CHAPITRE XXXI
Ormond se rendoit le lendemain chez madame de Connal , bien déterminé à veiller plus que jamais sur lui-même, et à persévérer dans la ligne honorable de conduite qu'il s'étoit tracée. En traversant le Pont-Neuf, un homme se présenta devant lui , et lui boucha le passage , soit par mal-adresse , soit de dessein prémédité. Surpris de cet événement, qui n'est pas ordinaire à Paris, où chacun passe dans la foule , et la traverse avec une adresse et une célérité qui tiennent du miracle , il leva les yeux sur celui qui l'arrétoit. Un mort sortant du tombeau, ne l'auroit pas surpris davantage.
— « Est-il bien possible? — Est-ce bien Moriarty que je rencontre à Paris sur le Pont-Neuf ?»
•— « Hé mais , c'est lui - même ! — c'est M. Henry ! je ne l'aurois pas reconnu avec son habit français. — Ah ! M. Henry, il
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m'est arrivé bien des choses dépuis que je ne vous ai vu, tout ce qui peut arriver à un homme, excepté d'être pendu.
— J'ai été jugé pour un vol que je n'avois pas commis ; j'ai été condamné , condanmé à être déporté , pour la vie,' à Botany-Bay. — Mais vous êtes peut - être pressé, M. Henry, je nevoudrois pas vous retarder. J'ai pourtant à vous dire quelque chose qui vous concerne, et qui ne souffre pas une minute de délai »
La surprise et la curiosité d'Ormond augmentèrent. « Suivez-moi , » dit-il à Moriarty , « et expliquez-moi ce que vous voulez dire. »
— « Ah ! c'est une longue histoire ! je vous disois donc que j'avôis été condamné à la déportation , quoique innocenta II s'agissoit — Mais non il faut d'abord songer à ce qui vous regarde. »
— « Mais d'abord comment vous îrout-ez-vous ici , au lieu d'être à Botany- Bay ? »
— <r Ah ! c'est que j'ai bien été condamné , mais je n'ai pas été déporté.
J'étois enfermé dans la prison de Kilmainhara en attendant le départ du yais-
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seau , mais je me suis sauve à l'aide d'un ami , et je me suis embarque sur un bâtiment américain. Ce bâtiment s'est brisé contre des rochers. Je me suis sauvé sur une planche , et quand j'ai appris que j'étois en France, je me suis souvenu que miss Dora étoit mariée à Paris , et j'ai pensé que si je pouvois m'y rendre , et la trouver , elle me diroit où vous êtes , et Vne donneroit les moyens de vous joindre. — Mais je ne veux plus vous dire un mot de moi , avant de vous faire savoir la nouvelle que j'ai à vous apprendre. Elle n'est pas bonne. — Sir Ulick va faire banqueroute. »
— «SirUHck! — impossible! — J'ai eu de ses nouvelles hier matin. »
— a Cela se peut bien. Maisj'ai entendu le capitaine du vaisseau américain se plaindre d'avoir attendu deux heures à sa banque , le jour même de son départ , pour y être payé d'un billet. Le bureau étoit rempli de gens qui se disputoient à qui seroit pavé le premier; et les commis ne payoient qu'en billets d'une livre , afin d'être plus long-temps à les compter. »
Ormond se rappela sur-le-champ le
pouvoir qu'il avoit signé la veille ; il avoit peine à concevoir des soupçons contre sir Ulick , mais il s'agissoit d'une partie considérable de sa fortune , et il ne pouvoit s'empêcher de concevoir quelques craintes. Patrickson devoit s'arrêter au Havre de Grâce , en partant sur-le-champ , il pouvoit arriver à Londres avant lui , et prendre les mesures convenables pour qu'on ne pût abuser de sa confiance. Il alla sur-le-champ lui-même demander des chevaux à la poste. Il n'avoit aucunes dettes à Paris , il n'avoit que son logement à payer, rien ne l'empêchoit donc de se mettre en route à l'instant même. »
— a Vous avez raison , M. Henry, de ne pas perdre de temps. Mais est-ce que vous n'emmènerez pas le pauvre Moriarty ? »
— « Dites-moi d'abord , Moriarty , êtesvous bien véritablement innocent? »
— « Sur ma conscience , M. Henry :
comme l'enfant qui vient de naître. — Je vais vous conter toute l'histoire. »
— « Pas à présent, Moriarty. Voici une maison où il faut que j'entre un instant. Attendez-moi à la porte, »
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C'étoit l'hôlcl de Connal. Il l'informa de ce qu'il venoit d'apprendre , de la résolution qu'il avoit prise de partir à rinrrlant.
