CHAPITRE XVIII
vJrmond reçut laccueil le plus cordial dans la famille du docteur Cambray ; il s'y trouva bientôt si à l'aise , qu'il ne crut plus y être un étranger. Il n'étoit pourtant pas sans inquiétude sur sa situation, et désiroit vivement commencer une vie plus active.
Chaque matin il espéroit recevoir une lettre qui contiendroit sa commission , et chaque matin il se trouvoit de plus en plus étonné de ne pas en recevoir; il oublioit pourtant cette contrariété dans le cours de la journée , et disoit qu'il ne seroit jamais plus heureux que dans la société où il se trouvoit en ce moment.
Enfin , à la question qu'il faisoit régulièrement tous les matins , « y a-t-il quelque lettre pour moi ? » on répondit un jour , « en voici une franche de port; » il reconnut sur l'adresse l'écriture de sir Ulick. «Allons, » dit-il, en la prenant, « une
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lettre simple ! point d'enveloppe ! partant point de commission! » Il l'ouvrit pourtant avec empressement, et lut ce qui suit :
« J'ai enfin pu voir, mon cher Henry, l'exécutrice et le gendre que mon trèscher cousin , ce grand génie , le roi Corny de défunte mémoire a eu la folie de choisir. Quant à cette machine , moitié boue, moitié clinquant, moitié irlandoise , moitié française , cette miss ou cette Mademoiselle OTaley , cette poupée à ressort , dont les yeux seuls ont la faculté de remuer d'eux-mêmes , et d'une manière fort extraordinaire , c'est une marionnette qui n'est mise en mouvement que par les fils que tire un autre. Cet autre n'est pas moins original que sa marionnette ; mais en la faisant mouvoir en ma présence , il avoit soin de se tenir, autant qu'il le pouvoit, derrière le rideau : il étoit pourtant facile de voir la main et les manchettes du petit maître français qui lafaisoit agir, et j'entendois parfaitement la voix du soufleur. En bon Anglois, je crois que je ne vous apprendrai pas une nouvelle , en vous disant que lexécutrice
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est une folle , et que lé gendre , Black Connal , M. de Connal, M. O'Connal, ou quelque autre nom qu'on veuille lui donner, est un fat. Je suis fâché d'avoir à vous apprendre, mon cher enfant, que la folle à laissé le fat mettre la main sur les cinq cent livres destinées à l'achat de votre commission. Il ne faut donc pas songer à en avoir une d'ici à ce qu'on ait pu disposer d'autres fonds , ce qui prendra trois mois , au moins deux mois.
K Une autre circonstance dout je dois vous informer, c'est qu'il faut, malgré cela , aller bride en main avec l'exécutrice. Yoîre respectable ami , votre digne bienfaiteur (n'est-ce pas là le style ?), le roi Corny, qui a obtenu de vous votre premier tribut>d'admiration , il y a bien des années , par son adresse à faire ses habits, a cru pouvoir de même faire son testament sans le secours de personne, et vous pourriez en être dupe. Je le crois valable au fond, mais il est rédigé de manière à donner lieu à mille chicanes ; il y a de quoi faire gagner à un procureur, un équipage et six chevaux pour le conduire.
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« Je vous rappelle en passant que c est en décembre prochain que vous atteindrez votre majorité ; mes fonctions de tuteur cessent à cette époque , et vous devrez-vous mettre vous-même à la tête de toutes vos affaires.
