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ton , et quoiqu'elle parût en ce moment dans un état de langueur et d'anéantissement, occasionné par son chagrin, elle avoit montré en plus d'une occasion une force d'esprit et une élévation d'ame qu'on ne lui auroit pas soupçonnées. — De mieux en mieux. Chacun de ces traits conveuoit parfaiteme^nt au caractère d'Ormond. Ses propres observations le confirmèrent dans la bonne opinion Gfiie les louanges de ses amis lui avoient d'abord inspirée de cette aimable dame.
Il fut surtout enchanté du ton d'indulgence avec lequel elle parloit des personnes de son sexe. Elle n'avoit pas ce penchant à la médisance qui lui avoit tellememt déplu dans l'objet de sa deri nière fantaisie. Elle ne parloit jamais qu'avec éloges, même de ceux dont on avoit fait entendre à Ormond qu'elle avoit à se plaindre. Se souvenant que miss Lardner avoit dit que lady Annaly avoit traité lady Millicent « avec barbarie , » il fit un jour tomber la conversation sur cette dame, afin de voir comment elle en parîeroit. «Lady Annaly, » dit elle, « est une dame très-respectable ; elle a ses pré-
juges : qui n'a pas les siens? Elle a conçu des j3réven lions contre moi, et je le regrette sincèrement. Cest ma plus proche parente par alliance ; c'est sur elle que j'aurois compté dans le maliieur et le chagrin ; c'est à elle que j'aurois demandé le plus volontiers des secours et des conseils; c'est d'elle que je les aurois reçus avec le plus de plaisir. Malheureusement... mais je ne puis en dire davantage. Cest une affaire infiniment fâcheuse , d'autant pli^ fâcheuse, » ajouta -t- elle en soupirant , «que je.ne puis en accuser que moi-même.» C'^st ce qu'Ormond pouvoit à peine se résoudre à croire ; mais quelle que pût être l'origine de cette mésintelligence, le ton de douceur et de candeur avec lequel elle en parloit, même quand sa sensibilité étoit visiblement émue, l'intéressa vivement en sa faveur. Il avoit appris que les Annalys étoient sur le point de revenir en Irlande, il se proposa de leur rendre visite le plutôt possible, et se flatta qu'il pourroit être l'instrument d'une réconciliation entre des personnes qui ne pouvoient avoir aucun motif séfieux d'inimitié.
En attendant cette époque, plus il voyoit lady Millicent , plus il en ëtoit enchanté. Différentes affaires occupoient sirUlick toute la matinée. Ormond tenoit régulièrement compagnie aux deux dames. On faisoil des promenades à pied , en voiture , en bateau : on ne se quittoit pas un instant. Lady INorton , bonne petite, femme , du meilleur ton , n'étoit pas en état de faire de grands frais de conversation , mais elle ne l'interrompoit jamais; sa présence n'étoit nullement gênante , et à peine Henry s'en apercevoit-il. Son attachement prenoit un caractère plus sérieux que les fantaisies qui l'avoient occupé un instant depuis sa rentrée au château de l'Hermitage ; et quoiqu'il n'osât pas même prévoir l'instant où il pourroit concevoir des espérances, ses conversations avec lady Millicent prenoient en général une tournure sentimentale. Tout ce quelie-disoit n'étoit pas toujours juste, mais le son enchanteur de sa voix , l'éloquence de ses yeux , le naturel de ses expressions, faisoient oublier ses erreurs. Sa morale rapportoit tout au sentiment, et l'idée d'un sacrifice pénible à faire étoit
plus puissante sur son esprit , plus flatteuse pour son imagination , que tous les principes de devoir et de raison. Tout en elle ëtoit sensibilité et exaltation. Elle ne croyoit pas qu'il existât de vertu sans enthousiasme. Agir dans la vue de se rendre heureux, ou de faire le bonheur des autres, ce n'étoit à son avij» qu'un bas égoïsme. Elle plaçoit la vertu à un tel point d élévation , que les simples mortels pouvoient se consoler de ne pas l'apercevoir, par l'imposs bilité où ils étoient i de l'atteindre. vS'élevant audessus des nua- J ges , elle parloit de tout comme bon lui sembloit , et faisoit la plus charmante confusion de toutes les idées. Quand elle daignoit redescendre sur la terre , si elle essa\oit de définir. . . . non , car une définition étoit la mort pour son imagination, mais de décrire ses^ sentimens , elle étoit presque inintelligible : elle pretendoit; pourtant quelle se comprenoit fort bien; et Ormond , séduit par son éloquence-,! dont il étoit admirateur passionné , croyoit < omprendre quand il ne faisoit ,^| que sentir. Les idées de vertu de lady jji, Millicent étoient portées à un tel exlréme . ^
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qu'elles louchoient au vice opposé. Dans' le fait , rien ne pou voit l'empêcher de les confondre , car la ligne qui sépare le vice de la vertu , cette ligne qui doit être si fortement tracée , devenoit imperceptible pour elle par la multitude d'ombres délicates dont le sentiment la nuançoit. Cette imagination exaltée , cette métaphysique sentimentale , ne se trouvoient point encore alors chez les dames aussi fréquemment que depuis quelques années , et l'on ne prévoyoit pas encore bien les conséquences qu'elles entraînent dans la pratique.
