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Comme il se troovoit dans une famille fort aimable , et où on lui lémoignoit l)eaucoup cVamitië, il supporta plus facilement rinterruplion que cette blessure apporla à son voyn^^e. Dans l'opiniou de tous ceux qui connoissoienl les faits, la conduite d'Ormond ëtoit irrrëprochable, et comme ilétoît indispensable eu Irlande, à celte époque, qu'un homme de bon tou eût au moinsuneaffaire d'honneur , nous devons féliciter notre héros de n'avoir pas été 1 agresseur. Il en obtint plus de crédit auprès des darnes , et plus de considération paruii les hommes, et n'euteu.
dit plus parler de VUlysscana.
Le lendemain, il lut avec chagrin dans tous les journaux des paragraphes annonraiit qu'un duel avoit eu lieu entre ]\LM. W** et O"** par suite d'une querelle occasionnée par La lecture qu'avait fait une dame de quelques vers satiriques contre un homme en place, av(e lequel Tune des parties avoit des relatior»s. Dans le compte qu'on rendoit de cette affaire, il se trouvoit la proportion de vérité K.'X de mensonge qu'on rencontre ordinairement dans les papiers publics , et quel-
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ques journalistes , pour faire ])îus d'honneur à Onnoiul ,1e representoient coiume ayant provoque ce duel avec plus d'empressement qu'il ne l'avoit fait , et qu'il n'avoit dû le faire.
Ormoud savoit que ce paragraphe seroitlubien certainement par son tuteur et par le docteur Cambray, et il en eloit désespère. ; il connoissoit l'horreur qu'un, duel inspiroit au dernier , et voyoit avec peine qu'il pourroit passer à ses veuxpour avoir été Fagresseur. Il écrivit sur-îechamp au docteur pour se justifier auprès de lui , en lui faisant le récit des faits suivant l'exacte vérité; mais sa lettre croisa celle qu'il reçut du docteur. L'endroit où il se trouvoit alors , éloit un peu écarté , la poste n'y arrivoit et n'en partoit que trois fois par semaine, aucune grande route n'avoit encore été établie pour y conduire , et les chemins ëtoic'u.t si mauvais qu'il ne se passoit pas quinze jours sans qu'il y arrivât quelque accident à quelque voiture.
Il fallut donc que notre héros prît patience, et s'occupât sur son sopha , où le retenoit sa blessure, à calculer les cpo-
qiies où ses lettres pourroient arriver , et où il pourroit en recevoir. Son goût pour la lecture lui fut très-utile en cette occasion, et prêta des charmes à des heures de retraite qui, sans celte ressource, lui auroient paru bien longues et bien ennuyeuses. Enfin , son bras se trouva assez bien pour lui permettre de se remettre en voyage, et il reçut les lettres qu'il attendoit ; l'une tendre et affectueuse de son tuteur, l'autre du docteur Cambray, qui contenoit ce qui suit :
« Je dois vous dire , mon cher et jeune ami , que tandis que vous défendifz le caractère public de sir Ulick , que , soit dit en passant, vous ne connoissez pas , je défendois de mon côté votre caractère prive, que je me flatte de connoître un peu. Quand il s'agit de réputation , le temps fait toujours connoîlre la vérité : pourquoi donc , sans parler des motifs tirés de la morale et de la religion , ne j)as s'en rapporter à lui pour sa défense, plutôt que d'avoir recours à l'épée et au pistolet ? Mais vous êtes sans doute im- ])arient de savoir quels sont les bruits désavantageux que j'ai été obligé de dé-
truire , et comment ils sont parvenus jusqu'à moi ; c'est par la famille Annaly que j'en ai été informé , et elle les avoit appris pendant son séjour en Angleterre, par sa correspondance avec Tlrlande.
Autant qu'on peut le présumer, je crois qu'on doit les attribuer , en grande partie, à votre ancienne bonne amie miss Black. La première chose qu'on manda sur vous à lady Annaly, fut que vous meniez une vie désordonnée dans les Iles Noires avec le roi Corny , et son compagnon le père Joseph. Aucun des trois , disoil-on , nese couche sans être complètement ivre.