« Je prévois que ces nouvelles ne vous plairont guère. Aussi pour vous consoler , j'ai gardé , pour la bonne bouche .^ la meilleure de toutes pour vous et pour moi. Ni vous, ni moi, ne verrons plus lady O'Shane. Des articles de séparation que le roi Corny auroit voulu dresser lui-même , mais que j'ai fait rédiger par un excellent avocat, ont été signés entre elle et moi ; je dois la voir partir ce soir pour l'Angleterre. Bien certainement jC ne céderai à personne le plaisir de la conduire sur le bâtiment à bord duquel elle doit s'embarquer; mes yeux seront témoins de son départ, et j'espère qu'elle ne sera jamais tentée de revenir pour me tourmenter et vous harceler. C'étoit l'affaire qui me retenoit à Dublin, et certainement je pouvois bien sacrifier un été pour m'assurer la liberté de pouvoir le reste de mes jours mener une joyeuse
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vie de garçon au château de l'Hermitage^ et partout où il me conviendra. — Je suis aussi débarrasse de miss Black; cepen« dant je dois lui rendre la justice de dire qu'elle est maintenant bien convaincue de mes vertus conjugales. Elle accorde aujourd'hui à ma patience l'admiration qu'elle prodiguoit à lady O'Shane , et elle m'a été fort utile pour m'aider à arranger mes affaires dans cette séparation ; en conséquence , j'ai procuré une commission de juge de paix à un certain M. Mac- Crule , un homme que vous pouvez-vous souvenir d'avoir quelquefois vu dans un coin de ma table, qui ne parle pas avec la bouche , mais avec le nez, dont le langage est une espèce de grognement. Je l'ai déterminé , non sans quelque peine , à demander la main de miss Black, (que le ciel le protège, et me le pardonne ! ) et -miss Black préférant rester en Irlande et devenir mistress Mac-Crule , plutôt que d'aller en Angleterre pour continuer d'être la complaisante de lady O'Shane , a consenti (qui pourroit l'en blâmer) à saisir l'occasion aux cheveux. Le mariage s'est fait le lendemain de la demande;
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c'est moi qui l'ai conduite à l'autel, qui l'ai livrée à son époux , et vous pouvez juger avec quelle satisfaction. Vous vous imaginez bien qu'ayant sur les bras à la i fois , mariages , séparations ^ les affaires publiques, ma maison de banque, mon caual; mes mines, je n'ai pas manqué de besogne; maintenant je vais songer au plaisir. J'espère dans le cours de la semaine prochaine jouir de ma nouvelle liberté au château de l'Hermitage, et je me fais une fête d'y recevoir de nouveau mou cher Henry.
« Marcus est toujours en Angleterre. — Les pauvres Annalys sont dans la désolation. Sir Herbert va de mal en pis ; je ne crois pas qu'il en revienne. — Je n'ai pas le temps de vous en dire davantage. — Mesurez sur cette lettre, mou cher enfant, l'étendue de mon affection. C'est la plus longue qu'ait jamais écritevotre tout dévoué
j> Ulick O'Shake. »
Les diverses émotions qui se succédèrent et se croisèrent dans le cœur d'Henry pendant la lecture de cette lettre, s'étant
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enfin calmées, le sentiment prédominant dans son esprit se manifesta par un soupir , et produisit cette réflexion :
« Deux mois au moins! deux mois à attendre ma commission ! deux mois à vivre encore dans l'inutilité! tel est donc l'arrêt du destin ! »
« Ce n'est pas l'arrêt du destin , » dit le docteur Carabray à qui il avoit communiqué et la lettre et ses réflexions. «C'est vous-même qui le prononcez. Vous pouvez attendre deux mois votre commission ; mais pourquoi l'attendre dans l'inutilité ! ne pouvez-vous employer ce temps à acquérir quelques nouvelles connoissances?»
Le docteur ne voulant pas pousser ce sujet plus loin , et sachant qu'il est certaines idées qu'il faut laisser germer dans l'esprit, se retira en ce moment; et Orniond après s'être livré encore quelque , temps à son impatience y et avoir déploré la contrariété qu'il éprouvoit , réfléchit ' sur ce que son ami lui avoit dit , reconnut la sagesse de son conseil , et fut assez raisonnable pour former la résolution de le suivre.
Le lendemain soir le docteur et sa fa»
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mille rentrant après une promenade , les demoiselles s'occupèrent des préparatifs du thé. Henry étoit occupé à écrire ; « mon cher docteur, lui dit-il, si je vous lisois la liste des livres que je me propose de lire , afin d'avoir votre avis? »
« Et si je m'endormois en vous écoutant? » lui demanda le docteur.
— « Impossible, mon cher monsieur, jamais vous ne vous endormez quand il est question de servir un ami. «
— « Hé bien, lisez. — Vous voyez que malgré mon âge , je ne suis pas encore à l'épreuve de la flatterie. »
Ormond alloit commencer quand un carrosse attelé de quatre chevaux , et accompagné de plusieurs domestiques à cheval , passa devant la fenêtre près de laquelle il étoit assis.
« C'est sir Ulick O'Shane, » s'écria-t-il en se levant. » J'en suis sûr. Je l'ai vu, il m'a fait un signe de tète. — Mais cela est impossible : il m'a écrit qu'il nevieudroit que la semaine prochaine. — Où est sa lettre? Voyons-en la date; auroit-il voulu dire celte semaine? — Eh non. Il dit clairement la semaine prochaine, et sa
lettre est de lundi dernier. Quelle peut être sa raison pour avoir avancé son voyage? »
On apporta en ce moment un billet qu'un domestique de sir Ulick O'Shane avoit remis en passant pour M. Ormond.
« C'est sûrement ma commission ! »
s'écria Henry en le lisant. « Jesavois bien, je l'ai toujours dit , que j'avois uu excellent ami en Ulick. »
« Est - elle achetée ? » lui demanda le docteur.