Dans tous les temps , cependant , un homme connoissant bien le caractère des femmes, et versédaps la science du monde, même en le supposant d'une ignorance complète en métaphysique , auroit aisément reconnu le but d'une telle conduite , et à quoi elle devoit aboutir; et un tel homme n'auroit jamais songé à épouser lady Millicent. Mais Ormond étoit sans expérience ; le fond et la forme , tout étoit peuf pour lui. La délicatesse et la sensiilitéde la belle sophiste ne lui permirent y^le voir que ce qu'il y avoit de plausible
et d'ingénieux dans sa doctrine, et lui fermèrent les yeux sur les suites dangereuses qui pouvoient en résulter. Nous devons pourtant dire, pour rendre justice à lady Mdlicent, qu'elle parloit et agissoit de bonne foi , si l'on peut employer cette expression quand il s'agit d'absurdlte's. Elle n'avoit pas recours , comme tant d'autres l'ont fait après elle , à un sophisme sentimental , pour s'aveugler sur une passion criminelle, pour cacher à ses yeux la difformité du vice. Elle couroit sans doute le risque de s'égarer par suite de son ignorance et de sa témérité, mais sa jeunesse et son innocence pouvoient encore faire espérer qu'elle reculeroit , si elle apercevoit le précipice.
Sir Ulick avoit souvent dit en parlant de lady MiUicent, que dirigée par un homme de bon sens , elle seroit une des femmes les plus parfaites qu'il eût jamais jf vues, et qu'un homme qui parviendroit h: à £aener son cœur , mériteroit d'être malheureux, s'il ne savoit le conserver.
Ormond étoit parfaitement d'accord avec lui sur ce point ; il s'étoit aperçujj„, que sir Ulick avoit remarqué l'impressio
que lady Millicent avoit faite sur Uli , et il ne cherchoit nullement à la cacher, quoiqu'il ne se fût pas encore dét^.^rniiné à faire l'aveu de ses'sentimens. Celui qu'il eprouvoit lui serabloit d'une nature Itrop «érieuse pour en parler légèrement ; c'ëtoit bien autre chose que celui que lui
javoiènt inspiré les miss Darrell etiljardner. , h !..,;)ii,, ii;.^' :-.,,h^
Sir Ulick parloit un soir des lellresde lord Chesterfield, livre alors fort en vo-
;gue , mais que le bon sens et les prin-
,cipe^ de vertu répandus en Angleterre ont bientôt réduit à sa juste valeiic, et
■:^ui /malgré l'e^puit qui y règne, malgré les charmesj du stj lei, malgrrë .quelques observations sages -qui surnagent sur cet amas de corruption , est , heureusement
.pour la nation ^ presque tombé dans l'oubli; mais dans le niomeut où cet-ouvrage fut publié, milord quijpâbok aujourd'hui
•si roide et 'si gauclte-, éioqti'îi la Tuode , et par conséquient irrésistkbl'é. Son livre étoit un manuel d'éducation. L'espoir d'acquérir à bon marché la connoissance et l'usage du monde, le faisoient acheter par tous les, jefunes genS) depuis le fils du lord
qui le parcouroit, tandis que son valet de chambre peignoit ses cheveux , jusqu'au commis marchand qui le dévoroit en cachette derrière le comptoir.
■Il Suffisoit que cet ouvrage fût à la mode pour que sirUlicken recommandât la lecture à Orraond , et nous devons dire à l'honneur de'lady Millicent qu'elle en témoigna autant de surprise que d'indignation.
