'èin- tachée , car cVst , je crois le seul suj.et d'offense que je puisse vous avoir donné : mais puisque vous le désirez , je me retire.

En même-temps , il se leva de table, et s'apprêta à sortir.

« De la querelle entre vous deux! » dit Cornélius : « j'espère Dora , qu'il n'en arrivera pas autant à l'égard de White Connal , quand vous le verrez. »

« Il sera assez temps après le mariage , w répondit Dora d'un ton brusque.

Notre héros éloit resté les bras appuyés sur le dos de s^i chaise, craignant d'avoir montré trop de vivacité en prenant à la lettre ce que lui avoit dit Dora. Il l'a voit observée avec attention pendant que son père lui parloit de White Connaî ; mais

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elle fit sa réponse d'un Ion si tranchant , si décide, d'un air si peu aimable . si peu convenable à une femme , qu'il prit le parti de se retirer , et de la laisser prendre soin de ses offaires ^ comme elle Tenteiidroit.

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