— « Il ne me le dit pas positivement. Mais que pourroit signifier ce billet ?
— « Il doit signifier ce qui y est écrit, r- Puis je le voir*? »
« Sans doute; mais il est écrit au crayon , à la hâte; vous ne pourrez le lire »
Le docteur lut tout haut ce qui suit;
o Si M. Henry Ormond veut passer au château de l'Hermitage , il y apprendra 4juelque chose d'avantageux pour lui. »
« O'Shane. m
« Partez à l'instant même , » s'écria ïnistress Cambray. » Courez au château de l'Hermitage ; sachez quelle est cette 2. 12
l'ôS ORMOND.
bonne nouvelle , et revenez promptement nous en faire part. »
a Je n'y manquerai pas , » dit Henry ; a je pars. » Et tout en prononçant ces mots , il avoit déjà fait cinquante pas.
Sir Ulick le reçut avec un redoublement d'amitié. Il descendit l'escalier pour le recevoir , et lui dit que son cher Henry , son cher eofant étoit le bienvenu au château de l'Hermitage.
— « Je.ne vous attendois que la semaine' prochaine , mon cher monsieur ; c'est une surprise bien agréable. Ne m'avez- Tous pas écrit »
— « Peu importe ce que je vous ai écrit, mon cher Henry, vous voyez ce que j'ai fait. — Montea, il faut que je vous présente à une de mes nièces que vous ne connoissez pas encore. »
— a Oli ! je me souviens que j'ai vu un chapeau dans votre voiture. »
— « Un chapeau ? — Oui , mais ne vous alarmez pas: rien ne ressemble moins au. dernier chapeau qui présidoit ici. En deux jTiots , pour vous faire connoître le terrain, ma nièce lady Norton est une charmante petite veuve , aimable, bien élevée, dont
le mari est mort , heureusement pour elle et pour moi, à l'instant où il finissoit de manger une fortune considérable. Elle est enchantée de demeurer avec moi , et elle est précisément ce qu'il me faut pour faire les honneurs de ma maison. — Habituée au grand mondé. Mais faites bien attention que quoiqu'elle doive régler tout l'intérieur, elle n'a à se mêler ni de moi ni de mes amis. D'ailleurs, il y a une clause spéciale et préliminaire en faveur d'Henry Ormond, qui est l'ami privilégié de la maison^ Maintenant , mon cher ami , vous voilà au fait de tout, et croyez- en ma parole , sa connoissance vous sera trèsavantageuse. »
«Ainii donc, » pensa Ormond, « voilà tout l'avantage que me promettoit ce billet! »
Sir Ulick le fit entrer dans le salon , et le présenta à une dame mise à la dernière mode, qui u'étoit ni jeune ni vieille, ni laide rii jolie, et qui n'offroitrien de bien remarquable.
« Lady Norton , » dit sir Ulick , «. je vous présente mon enfant, Henry Orrhôid. — Henry, voici lady Norton , ma nièce , qui rendra cette maison aussi
agréable pour vous , p(|ur moi , pour tous mes amis, qu'elle l'étoit peu depuis longtemps, surtout depuis que voxis l'avez quittée, mon cher ami. »
Lady Norton reçut Henry avec une révérence pleine de grâces , et , en lui adressant un sourire qui sembla confirnïer tout ce que son tuteur venoit de lui promettre. On servit le thé et le café, et la conversation roula entre sir Ulick et sa nièce sur les invitations qu'ils avoient faites, avant de quitter Dublin, aux personnes qu'ils attendoient au château de l'Hermitage.
« Quand verrons -nous les Brudenell , ma chère? » demanda sir Ulick. « Avezvous pris un jour avec les Lascelles ? Et lady Louisa? j'espère qu'elle accompagnera la société du vice-roi? Avez-vous arrangé tout cela ? »
Lady Norton n'avoit rien oublié. Elle prit un élégant souvenir, et lut à sir ÏJlick : « Lundi les Brudenell , mercredi les Lascelles; la semaine suivante, lady Louisa et la compagnie du vice-roi. Elle nomma ensuite beaucoup d'autres' personnes titrées , toutes inconnues à Or-
mond , et dont il ne soupçonnoit pas même l'existence. Sir Ulick l'interrompoit de temps en temps pour faire remarquer à Ormond les noms qui avoient droit à une distinction , et, en entendant celui de quelques dames , il s'ëcrioit :
« Charmante femme! — Délicieuse petite créature ! — Les Darrhell ! ah ! vous en serez enchanté , Henry. — Les Lardner ! pleins d'esprit , de gaieté, d'originalité : ils vous amuseront. — Lady Millicent ! Ah ! voilà la femme par excellence; jamais on n'a vu en ce pays rien qui lui ressemble , rien de si attrayant. Gare à votre cœur , Henry ! »
Quant aux hommes , l'un étoit un génie, l'autre un héros; celui-ci un excellent chasseur, celui-là un railleur déterminé ; quelques-uns étoienl des politiques du premier ordre , des gens qui s'étoient distingués, en différentes occasions, par des discours pleins d'éloquence. Il y avoit aussi des jeunes gens qui promettoient beaucoup, et avec lesquels il désiroit qu'Ormond pût se lier intimement. Enfin, toute cette conversation sembloit faite pour faire naître dans l'esprit d'Henry l'i.