« Quoi! » dit sir Ulick en souriant, « étes-vous choquée de l'avis que lord Chesterfield donne à son pupille à Paris, V de chercher à nouer une affaire honora- ^'blé' avec une femme mariée/, plutôt que 'id'aVoir uTir sotte intrigue avec une fille d'opéra? hé bien , lady Millicent, j'en suis charmé.* Je crois que comme An- -gloise , comme femme., vous avez raison de voU'Sirécrier , et de couvrir vos joues d'un rouge feî éloquent , en entendant de pareils principes. — Lady Annaly ellemême, n'auroit ni mieux parlé, ni mieux agi. »
« C'est ce que je pensois , » dit Ormond. ■
— «Fort bien ^ mais il faut pourtant
faire une différence entre une vieille femme et une jeune. La vérité acquiert de nouvelles grâces quand elle sort de la bouche de la jeunesse et de la beauté. »
Ce compliment fut perdu pour lady Millicent. Elle poussa un soupir en entendant le nom de lady Annaly, et s'abandonna à une profonde rêverie. Orraond la regardoit d'un air d'enthousiasme , et ses traits avoient pris la plus tendre expression ; sir Ulick lui frappant sur l'épaule , le tira à part :
« Jeune homme , » lui dit-il à voix basse, if prenez garde à votre cœur. Point d'attachement sérieux ici : je vous en avertis. Sou venez- vous en. »
Lady Norton entra dans ce moment, et l'explication ne put aller plus loin.
« Prendre garde à mon cœur! » pensa Ormond. « Eh ! que puis-je faire de mieux que de l'offrir à une telle femme? pourquoi me raettrois-je en garde contre elle ? »
Une pensée se présenta en ce moment à l'esprit d'Ormond ; sir Ulick avoit toujours parlé avec éloges de lady Millicent. II. lui prodiguoit des soins assidus, des
attentions constantes, des galanteries plus qu'ordinaires. NVtoit-il pas possible que sans, la chaîne à demi - rompue qui le retenoit encore dans les liens du mariage , sir TJlick ne lui eût volontiers offert son cœur et sa main ? Cette idée s'empara du cœur de Henry, et y fit naître une sorte de jalousie ; il jugea donc que ce n'étoit pas lui qu'il devoit consulter sur ses senti mens et sur ce qu'il devoit faire , et résolut d'abord de demander les avis de son ami sincère et impartial , le docteur Cambray. Le docteur et sa faniille étoient malheureusement enAvisite chez un parent un peu éloigné. Ils tîtoienl partis de Vicars-Vale peu de jours avant l'arrivé de lady Millicent. Orniond avoit été au presbytère presque tous les jours pour s'informer si l'on avoit de leurs nouvelles , et s'ils comptoient revenir bientôt ; enfin , il eut le plaisir dapprendre qu'on les attendoit positivement le le ndemain ou le sur - lendemain.
Le lendemain Ormond qui , grâce aux soins de son tuteur, avoit alors un élégant phaéton , et de beaux chevaax bais ,
et qui ayant pris pendant quelque temps des leçons du fameux Tom Danell , pour apprendre à les conduire , ëtoit en état de les guider de manière à se faire admirer, proposa à lady Millicent d'y monter pour faire une promenade , et elle y consentit.
Sir Ulick arriva, comme Ormond venoil de lui donner la main pour l'aider à y monter, et s'appuyant sur IVpaule de son pupille : «Ne craignez-vous rien? » lui demanda-t-il.
— « Rien absolument. »
« Fort bien. — Souvenez-vous , Henry , de l'avis que je vous ai donné hier soir. — Tenez bien les rênes. — Ne cherchez pas à aller trop vite. — Prenez-garde à vous — pas d'im}irudence! — Vous m'entendez Henry? — Ces chevaux sont bien jeunes, » ajouta -t -il en leur passant la main sur le dos.
Henry l'assura qu'il n'oublieroit passes avis, et partit.
« n faut pourtant, » pensa Ormond, « qu'il ait quelq^ue bonne raison pour me réitérer ainsi cet avis. Je ne me déclarerai point , que cela ne soit éclairci. J'espère
que je verrai demain le docteur Cambray ; je puis bien encore attendre vingt-quatre heures. »
Ce ne fut pourtant pas sans de grands efforts sur lui-même qu'il parvint à n'entretenir sa belle compagne que de choses indifférentes , et à ne lui parler que des beautés que la nature offroit à leurs yeux. La conversation languit plus d'une fois, et lady Millicent nesembloit pas plus disposée que lui à Tanimer. Elle paroissoit plus réservée que de coutume , et son air annonçoit un certain embarras. Henry s'efforça de dissiper les nuages qui sembloient s'accumuU;r sur son front — La politesse Texigeoit. — Il y réussit , et il vit avec plaisir sa vivacité renaître et son air rêveur faire place à l'enjouement. Elle lui parut alors si attrayante , il trouva le son de sa voix si enchanteur , qu'il eut besoin de toute sa fermeté pour persister dans la résolution qu'il avoit formée de ne pas faire encore faveu de sa tendresse. Mais il conçut l'espoir qu'il ne lui étoit pas indifférent , et qu'il pourroit avec le temps lui faire oublier ses chagrins, et la rendre au bonheur. Cependant il eut soin que
toutes ses expressions ne peignissent que l'amitié ; mais Tamitié qu'on exprime à une femme ne sert ordinairement que de voile à l'amour, et ses yeux le percent aisément. Ils retournoient au château en discutant sur ce sentiment , sujet si favorable pour peindre la passion qu'on ne veut ou qu'on n'ose pas avouer, lorsque, dans un endroit où deux chemins se croisoient , une voiture traversa la route si rapidement qu Ormond n'eut que le temps d'arrêt^ ses chevaux.