Connal parut aussi contrarie que surpris. Ce prompt départ dérangeoit ses projets , mais il ne put s'empêcher de convenir qu'il lui paroissoit indispensable.
V Mais qu'allons - nous devenir sans vous? » lui dit-il : « Je vous proleste que madame et moi n'avons jamais été si heureux que depuis que vous êtes à Paris. »
Il se consola un peu quand Ormond lui répondit qu'après avoir mis ordre à ses affaires à Londres, son intention étoit de revenir de suite à Paris , et de faire l'automne suivant un voyage en Suisse et en Italie. Il ne doutoit pas que sa femme et lui ne réussissent à le déterminer à se fixer en France.
Madame de Connal et miss O'Faley étoienl sorties. Connal ignoroit où elles étoient allées. Ormond ne fut pas trèsfàché de se trouver dispensé de la nécessité de faire à Dora de pénibles adieux.
îl retourna chez lui , monta en chq.ise de poste , et y fit nionter Moriarty avec lui.
« Maintenant, Moriarty, » lui dit-il, « voici le moment de me conter vos aventures, j'ai le temps de les entendre.
— « Vous savez, M. Henry, que M. Mareus n'a jamais manqué une occasion de me marquer de la rancune : et pourquoi? Dieu le sait. Mais enfin le contre-maître du bâtiment qui avoit fait naufrage le jour de la mort de sir Herbert Annaly , venoit se promener tous les jours sur le bord de la mer , à la marée basse , pour voir si les flots n'auroient })ns encore jeté à terre quelques débris. Un malin on trouva son cheval sellé et bridé , et sa redingote , à quelques pas de l'endroit où je demeurois, et quant à lui, jamais on n'en entendit plu$ parler. H éloit bien clair qu'on l'avoit tué et jeté à la mer, et Ton soupçon noit l'un et l'autre de ce meurtre. Enfin ce fut moi qu'on accusa, par e que j'avois acheté deux jours après des bestiaux à la foire ; et j'eus beau dire que je les avois payés avec l'argent que ■vous m'aviez donné, on n'en voulut rien
croire , et je n'en avois pas de preuve. Je n'avois personne pour parler pour moi , vous veniez de partir ; sir Ulick ëtoit à Dublin : on me mit donc en prison.
M. Marcus ëtoit du jury d'accusation , il ëtoit ami du shërif , de manière que je fus mis en jugement. Un homme de loi voulut bien prendre ma défense. Il dit qu'il m"v avoit pas de preuve de rneurtre ; qu'un homme pouvoit bien s'en aller , laisser son cheval , sa selle , sa bride et sa redingote , sans pour cela qu'il eût ëtë assassine. Le juge entendit raison,- et ordonna qu'on ne me jugeât que pour vol. ]Mais c'ëloit bien le plus scabreux , car on avoit trouvé chez moi une paire de pistolets montes en argent , sur lesquels ëtoit grave le nom du contre-maître , que je ne connoissois pas. « Qu'avez vous « à dire à cela?» me demanda le juge. « iMylord , » rëpondis-je , « ces pistolets }) m'ontëtëapportëspar un enfant nomme « Tommy Dunglin , qui les avoit trouves « dans un marais , et je les ai pris afin de « les rendre à celui à qui ils apparte- « noient , si je le dëcouvrois. »
« Le juge ëtoit porté en nj^a faveur plus
que le jury. Il nie demanda quel âge avoit l'enfant , et si je pouvois le faire paroître. Il l'envoya chercher , et vous auriez été surpris comme il conta clairement toute l'affaire. Mais M. Mac-Crule étoit un des jurés, il dit qu'il connoissoit l'enfant pour le petit drôle le plus rusé de toute l'Irlande , et qu'il ne falloit pas croire un mot de tout ce qu'il disoit. Enfin , pour couper court , je fus condamné à être déporté.