dëe que le château de THermitage alloit ^ être , pendant le mois suivant , le rendez- Vous de tout ce que les deux sexes offrôient déplus illustre, de plus charmant, de plus agréable dans tout l'univers, et offrir une scène perpétuelle de plaisir et de gaieté.
Sir Ulick prenant le souvenir des mains de lady Norton , et le fermant , lui dit : « J'abuse de votre patience , ma chère , en voilà assez pour ce soir : demain nous verrons le reste. — Je vous ai amenée ici tout d'une traite, vous devez être fatiguée. »
Lady Norton répondit qu'elle croyoit en effet l'être un peu , et qu'elle se sentoit besoin de repos.
Son oncle l'engagea à ne pas rester plus long-temps par politesse; et adressant quelques mots d'excuses à Ormond éur la grande fatigue qu'elle éprouvoit, elle se relira.
Sir Ulick se promena quelques instans en long et en large, paroissant se livrer à ses réflexions , tandis qu'Or mond renou* veloit connoissance aveciin vieux chieii qui l'avoit reconnu , et qui sauloit sur
ses genoux à chaque instant en jappant , et en l'accablant de caresses pour s'en faire reconnoître à son tour.
« Il faut convenir, mon cher Henry, »
dit sir Ulick en s'arrétant tout à coup , et en se retournant vers lui , « que vous êtes ^ un garçon bien extraordinaire ! N'avezvous donc pas lu mon billet ? »
— « Je \ovs demande pardon , monsieur, et c'est ce qui m'a fait arriver si promptement. »
— « Et vous ne me demandez pas quelle nouvelle avantageuse pour vous j'ai à vous apprendre ? »
— « Je croyois l'avoir apprise , monsieur. »
. -;- « Apprise ! — ■ Que voulez- vous dire? »
— « Vous avez eu la bonté de me présenter à lady Norton. Vous m'aviez dit , lorsque je suis arrivé , que la connois»
' Sance de cette dame me seroit lrès-avan> tageuse , et j'en ai conclu que »
— « Fort bienl fort bien! Vous avez toujours été un excellent garçon , voyant les choses de la manière la plus simple. Vous vous éles fié à mon amitié; conti* tinuez à le faire. Vous le ferez, j'en suis
sûr. — Mais n'avez-vous pas eu quelque autre pensée? »
— « J'avoue qu'en lisant votre billet, j'en avois eu une toute autre. »
— a Et quelle étoit-elle ? »
— « Je croyois qu'il s'agissoit de raa commission ; que vous me l'aviez procurée. »
— « Votre commission ? — Puisque vous m'en parlez , je vous dirai franchement que , si votre intérêt l'eût exigé , je vous en aurois acheté une depuis long-temps.
— Mais il y a un petit secret , un secret politique , que je ne pouvois pas vous écrire , que je ne devrois pas vous dire , car ceux qui se trouvent dans les couhsses ne doivent point jjarler. Mais je ne puis m'erapécher de vous le dire confidentielle» raent , en vous recommandant de n'en parler à qui que ce soit, de ne pas me citer surtout. — C'est que la paix va se conclure , qu'il n'y a pas d'avancement à espérer, et que par conséquent il ne faut pas songer à l'armée. »
— « Si la chose est ainsi , monsieur , vous savez mieux que moi quel parti je dois prendre. »
— « Oui , oui, fiez -vous à moi. De la
manière que les choses ont tourné, quoiqu'il fût impossible de s'y attendre , tout est pour le mieux. — J'ai avancë"i^n on départ de Dublin , tout exprès pour vous apprendreplutôt une nouvelle qui vous étonnera phis que vous ne pouvez vous l'imaginer. »
— « Que voulez-vous dire , monsieur?))