« Le docteur Cambray ! » s'écria-t-il.
a M. Ormond ! » dit le docteur en faisant arrêter sa voiture. Il sembloit rayonner de plaisir en reconnoissant son jeune ami ; mais sa physionomie changea tout à coup lorsqu'il aperçut sa compagne de promenade.
Ormond venoit de prononcer les noms de lady Millicent et du docteur Cambray , pour les présenter l'un à l'autre, quand chacun d'eux faisant une légère inclination , dit d'un air contraint et gêné :
— a J'ai l'honneur de connoitre.... »
— « J'ai déjà eu le plaisir de voir — » L'honneur et le plaisir semblèrent être
fort pénibles et fort embarrassans pour tous deux. j
«Que nous ne vous retenions pas , «dit le docteur. » JVspère, M. Ormond, que nous aurons le plaisir de vous voir bientôt au presbytère ? »
— « Vous n'en devez pas douter , mon cher docteur. — Si vous saviez avec quelle impatience j'attendois votre retour 1 — Je serai chez vous avant que vous soyez descendus de voiture. »
« Le plutôt sera le mieux, » dit^le docteur.
« Le plutôt sera le mieux , » répétèrent d'un ton d'amitié mistressCambray et ses deux filles.
Ormond continua sa route vers le château ; mais plus de conversation intéres saute avec sa belle voisine. Un embarras mutuel avoit succédé à l'enthousiasme qui lesanimoit l'instant d'auparavant.
(f J'ignorois que le docteur Cambray eût l'honneur de connoître lady Millicent, >; dit Ormond.
— a II y a déjà quelque temps que j'ai ce plaisir. — Je l'ai vu à Dublin. — J'ai été autrefois sa favorite. »
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— « Autrefois ? — J'aurois cru que vous deviez l'être encore. »
« Le docteur Cambray est un homme très-aimable, très respectable , » dit lady Millicent , sans répondre à l'observation d'Ormond. « Ce voisinage a fait en lui une excellente acquisition. Un ministre tel que lui est un trésor partout , mais surtout en Irlande où l'esprit de conciliation est si nécessaire. On ne sait pas tout le bien qu'un ministre vertueux peut faire en Irlande. »
« Rien n'est plus vrai , » dit Ormond.
C'est ainsi qu'en répétant de semblables vérités, entremêlées de réflexions sur l'état de l'Irlande , sur les dîmes , et sur l'éducation des pauvres , ils arrivèrent au château de l'Hermitage.
« Vous êtes bien pâle, mylady , » dit sir Uhck à lady Millicent en lui offrant la main. « Vous seriez-vous trouvée indisposée ? »
« Nullement, « répondit elle , «j'ai fait une promenade charmante. »
Henry ne s'arrêta que le temps nécessaire pour dire que le docteur Cambray étoit de retour, et qu'il alloit le voir. Il
remonta en voiture , et se rendit chez lui ,
où il le trouva clans son cabinet.
ff Hé bien , mon cher docteur , » lui ditil d'un ton inquiet et presque consterné, « qu'y a-t-il donc? »
« Ce qu'il y a? » répéta le docteur, eu fixant ses yeux sur lui d'un air attentif, « rien , j'espère : et cependant je lis sur votre visage que mes craintes sont bien fondées. »
— « Et que craignez -vous donc, monsieur ? »
— « Que la dame qui étoit dans votre phaéton , que lady Millicent »
— « Quelle crainte peut elle vous inspirer, mon cher monsieur? dites-le moi tout d'un coup. Je suis à la torture. Que savez-vous d'elle ? »
— « Que c'est une femme très-imprudente, très-légère dans sa conduite, quoique j'espère qu'elle puisse encore être vertueuse. »
— « Pourroit il exister un doute à cet égard ? — Imprudente , légère ! — mon cher docteur, vous avez été mal informé, bien certainement. »
— a Voici tout ce que je sais à ce sujet.
