‹ OrmondChapitre 21 sur 40 · Il · texte numérisé non relu

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laa. ORMOND.

liberté de le charger de telle et telle affaire , de régler telle chose , d'arranger telle autre; » et au milieu des excuses qu'il lui faisoit de tout l'embarras qu'il lui occasionnoit, on reconnoissoit le style d'un homme qui écrit à son inférieur, à quelqu'un qui doit regarder ses prières comme des ordres.

L'amour propre d'Ormond se trouvoit cruellement blessé , mais sa reconnois- ."îance pour le défunt , et son respect pour sa mémoire l'emportoient sur toute autre considération.

Il attendit assez long -temps la réponse à la lettre qu'il avoit écrite à sir Ulick qui étoit alors à Dublin. Elle arriva enfin.* Elle portoit qu'il étoit en ce moment particulièrement occupé d'une affaire importante qui lui étoi-t personnelle ; que cependant irpenseroit à l'objet essentiel, à l'argent destiné à lui acheter une commission ; qu'il verroit à cet effet l'exécutrice testamentaire, et tâcheroitde régler avec elle ce point important : quant au surplus de sa lettre, il n'avoit réellement pas le loisir d'y répondre en ce moment. Il finissoit par l'engager à voir le docteur

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Cambray, et à le consulter dans tout ce qui pourroit l'embarrasser.

Le docteur Cambray à qui Ormond communiqua cette lettre, se trouva par là autorisé à lui donner des conseils que sa délicatesse ne lui auroit pas permis d'offrir , et sa prudence fut plus d'une fois utile pour diriger l'inexpérience d'Henry.

Dans un premier mouvement de générosité, il vouloit renoncer à la ferme que son bienfaiteur lui avoit donnée , afin de ne pouvoir laisser aucun soupçon que des motifs d'intérêt avoient influé sur son attachement pour Cornélius O'Shane ; et il y étoit encore plus excité par l'idée que Connal, en qualité d'époux de Dora, alloit se trouver incessamment propriétaire des Iles Noires.

D'une autre part , M. de Connal lui écrivit enfin que l'exécutrice n'ayant aucun ordre par écrit du défunt, et le testament n'étant pas encore revêtu des formes judiciaires, il étoit impossible qu'elle prît aucun parti en ce moment relativement aux 5oo livres placées chez le banquier, et destinées à lui acheter une commission.

Ormond étoit prêt à se livrer à toute son indignation , à céder à l'irapétuosité de son caractère > et à quitter à l'instant les lies Noires. «La parole de son bienfaiteur ne suffisoit-elle donc pas? ses lettres n'étoient-elles pas une preuve non équivoque de ses intentions? en falloit - il davantage pour justifier une exécutrice testamentaire, aux yeux de toute personne d'honneur et de bon sens?»

L'expérience et le sang froid du docteur Canibray lui firent apprécier ces divers sentiniens à leur juste valeur. Il fit distinguer à Henry ce qui étoit équitable , et ce qui étoit légalement juste, et lui démontra qu'il falloit mettre de côté dans cette affaire, une générosité romanesque, et une fierté mal entendue. Il l'empêcha d'entrer en discussion avec M. de Gonnal relativement au legs que lui avoit fait le défunt, le fit renoncer au projet d'abandonner sa ferme, et lui conseilla d'annoncer que ses affaires exigeant qu'il quittât les Iles Noires, il ne pourroit se charger plus long-temps de celles de la succession.

Ln conséquence de cette lettre , mis&

O'Faley nommaun agent qui examina les comptes d'Ormond , les trouva fort en règle et les arrêta. Nous n'entrerons à cet égard dans aucun détail; mais il est nécessaire de faire observer que dans le cours de toutes ces affaires , le docteur Cambray eut l'occasion d'apprécier la conduite et le caractère d'Ormond , et qu'il lui devint sincèrement attaché.

« Il n'est pas probable , M. Orraond , » lui dit-il un jour, « que vous obteniez trèspromptement votre commission. Votre tuteur sir Ulick est à Dublin où ses affaires le retiendront peut-être encore quelque temps. Maintenant que vos comptes sont terminés, vous devez désirer ne pas rester davantage dans les lies Noires. Venez à Vicars-Vale. Vous y trouverez une famille disposée à vous en rendre le séjour agréable, et vous y passerez votre tem^ps d'une manière peut - être plus utile pour vous que vous ne le feriez ici. Je sais que de nouveaux amis ne peuvent remplacer dans votre cœur celui que vous avez perdu , mais vous trouve» rez sans doute quelque plaisir à penser que , par votre mérite seul , vous vous

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êtes attaché en moi un ami qui fera tout ce qui sera en son pouvoir pour vous consoler, et vous rendre service. Y consentez-vous? fiez-vous à moi. "Vous avez déjà éprouvé que je ne suis pas un flatteur. Hé bien, quand viendrez -vous? le plus tôt sera le mieux. — Sera-ce demain?»

Nous n'avons pas besoin de dire que cette invitation fut acceptée avec grand plaisir, et qu'Ormond se défcida à quitter les Iles Noires dès le lendemain. Shélah fut au désespoir, quand elle apprit sa détermination, et le petit Tomray qui s'étoit accroché à lui ne s'en laissa arracher que lorsque Moriarty lui eut promis de \enir le chercher bien souvent pour le mener voir M. Henry ; car Moriarty ne voulut pas rentrer dans les Iles Noires après le départ d'Ormond , et il loua la cabane que Cornehus O'Shane lui avoit donnée , et la pièce de terre qui y étoit jointe, afin de pouvoir le suivre. Henry alla dans la matinée de son départ visiter pour la dernière fois sa ferme , la vallée d'Ormond , pour y régler ses affaires : après quoi ils se rendirent sur le bord du lac, où le bac les attendoit.

Ils n'y allèrent point par le chemin le plus direct ; il leurauroit rappelé des souvenirs trop cruels en les faisant passer par l'endroit où le malheureux Cornélius avoit perdu la vie. Ils traversèrent un marais dont il avoit donné une portion à Moriarty qui l'avoit défriché : mais ils y trouvèrent les souvenirs qu'ils vouloient éviter, quoiqu'ils fussent toujours présens à leur cœur. L'année précédente Moriarty v avoit tracé à la bêche , en lettres de trois pieds de longueur :

a LONGUE VIE AU BON ROI COUNT : » il V

avoit semé au printemps de la graine d'œillets nains. Il n'y avoit plus pensé depuis ce temps , et ils se trouvoient alors en pleine fleur.

« Voilà donc tout ce qui reste de lui à présent sur la terre ! * dit Moriarty « Hé bien je suis content d'avoir fait cela. Ceux qui le verront penseront à lui. »

En arrivant au bord de l'eau , ils y trouvèrent rassemblés presque tous les habitans de l'île qui attendoient Henry pour lui faire leurs adieux, et chacun voulut lui adresser un mot, en obtenir un regard , avant son départ.

— «Oui,» dit Shélah, «allez sur le continent , allez dans toute l'Irlande, allez sur cinquante continens ; nulle part , M. Henry , vous ne trouverez des cœurs qui vous soient plus attachés , qui vous connoissent mieux depuis votre enfance, que dans, les lies Noires. »

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