— « Tout simplement que vous possédez, ou que vous posséderez bientôt
Mais allons , asseyez - vous , écoutez - moi tranquillement , el je vais vous expliquer les choses en détail. — Vous savez que votre père avoil épousé en secondes noces , dans les Indes, la fille de couleur d'acajoudu gouverneur. Elle avoit une fortune immense. Il la laissa veuve avec un garçon , votre frère , Henry. Hé bien , il a plu au ciel de retirer successivem,ent de ce monde , d'abord voire belle mère au teint d'acajou , ensuite votre frère indien. un peu moins foncé. Ils ont été emportés tous deux, à peu de jours de distance, par une fièvre épidéinique qui a fart des ravages dans le pays, et sont morts, « fort regrettés , » dit la gazette de Bombay , « de tous ceux qui les connoissoient. »
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et Mais comme vous ni moi , mon cher Henry, n'avions cet honneur, je ne vois pas qu'il faille y mettre de l'hypocrisie. — Un h;)ljit noir est tout ce qu'il vous faut , et je vous en ai déjà ordonne un chez mon tailleur. — J'oubliois de voi^s parler de la lettre que j'ai reçue hier de l'agent de la succession, et à laquelle j'ai répondu à l'instant même. Après avoir annoncé la triste nouvelle, il demandoit comment et à qui il devoit faire passer les 80 mille livres sterling ( 1,920,000 fr. ), qui par suite de la mort du frère indien , appartiennent aujourd'hui au frère européen , Henry Ormond. »
Sir Ulick montra alors à Henry la lettre de l'agent , en dirigeant son attention sur ce qu'il app^^loit, « les passages iinporlans. «Oraiond la })arcourut rapidement , et en vit assez pour se convaincre que tout ce que son tuteur venoit de lui dire étoit très sérieux, et qu'il se trouvoit véritablement maître d'une fortune considérable.
ce lié bien, Henry Ormond, » dit sir Ulick , « avois-je tort de vous écrire que si vous vouliez passer au château , vous y
apprendriez des nouvelles avantageuses ? » « Fasse le ciel, » dit Ormond , «qu'elles me soient avantageuses ! J'espère du moins que cette prospérité soudaiiie ne me fera pas tourner la tète et ne m'endurcira pas le cœur. »
— « Oh î pour votre cœur , j'en réponds ; mais quant à votre tète, j'avoue que le sang froid que vous conservez nie surprend. »
a Si vous me le permettez, » dit Henry, « je vais courir à Yicars-Vale jjour annoncer cette nouvelle au docteur Cambray et à sa famille. »
— «Certainement —cela est juste — je ne vous retiendrai pas une minute. — Je vous laisse partir pour ce soir , mais je compte sur vous demain matin. »
— a Saus aucun doute , monsieur. »
— « Vous ferez vos adieux à Vicars-Vale , et vous viendrez reprendre votre ancien domicile au château — chez votre vieux tuteur. »
— «Rien ne peut me faire plus de plaisir, mon cher monsieur. — Mais je n'ai pas d'adieux à faire. C'est si près. Je pourrai voir mes amis tous les jours. »
« Sans contredit, » répondit sir Ulick, en se mordant les lèvres. — «Mai s je pense a nne chose. Quelle voitnreprëférez-vons? Cabriolet , phaéton , berline ?Tom Darrell est à Londres en ce moment , je le chargerai de vous en faire l'emplette. »
— « Commeilvous plaira. — Jen'aurai jamais d'autre avis que le vôtre. — Mais comment pouvez vous penser si promptenient à de pareilles choses? »
— «Un instant! j'oubliois — Il vous fuit des chevaux. George Beine s'y connoît parfaitement. Je vais lui écrire. Il vous les choisira , à moins que vous ne préfériez les choisir vous même. — De quelle couleur les youlez-vous? noirs ou bais ? »
— « Je vous assure , mon cher monsieur, que je n'en sais rien. Ma pauvre tête est dans un état! — Mais nous avons tout le temps de songer à ces objets. »
— «Je vous proteste, Henry, que votre sang froid m'étonne conq)létement.
Vous êtes imperturbable. — Savez- vous que vous vous êtes bien formé depuis que je ne vous ai vu? Comment cela s'est-il
pu faire aux lies Noires? Je n'y conçois rien. »
«Quant à mon sang froid, » dit Orniond , « vous pouvez peut-être Texpliquer en songeant que depuis ce ten)ps j'ai souffert — »
« Souffert ! » dit sir Ulick en prenant un air de compassion. « Je ne savois pas — »
— « Vous savez , monsieur , que j'ai perdu un excelient ami. »
— « Ah ! le roi Corny ! mon vieux cousin ! — Oui , oui , je sais qu'il vous aimoit , qu'il désiroit vous en donner des preuves.»