ORMONT). 2o5
— Pendant que lord Millicent e'toit à l'armée , un homme de haute distinction , et célèbre par ses galanteries, rendit à lady Millicent des soins si assidus, quon commença à en parler daiss le monde. Lady Annaly , sa parente et son amie , lui conseilla de rompre tout-à-fait cette liaison «fin d'imposer silence à la calomnie, mais son avis ne fut suivi qu'à moitié. Lady Millicent cessa de le voir en public , mais elle consentit à lui accorder des rendezvous particuliers. Ils ne restèrent pas long-temps secrets, et ne firent qu'augmenter le scandale. Lady Annaly lui fit de nouvelles représentations sur l'inconvenance d'une telle conduite. Lady Millicent s'offensa , lui déclara que les propos des autres n'influeroient jamais sur sa manière d'agir ; bref il en résulta une rupture entre ces deux dames. Cette dangereuse liaison continua encore quelque temps; mais à la rriort de son époux, lorsque son adorateur pou voit concevoir l'espérance de s'unir à elle par des nœuds légitimes , il cessa tout à coup de la voir, et ne la jugea plus digne de ses attentions. »
2c6 OR M ON D.
Convaincu que lady Millicent n'étoit pas la femme qui pouvoit assurer son bonheur , et sentant qu'il lui seroit difficile de se soustraire à Tinfluence qu'il lui avoit laissé prendre sur son cœur, s'il continuoit à la voir habituellement, il résolut de quitter sur-le-champ le château de l'Hermitage. Il informa sir Ulickde sa détermination , lui disant seulement qu'il avoit réfléchi sur les avis qu'il lui avoit donnés, et qu'il avoit reconnu que l'absence étoit le seul moyen qui lui restât pour en profiter.
Cette nouvelle fut un coup inattendu pour sir Ulick. Il regretta beaucoup d"avoir engagé lady , Millicent à passer l'automne au château , mais toute sa politique ne put lui fournir un seul moyen de la congédier honorablement. 11 avoit de puissantes raisons pour désirer d'y retenir Ormond jusqu'à ce qu'il eut atteint sa majorité , pour l'habituer à une vie de plaisir et de dissipation , et s'assurer la continuation de l'empire qu'il vouloit exercer sur lui. Il essaya d'ébranler la résoliUion de son pupille , mais il n'y put réu.'isir. Ormond lui déclara que son in-
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tention etoit de passer sur le continent, et de se rendre à Paris , où il trouveroit M. et madame de Connal, car Dora ëtoit alors mariée , et il pourroit être introduit par eux dans la bonne société.
Le rusé sir Ulick le trouvant inébranlable dans le dessein de quitter le château de THermitage , changea aussitôt de batteries, et voulant qu'il s'éloignât de ses yeux le moins possible, lui suggéra l'idée de visiter son propre pays , de faire le tour de l'Irlande , avant de songer à se rendre chez une nation étrangère. Il lui offrit des lettres de recommandation , et Ormond prit ce parti d'autant plus volontiers que It- docteur Carjibray lui en donna aussi pour plusieurs de ses amis.
Avant de se mettre en voyage , Ormond alla revoir les lies Noires , qui rappelèrent à son esprit raille souvenirs cruels et délicieux en même temps 11 y fut reçu par les habitans avec les témoignages d'une vive et sincère attention. 11 étoit toujours pour eux a le prince Henry.» Enfin il eut le plaisir d'entendre sortir de toutes les bouches les éloges de son digne bienfai-
ts' teur.
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Sa petite ferme s'étoit améliorée pen dant son absence ; les arbres qu'il y avoi' fait planter, avoient profité et coramençoient à produire de l'ombrage; les terre5 en étoient fertiles et bien cultivées , et les bonnes gens qu'il y avoit placés paroissoient très-heureux dans leur situation.
Il y passa trois jours , et les regrets que témoignèrent les habitans de l'île de son départ , le touchèrent vivement , en lui prouvant combien il étoit aimé.
A son retour au château de l'Hermitage , il trouva tout préparé pour son départ. Il alla faire ses adieux à ses amis du presbystère, reçut du docteur les lettres qu'il lui avoit promises, et ayant embrassé son tuteur, salué lady Norton, et fait ses adieux à lady Millicent qui les reçut trèsfroidement , il partit pour le voyage qu'il avoit projeté.
O R M O N D. to^