« Vous auriez été charmé d'entendre les lamentations qui s'élevèrent dans la cour , quand la sentence fut prononcée , car j'étois aimé dans le pays. La pauvre
Peggy et la vieille Shélah Mais je ne
veux pas vous déchirer le cœur en vous parlant de nos adieux. On m'emmena à Dublin, et l'on m'enferma dans la prison de Rilmainham jusqu'à ce qu'un vaisseau partît pour Bolany-Bay.
« Je n'y étois que depuis deux jours quand on amena dans ma chambre un autre prisonnier. C'étoit un homme d'environ trente ans, d'une belle taille, ayant des yeux pe^rçans et l'air le plus déterminé que j'aye jamais vu ; mais je ne
m'en aperçus pas clans le premier moment' Il avoit Tair accable d'une maladie, pouvant à i^eine se soutenir , presque mourant, et cependant on lui avoit mis les fers aux pieds et aux mains. Il pria le tourne-clef d'une voix foihle de l'aider à se mettre sur le grahat qui étoit dans la chambre, et lui demanda un peu d'eau pour l'amour de Dieu.
« Je ne pus m'empècher d'avoir pitié de celte pauvre créature, je m'en approchai ,et lui demandai si je pouvois lui être utile , car j'avois quelques pièces d'argent que Peggy m'a voit données en me quittant.
« Pourquoi êtesvous en prison? » me demanda t-ii, en se levant surson séatit , et me regardant d'un air délibéré.
« Je commençai à lui raconter mon his-. toire,en l'assurant bien que j'élois innocent.
« Que m'importe que vous soyez innocent ou non , » me dit-il , « ce n'est pas mon affaire. Hépondez-moi. EJes-vous un brave homme ? j\'avez-vous peur de rien ? Etes - vous d'acier jusqu'à la moelle des os ? »
te Oui-dà ! » répondis-j''.
« Hé bien, » dit-il, « tant mieux pour V0US. Sachez que celui qui vous parle est IVIichel Dunne, et cju'il n'existe pas en Irlande une seule prison en état de l'enferiner. »
« A ces mots il sauta légèrement à bas du lit, et me fit voir un homme vi'^oureux , et tout différent du moribond que je venois de voir entrer.
« Il faut : » dit il, « que je paroisse foible et malade aux yeux de mes geôliers, pour qu'ds ne conçoivent aucun soupçon , car ils ont ordre de me surveiller de près , p^ce que, voyez-vous , je me suis déjà sauvé de la prison de Trim. On parvint pourtant à nie découvrir, etquandonme conduisrt devant le juge de police, il fit tout ce qu'il put pour tirer de moi la manière dont je m'ctois échappé^. .J-oyânt que j'étois muet sur ce point : « Hé bien , dit il , je vais vous faire conduire dans un endroit dont vous ne vous tirerez pas si facilement. — Je ne connois pas d'endroits comme cela en Irlande , m v lord, » luidis^je. — « Comme quoi ? » me dit-il. — « Qui puisse renfermer û\iicliel Dunne. » — ttEt que pensez- vous de la prison de 5. 17
Kilmainliam?» -— «Ah! c'est une bonne prison. 11 n'est pas aisé d'en sortir, mais cela n'est pas impossible. » — «t Fort bien, M. Dunne , j'ai entendu parler de vous; je sais que vous avez des secrets pour vouîJ tirer de prison. Si vous voulez me dire comment vous êtes sorti de celle de Trim , je rerîdrai votre détention à Kilmainliam aussi douce que possible, mais dans le cas contraire, je vous ferai mettre aux fers, et je ferai garder la prison par des soldats anglois , qui seront changés tous les jours, pour qu'on ne puisse les gagner. » — « C'est me traiter bien durement , mylord , mais je sais qu'on va bâtir de nouvelles prisons dans toute l'Irlande , et que vous voudriez bien connoître un moyen pour qu'il fut impossible de s'en échapper. Si vous voulez me promettre que si j« parviecs à me sauver de Kilmainliam , et que je vienne vous dire comment je m'y serai pris, vous m'obiiendrez ma grâce, je sais que ce sera difficile, mais j'espère qu'avant trois mois vous aurez de mes nouvelles. » — « Si vous pouvez en sortir, malgré les précautions que je prendrai, et que vous me donniez le moyen