— « lUe désiroit 1 il n'a cessé de le faire , monsieur. »
— « llauroit mieux réussi pour sa fille et pour lui, s'il vous avoit choisi pour gendre , au lieu du fat que Dora va épouser. - Cependant, comme votre tuteur, je suis charmé que Dora, quoique fort gentille , ne vous ait pas été jelée sur les i>ras. Elle ne vous convenoit pas^ Vous devez porter vos vues plus haut. »
— « Je sens parfaitement, monsieur , que nous n'aurions pas été heureux ensemhle.Nos caractères »
— «Vous pensez parfaitement juste, Or-
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inond. — Vous me forcez à vous admirer.
Trés-sërieusenient. — J'ai toujours prévu ce que vous deviendriez. Ali 1 siMarciis.... Mais ne parlons pas de cela maintenant. Il m'a terriljlement coûté d'argent! il en a dépensé immensément ! mais quand il sera dans le parlement , il y fera bonne figure. — Allons, adieu, Henry, bonne nuit , je vois que vous brûlez de me quitter. »
— « De -^ous quitter? Pourriez- vous me
croire assez ingrat ? Je ne trouve pas
d'expressions pour rendre ce que j'éprouve pour vous. C'est quand je sens le plus viveraejit qu<- je suis le moins ert état de Lien exprimer mes senlimens. Croyez bien que votre amitié , vos bontés paternelles ne s'effaceront jamais de mon souvenir.
— jNiais j'avoue que je désire vivement faire part à la famille du docteur de la nouvelle que je viens d'apprendre. Je suis sûr qu'on m'y attend avec impatience.
D'ailleurs il est bien tard, et c'est l'heure.,.
— «Tard! point du tout. D'ailleurs s'ils ont tant d'amitié pour vous, ils peuvent bien retarder d'un quart d'heure l'instant de se coucher. — Encore un moment ! je
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ne sais vraiment où j'en suis. J'avois encore quelque chose à vous dire. — Ah ! puis-je vous demander à laquelle des miss Camhray vous éles si impatient dejiiire part de votre bonne fortune ?»
— «A toutes deux , mousieur. >}
— « A toutes deux, malheureux ! savezvous que la polygamie n'est pas permise dans ce pays ? A toutes deux ! non.
Voyez donc si vous ne trouverez pas une meilleure réponse. — Ce n'est pas que celle là me paroisse trop mauvaise , cependant, i)
— « Je ne puis vous dire que la pure vérité. Je vous assure que je ne pense ni à la polygamie, ni même au mariage. — Ces deux demoiselles sont très -jolies, trèsaimables , mais elles ne songent pas plus à moi que je ne songe à elles. J'ai même des raisons pour croire que leur cœur est déjà engagé. »
— » Engagé ! vous avez donc songé à elles pour vous en apercevoir. J'en suis charmé pour l'honneur de votre galanterie. — Allons, Henry, à demain. -^
Sir Ulickavoit pris ce soir beaucoup de peines inutiles pour sonder un cœur qui
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île demandoit qu'à s'ouvrir. Mais c'ëtoit précisément parce qu'il s'oiivroil facilement qu'il ne croyoit pas en pénétrer le fond, lln'ainioit pas le docteur Cambray. Le père Joseph ne s'étoit pas trompé en ce point. L'idée que ses projets pouvoient être contrariés par un attachement qu'U étoit possible que son pupille eut conçu jiour Tune des miss Cambray , le tint éveillé toute la nuit. Son premier soin ,1e lendemain matin , fut de se rendre à Yicars-Vale. Ily trouva Ormond fort occupé avec le docteur pour l'examen d un plan que celui ci venoit de tracer pour faire construire une chaumière pour Moriarty.
Un maçon étoit près d'eux recevant leurs ordres, et les entretenant d'une manière fort intéressante, de ciment, de sable et de briques.
« Et où sont donc vos demoiselles ? » dit sir Ulicîi en entrant.
Ormond l'ignoroit. Le docteur n'étoit pas mieux instruit. IMistress Cambray présuma qu'elles sepromenoient dans le jardin. Elle étoit loin de soupçonner le motif secret de la visite de sir Ulick. Elle lui témoigna le plaisir qu'elle avoit à le voir,
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et lui dit qu'elle lui savoit le meilleur gré d'être venu les voir sans attendre la visite que le docteur se proposoit de lui rendre le premier au château de l'Hermitage.