Ayant écrit quelque temps après à son agent, pour s'informer si ces bruits éloient vrais, toute la réponse qu'elle en obtint , fut qu'on ne pouvoit rien savoir de certain sur la conduite de M. Henry , attendu qu'il ne quittoit pas les lies Noires. Oa l'assura ensuite que vous aviez séduit une jeune personne nommée Peggy Sberidan , fille d'un honnête jardinier qui éluil sur le point d'épouser un nomnîé Moriarty Carol , que vous aviez blessé d'un coup de pistolet , dans une querelle , étant ivre : qu'en conséquence, ce mariage avoit été
rompu. Les rapports suivans furent encore pires. Henry Ormond avoil ga^ne la fille de son bienfaiteur , quoiqu'il eût ëtë jirëvenu qu'elle ëtoit dëjà promise en mariage : le ressentiment de son père , et l'inconstance de M. Ormond avoient porte cette jeune personne à se jeter dans les loras d'un aventurier français . qu'il aAoit lui-même introduit dans la maison , sous le prétexte den apprendre cette langue, Imniëdiatement après la fuite de sa fdle avec le maître de français, le pauvre père ëtoit mort d'une manière aussi subite qu'extraordinaire, en chassant tête à tête avec M. Ormond, qui, à la grande surprise de tout le monde, produisit un testament par lequel le défunt lui lëguoit une partie considérable de ses biens, testament que la famille ne jngea ])as à pro- ])OS d'attaquer. Enfin, on faisoit courir des bruits étranges sur les circonstances de la veille et de l'inhumation , et qr.i tendoient à prouver qu'il ne r{\stoitauciui sentiment d'honneur à ?»T. Ormond. »
Le surplus de la lettre ëtoit ind ffërent pour notre histoire. H^nry ne put lire cet extravagant tissu de calomnies , sans
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interrompre plusieurs fois sa lecture. Tantôt leur absurdité produisoit clirz lui un sourire de mépris ; tantôt la noirceur des imputations lui arrachoit une exclamation d'indignation. «Après cela, » pensat-il,« qui peut ajouter foi à des rapports? et cependant le docteur Cambray ne me dit-il pas qu'ils ont inspire à lady Annaly des préventions contre moi? aurois-je pu croire cela d'une telle femme? devoit elle me croire capable ,de tant d'horreurs ,moi , dont elleavoit autrefois ime opinion favorable ; moi , au sort de qui t>lle avo t témoigné prendre intérêt.» Il relut la lettre du docteur, et y vit qu'il n'y disoit pas que lady Annaly eût ajouté foi à toutes ces calomnies, mais qu'elles a\ oient faitentrer dans son esprit le doute et le soupçon. Dans quelques-unes des circonstances rapportées, le mensonge s'étoit environné d'une portion de vérité assez considérable pour se revêtir de vraisemblance. Par exemple , dans tout ce qu'on disoit de Peggy et de Dora , il se trouvoit un mélange presque égal de vrai et de faux. L'histoire de Peggy paroissoit surtout assez probable à lady Annaly , et
comme elle avoit ële témoin de la gëne'rosilë qu'avoit montré IMoriarty après avoir été blessé par Orraond , elle étoit indignée de ce trait d'ingratitude. L'horreur que lui inspiroit toute action basse et honteuse faisoit qu'elle se livroit quelquefois à une prévention peu équitable , dont il étoit souvent difficile de la détromper. Sa fille, miss Florence, dont le caractère étoit plus cahne , et le jugement plus froid, prit la défense d'Henry avec timidité. Elle ne pouvoit le croire coupable de fautes si graves, et qu'o)i devoit si peu attendre de sa conduite passée. Il étoit sans doute impétueux, violent ; mais il ne s'étoit jamais montré ni ingrat , ni intéressé, ni corrompu.
« S'iln'éloit pas coupable , » disoit lady Annaly,« pourquoi ne m'auroit-il pas écrit, comme je l'avois engagé à le faire , quand il auroit pris une détermination sur l'état qu'il voudroit embrasserP^ne lui avois-je pas dit que mon filspourroit lui être utile? pourquoi ne pas m'avoir écrit une seule ligne? i)
Lady Annaly ne savoit pas qu'Ormond ayant appris la maladie de sir Herbert ,
avoit cru que ce n'etoit pas le moment d'entretenir sa mère de ses affaires particulières ; que depuis ce temps il avoit commencé une lettre 2:)Our elle; mais que peu habitué alors à écrire , il avoit rougi de son style et de son écriture , et n'avoit pu se déterminer a l'achever; enfin, qu'après avoir été si long-temps sans lui écrire , inie fausse honte l'avoit empêché de le faire par la suite. Toutes ces raisons étoient sans doute mauvaises , puériles ; mais combien de jeunes gens, en de semblables circonstances n'en ont pas eu de meilleures pour néglige-r de s'adresser à des amis qui auroient pu leur être utilesPQuoi qu'il en soit, il fut heureux pour Ormond que ses ennemis ne s'en tinssent pas aux premières calomnies qui pouvoient paroître plausibles; plus les accusations devinrent graves, moins miss Florence put se résoudre à y ajouter foi, et les discussions qu'elle eut à ce sujet avec sa mère, entretinrent l'intérêt qu'elles avoient conçu pour ce jeune homme. Sans cette circonstance , il est probable que l'inquiétude que leur causoit la maladie de sir Herbert le leur iiuroit fait oublier.
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Quand leur ami le docteur Cambrav, alla habiter le ^oisiIla5e du château de l'Herinitage, ce fut une occasion quelady Annaly regarda comme bien sure pour fixer l'opinion qu'elle devoit concevoir d'Ormoiid , et la réponse qu'elle en reçut détruisit entièrement les impressions làcheus«^s qu'avoient produit dans sou esprit les calomnies dont ilavoit été l'objet. Eile se reprocha vivement Tinjustice dont elle s'étoit rendue coupable envers lui, en croyant une partie des calomnies, et elle désira le revoir. Elle demanda son adresse au docteur, lui écrivit une lettre pleine d aménité, et finissoit par lui dire que, comme Annaly se trouvoit sur sa route pour retourner au château de iHermitage , elle espéroit qu'il è'y arréteroit quelques jours, et qu'd lui fourniroit l'occasion de lui faire faire connoissance avec son fils. Il est presque inutile d'ajouter que cette invitation fut acceptée avec grand plaisir.