d'empêcher que d'autres n'en puissent faire autant , en m'indiquant les mesures à prendre , je vous promets de faire tout ce qui dépendra de moi pour obtenir votre grâce ; car vous savez qu'il ne dépend pas de moi de l'accorder. » — « Hé bien , mylorfl, je verrai ce que je pourrai faire. Je compte sur votre promesse; jV compterois , fussé-je dix fois plus coupable , car ce n'est pas pour moi , c'est pour vousmême que vous la tiendrez par honneur. »
« Ainsi donc, » continua Dunne, « vous voyez que si je puis me tirer d'ici , moa affaire est bonne. Si vous en sortez avec moi, vous n'aurez rien de mieux à faire que de passer en Amérique. Si vous êtes marié, et que votre femme vous ennuie, c'est une occasion favorable pour vous en débarrasser. Dans le cas contraire , et si elle en a le moyen , rien ne l'empêchera d'aller vous y rejoindre. »
«Ilyavoitdanscet homme , M. Henry, quelque chose qui me donnoit confiance en lui , et je résolus de suivre st-s avis. Toutes les fois que le tourne-clefs parolssoit, il se jetoit sur son lit , et se mettoit à gémir et à se plaindre. Il lui demandoit
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quelquefois la date du mois, rnaisjamaisil n'essaya d'adresser la parole à îa sentinelle qu'on avoit placée à la porte delà chambre que nous occupions, et il sembloit ne s'occuper d'aucun préparatif pour s'enfuir. Je lui en parlai plusieurs fois, et il me répondoit toujours qu'il n'en étoit pas encore temps.
» Enfin , un jour, il tira de sa poche un petit flageolet , et me demanda si j'en savois jouer. « Un peu , » lui dis-je ft mais fort mal. w — « Peu m'importe, » repritil , « pourvu que vous en puissiez jouer. » J'essayai, et il parut salisfail. « Allons.» dit-il alors , « voilà assez Iongtemj)S que je garde ces fers, il faut m'en débarrasser. » A ces mots il fil passer ses mains avec la plus grande facilité à travers les cercles attachés à ses poignets. Il avoit une manière, que je ne puis concevoir, de replier son pouce sous sa main , de sorte qu'elle ne formoit pas plus de volume que. le bas de son bras.
K Mais le porte- clefs s'en apercevra, « lui dis-je, « voilà Iheure de sa visite. » « Hé bien , » reprit-il , « il n'est pas plus difficile de les remettre que de les ôter ; *
et au même instant il fit rentrer ses bras dans les anneaux. « Anjourcriiui, » me (lit-il alors, « nous commencerons à travailler. »
« Lorsque le porte-clefs entra , il fit ses lamentations ordinaires , et le supplia de lui donner une pipe et du tabac. Le porteclefs y consentit et lui en apporta. Vous allez voir qu'il avoit ses raisons pour lui faire cette demande.
« Maintenant , » me dit -il, après avoir de nouveau ôte ses f rs, « à l'ouvrage. » Il tira du talon de son soulier une petite phiole plate, en me disant que c'étoit la chose la plus précî^uçe du mondo, Entré les deux semelles de l'autre soulier , il avoit plusieurs petites scies faites avec des ressorts de montre. Il fit alors une espèce de pâte avec de la mie de pain , en forma une espèce de petit godet autour d'une -des barres delà fenêtre , et y versa quelques gouttes de la liqueur contenue dans sa petite bouteille. C'ètoit, je crois de l'huile de vitriol, car elle sentoit fort mauvais, et ce fut alors que je reconnus rutiUté de la pipe, parce qu'en fumant, i'odeur du tabac empéchoit qu'on ne pût
sentir celle du vilriol. Quand il crut que le fer ëtoit suffisamment adouci , il se mit à limer et m'apprit à en faire autant. L'ou- Trage n'alloit pas vite, mais comme nous travaillions constamment , en quatre jours nous eûmes limé deux barreaux par le haut et par le bas , de manière qu'il ne falloit plus que quelques coups de lime pour les faire tomber. Nous travaillions alternativement, et celui qui se reposoit jouoit du flageolet , dont le son couvroit le bruit que l'autre faisoit en limant.