« Oh! » dit sir Ulick , « je n'ai pas dessein de vivre avec le docteur sur le pied de la cérémonie. J'étois impatient de lui offrir mes remercîmens, des attentions qu'il a eues pour mon cher pupille. »
En parlant ainsi , ses yeux toujours furetant tombèrent sur la liste qu'avoitfnite Henry des livres qu'il se proposoit de lire. Il la prit, la parcourut, et lui dit en sonriant :
a Auriez vous le projet d'entrer dans l'Eglise , Henry? »
— a Moi, monsieur! non vraiment. Il scroit un peu tard pour y songer. — Vous savez cpie je n'ai fait aucune des études préparatoires qui seroient indispensa- Lies. »
« D'ailleurs, » dit sir Ulick d'un ton léger et ironique, « je n'ai pas de bénéfice à ma nomination.' — Mais si je dois en juger d'après la liste des livres que je tiens en mains, vous désirez plutôt devenir professeur ou principal dans un
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f ollege. Hé bien , avec l'aide du docteur Cambray, en vous frottant le front, en vous mordant les doigts, je ne doute pas que vous ne soyez bientôt en état de vous tirer de tous les examens , de devenir docteur même , si , da! s le cours de vos études, vous ne mourez pas d'une indigestion de logique , d'une fièvre classique, ou d'une léthargie raétapliysique. Nous vous verrons briller comme dignitaire au collège de la Trinité de Dublin, et si le génie sublime des mathématiques vous inspire , vous deviendrez capable de démontrer pendant toute une éternité, comment la ligne A. B. est égale à la ligne CD., et pourquoi les pauvres X. Y. Z. sont toujours des quantités inconnues. Quel plaisir , quelle gloire de répandre les lumières de la science parmi celte foule dignorantins nés et à naître ! »
Henry , sans ce déconcerter , lui répondit en souriant : « toute mon ambition en ce moment , monsieur, se borne à défvirer de sortir moi-même de celte foule d'ignorantins dont je sens que je fais parlie. Je sais qu'il me manque bien des choses. »
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— «Et qiievousmanqiie-t-il, rnon cher enfant? Pour vous exprimer en bon anglois, il falloit dire il me manque telle chose ou telle autre. »
— «Vous convenez au moins, monsieur, qu'il m'en manque une essentielle. — La faculté de pouvoir m'exprimer en bon anglois. »
— « Une qui ne vous manque pas du moins, c'est un bon caractère. Allez, croyez-moi , vous pouvez èlre assez content de vous même. »
— ce Ignorant comme je le suis? Non.
Jamais je ne serai content tant que je resterai dans cette ignorance. La fortune qu'il a plu au ciel de m'accorder ne feroit que la rendre plus remarqitable , plus scandaleuse. Maintenarit que jai tous les moyens de m'instruire, j'espère, avec l'aide de quelques amis, pouvoir faire de moi quelque chose de moins imparfait. »
« Très-bien pensé, Henry : je cesse de plaisanter , mon enfant. — Je me souviens qu'à votre âge j'avois précisément les mêmes sentiraens.
« Ce ne sont pas ordinairem.ent , » dit le docteur Cambray, « ceux qui s'offrent
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les premiers à l'idée d'irn jeune homme qui recueille inopinément une fortune considérable. )>
« Parfaitement vrai ! » dit sir Ulick , « mais il faut qu'il suive nos conseils , sans quoi on le traitera de pédant. — Gardez vous bien, Kenry, de parler ainsi aux Darrell et aux L:irdner. »
« Que m'importe qu'ils me traitent do pédant? dit Henry avec vivacité.» Les Darrell et les Lardner ne sont rien pour moi. )■>
« Mais pour moi , ils sont quelque chose , » répliqua sir Ulicli.
— « Pardon , monsieur , j'ignorois cette circonstance. Cela change lout-à-fait l'affaire. »
— «C'est parce que vous allez rencontrer dans la société ces jeunes gens et beaucoup d'autres qui leur ressemblent, que j'ai voulu vous essayer dans cette conversation , voir jusqu'à quel point vous pouvez supporter la plaisanterie, et j'ai reconnu avec grand plaisir que vous êtes à l'épreiive du ridicule. — Cela vaut mieux que d'être à l'épreuve de la balle , infinimeiit mieux. Je ne craijio pas qu'uU
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jeune homme qui a de bons principes les perde par la contagion de lexeraple, ou par suite de mauvais conseils ; mais la crainte du ridicule l'en écarte souvent. Je me réjouis sincèrement, mon cher pupille, devons savoir à l'abri de ce danger. »
Le 2:>laisir brilloit dans les yeux du Ion docteur, tandis qu'il entendoil sir Ulick parler ainsi. '
«Docteur Carabray,» dit sir Ulick, «j'espère que vous dînerez aujourd'hui avec nous. — Henry , n'oubliez pas le château de l'Hermitaore. «
Le docteur s'inclina en signe d'acceptation.
