CHAPITRE XII
VV HiTE Connal et son père ( nous nommons le fils le premier , contre l'usage ordinaire, parce que la supériorité de sa fortune lui donnoit, dans son opinion, la prééminence en toute occasion) , Wliite Connal et son père , disons-nous donc , arrivèrent au château Corny. LeroiCorny fut enchanté de revoir son ancien ami le .vieux Gonna! ; mais, maigre tous les efforts que fit sa majesté pour témoigner au fils quelque chose de pUis que la civilité , il étoit évident qu'il ne lui pardonnoit pas d'avoir dérogé à sa noblesse , et qu'il ne l'accueilloit que parce qu'il se trouvoit lié par sa promesse.
Made . oiselle déclara que Connal père étoit un homme du bon ton : il lui offroit la main en toute occasion , et ne manquoit à son égard à aucune des attentions qui sont dues aux dames. Quant au fils, elle l'avoit pris en aversion , et elle l'auroit
exprime en bon angtois, si elle n'avoit eu la pOvS.sibilité de le faire en fr^iitçais sans se comproineltre , les deux donnai n'entendant pas un nnot de cette langue. Elle epui.soi» tous le*, ter-nr-s de mépris que ce langage pouvoit lui fournir, et rappt-loit tour à tour : butor , âne , grande bète, grand nigaud; un imbecille dont la figure ne dit iren ; qui n'a pas l'air d'un homme comme il faut; enfin qui n'étoit pas présentable , pas même ea qualité de mari. »
Il étoit fbfficile de deviner ce qu'en pensoit Dora ; mais cela étoit assez ordinaire en elle. Elle prenoit avec lui des airs dédaigneux , ne lui répondoit que par monosyllabes; mais c'est ainsi qu'elle agissoît avec tous les autres , et elle sembloit même lui montrer plus de politesse qu'à Ormond. En un mot il n'y avoit dans sesmanièresrien qui indiquât de l'éloignement pour son futur époux , et White Connal , très-peu expérimenté dans le langage de la coquetterie , pouvoit interpréter sa conduite comme le résultat naturel de la réserve et de 4la timidité d'une jeune fille.
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On poiivoit se djouter q-u'il ne Ini pîaisoit* point ; mais il sembloit qu'elle eût quelque secrète raison, quelque espx-rance ou quelque crainte , pour ne pas vouloir en venir à une guerre ouverte. Enfin elle étoit toujours bizarre et inexplicable.
White Connal , bien sûr que le gibier étoit à lui , ne crçyoit pas devoir se donner la peine de le poursuivre , et né cherchoit pas à le suivre dans tous ses détours.
« Un peu de hardiesse est utile » , pensoient bien -des gens ; « mais l'excès en est dangereux. Un peu de négligence pour la femme qu'on doit épouser , n'est pas nuisible; mais lui en montrer trop, c'est beaucoup s'exposer. Prenez y garde, Vv"liite Connal. Vous avez raison de dire qu'il ne faut pas gâter une femme avant le mariage ; mais que diriez-vous si elle ne devenoit jamais la vôtre? »
Jamais cette pensée ne s'étoit présentée à l'esprit de Vv'liite Connal. N'avoit-il pas des chevaux et des bainois plus beaux qu'on n'en avoit jamais vus dans les Iles IN'oires? jS^voit-il pas des pistolets superbement damascminés , les meilleurs fusils
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qu'on put trouver , des milliers de moutons, des bœufs par centaines? N'avoit-il pas amasse force gui nées , force billets de banque ? Ne devoitil paîf, avec le temps, en amasser encore davantage ? N'avoit-il pas apporté un plan du château Connal , nom qu'il avoit donné à un petit bâtiment qu'il avoit fait construire sur une de ses fermes , sa coupe , son élévation , ses distributions intérieures? »
Il avoit tout cela. — Mais il arriva un matin que Dora , Connal et Ormond étant montés à cheval pour aller faire une promenade , le voile de Dora ^ agité par le vent, donna de l'ombrage au beau coursier de White Connal, et il fut impossible à l'éçuyer mal-adroit de le maîtriser. Le roi Corny,qui lesregardoit partir, dit à Henry de changer de cheval avec Connal , afin qu'il pût aller tranquillement à côté de Dora qui , ajouta-t-il , « est une petite poltrone. » — Père imprudent ! Henry obéit , et l'on vit à l'instant la différence des deux cavaliers. L'animal devint surle-champ souple et obéissant. — A quoi servent d'excellens pistolets , si un autre atteint mieux le but ? Que ferez-vous du
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meilleur fusil, si vous êtes le plus mauvais chasseur ? Quel service vous rendront Je plau , la coupe et les détails d'un château , si la belle à qui vous les montrez, les regarde a v^ec dédain, et pense que cf l'aniour et une chaumière » lui con- Viendroient mieux ?
White Connal ne se fît aucune de ces questions. Il s'en tenoit à sa manière de penser. Il connoissoit le vieux proverbe : «c La timidité n'a jamais gagné, le cœur d'une femme. » Il se croyoit donc en bon chemin de gagner celui de Dora , car il n'éprouvoit auprès d'elle ni timidité , ni crainte : jamais il ne changeoit de couleur quand il la voyoit jeter un regard furtif sur Ormond , ou quand il entendoit miss O'Faley faire ouvertement l'éloge d'un jeune homme qui l'éclipsoit par tout, à la danse, à la chasse, en montant à cheval, soit qu'il parlât ou même qu'il se tût. Le propriétaire du château Connal méprisoit Henry qui n'avoit pas de château ; il le regardoit avec dédain ; mais il n'en étoit nullement jaloux. La jalousie étoit bien loin de son cœur. La seule passion qui put y trouver place après