« Oublier le château de l'Hermitage! »
s'écria Ormond. « Il faudroit donc que j'oubliasse le jour où si jeune encore, orphelin abandonné , Je fus retiré par vous de la cabane enfumée de ma nourrice! je me le rappelle comme si c'étoit hier. Yous me teniez par la main quand vous m'uilroduisites dans un séjour qui me parut le paradis ; je m'attachai à vous dès cet instant, et »
« Attachez- vous y encore, attachez-
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vous y toujours! et jamais je ne vous manquerai, non jamais! » et serrant la main d'Henry, il le regarda avec une émotion fortement prononcée, parce qu'il l'éprouvoit fortement. «J'espère , » ajoutat-il , en reprenant son ton de gaieté , « que votre jeunesse reconnoîtra dans le château de l'Hermitage le paradis que votre enfance y a trouvé. »
« Je me flatte , » dit mistress Cambray, i( ([ue vous n'oublierez point tout-à-fjut Yicars-Yale ; et pourtant au milieu des plaisirs dont vous allez jouir , je crains bien »
— « Ne parlez pas de crainte, mistress Cambray , fiez-vous à moi , je connois trop bien mes intérêts. »
Sir Ulick qui avoit fait ses adieux et qui se retiroit , se retourna à ces mots, et dit d'un air de franchise et de gaieté :
(c lléglons cela un fois pour toutes. Partageons Henry, ou pour mieux dire permettons-lui de partager son temps entre nous. Il passera ses matinées dans cette vallée d'Eden , s'y occupera de ses études, et le reste du jour sera pour nous. Vous étudierez ainsi successivement, Orraond,
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les livres et les hommes. Ces deux connoissances sont également utiles. La science du monde n'est pas moins nécessaire que celle qu'on puise dans Bacon et dans les autres philosophes. Ainsi , » ajouta-t-il, en montrant une carte de géographie qui se trouvoit sur la fable, «vous aurez ici le fleuve du temps y et chez nous le courant du jour. »
Sir Ulick prit enfin congé , et se retira. Pendant cette conversation et pendant celle qu'il avoit eue la veille avec Henry, il avoit paru parler de choses indifférentes , sans liaison entre elles , sans paroître y attacher aucune importance , et cependant il n'avoit cessé de marcher droit à son but , il avoit p;ircouru le cercle des passions humaines , l'amour , l'ambition , l'intérêt , le plaisir. Ses observations at- ,tentives lui démontrant que le cœur de son pupille n'étoit pas ouvert à ces motifs qui dirigent les actions de la plupart des hommes, il étoit revenu sur ses pas, et l'avoit attaqué d'un autre coté et avec d'autres armes. Enfin , il avoit reconnu que pour conserver son influence sur lui , il ne de voit compter ni sur la force
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de l'autoritë , ni sur l'habitude, encore moiiis sur des motifs intéresses d'aucune espèce, et pas même sur la crainte d'être exTposë au ridicule , et il avoit résolu de régler sa conduite d'après la connoissance qu'il venoit d'acquérir de son caractère.
Ormond, bien loin de mettre alors obstacle à aucun de ses projets, lui offroit au contraire le moyen d'eu mettre plusieurs à exécution. Le plan qu'il avoit formé d'un mariage entre iNIarcus et miss Annaly , étoit tout -à- fait renvôrsé. La proposition en avoit été faite, et avoit éprouvé un refus décisif, et des circonstances que nous ne pouvons nous arrêter à expliquer ici, avoient fait que ce refus n'avoit que très- médiocrement contrarié sir Ulicket son fils. Il n'existoit donc plus ni jalousie ni rivalité à craindre entre Marcus et Henry, et l'affection qu'il avoit toujours véritablement eue pour son pupille , et qui ne pouvoit céder qu'à des motifs d'intérêt personnel , rentra toute entière dans son cœur. Il ne se reprocha nullement de l'avoir banni du château de l'Hermitage , de l'avoir si long - temps
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abandonne et oublié. Il en ëtoit juslifié à ses yeux par les motifs qui avoient dirigé sa conduite ; il reprit ses sentimens pour Henry avec autant de facilité qu'il s'en étoit dépouillé. Il ne voyoit plus en lui le jeune homme qu'il avoit sacritié aux craintes que lui inspiroit son mérite supérieur à celui de son fils; mais lorphelin qu'il avoit protégé dans l'adversité, et qu'il avoit le droit de guider et d'introduire dans le monde quand la fortune le favorisoit.
Sir Ulick avoit pourtant encore un motif secret pour désirer conserver tout son crédit sur l'esprit de son pupille. Nous ne pouvons le faire connoîlre ici à nos lecteurs. A peine se léloit-il révélé à luimême ; il étoit encore enseveli an fond de son ame , couvert de ténèbres, et ne devoit se développer qu'autant que le temps et les circonstances pourroient l'exiger.
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