« Notre chambre étoit à l'étage le plus çlevé de la prison. Il calcula les draj^s et les couvertures que nous avions, en combien de bandes on pourroit les couper, et combien les noeuds qu'il faudroit faire jK)ur les attacher ensemble , leur feroient perdre de leur longueur. Craignant de n'en point avoir assez, il redoubla sesgémissemens , quand le porte- clefs vint nous faire sa visite , et se plaignant d'avoir la fièvre , il en obtint une autre couverture.
« Maintenant, M. Moriarty, w rne ditil , « tout est bien aisé, il ne nous faut plus
Ijneclu courage et delà résolution. Maisle plus grand obstacle que nous ayons à craindre, c'est la sentinelle qui se promène jour et nuit sous nos fenêtres. Je ne manque pas d'amis, ils ne manquent pas d'argent pour gagner une sentinelle , mais on change la garde tous les jours , et le même homme ne fait jamais qu'une faction de deux heures. Il est impossible d'en rien faire. Enfin , attendons la nuit de demain, pas la prochaine, et nous verrons si nous pourrons réussir. »
« Bien décide à le suivre, j'attendis cette nuit avec impatience. Elle arriva enfin. I)ès qu'on nous eut mis sous les verroux^, nous nous mîmes à l'ouvrai^e. Nous ache- •vâmes de limer les barreaux, nous coupâmes en bandes les draps et les couvertures, et nous les attachâmes ensemble par des nœuds bien solides , et nous eûmes soin d'essayer leur force pour nous assurer qu'elles étoient en état de nous soutenir; enfin nous en fixâmes un bout à l'une des barres de fer qui resloient à la croisée. » , . ?>
« Dynne regardoitsGuvent à la fenêtre d'un air inquiet. Il faisoit un clair de
lune superbe. «La lune ne se couchera que dans nne heure et demie , » me dit-il.
« Peu de temps après nous entendîmes quelques filles chanter. Nous les vîmes s'approcher de la prison. Elles accostèrent la sentinelle en faction , et ses camarades qui éloiênt au corps-de-garde. Elles fol a trèrent avec eux, leur présentèrent du rum dont elles ètoient pourvues, et grâce au laudanum qu'on y «voit mêlé, tous . les soldats ne tardèrent pas à s'endormir. Tout ce plan avoit été concerté d'avance entre Dunne et quelques-uns de ses associés. Il leur avoit dit que s'il éloit arrêté , il s'évaderoit de prison la première nuit de pleine lune cpii suivroit son arrestation , et qu'ils tâchassent de favoriser sou évasion, soit en gagnant les sentinelles, soit de toute autre manière qu'ds aviseroient. »
yt^iLje succès que nous avions obtenu me donna un nouveau courage , et quand Dunne me demanda par poHtesse si je voulois passer avant ou après lui , j'aurois été honteux de ne pas descendre le premier. Le cteur me battoit pourtant en sM'tant par la fenêtre. Je me laissai cou-
1er doucement jusqu'au 1)35. J'y a'tenciis Dunne qui ne tarda pas A me suivre. La lune étant coueliée , nous profitâmes de l'obscurité pour nous éloigner sans })ruit. Quant à nos auxiliaires , elles avoient déjà eu la précaution de se retirer. Dunne me conduisit dans une maison où il me dit que je serois en sûreté, et me recominauda à un marin de sa connoissance , qui pronriit de rne faire recevoir le lendemain , comme matelot , à bord d'un bâtiment américain.-
« Quant à moi , » me dit Dunne , « j'en « veux courir la chance , j'irai demain Iiar- « diment me présenter devant le juge, et « réclamer de lui l'exécution de sa pro- « messe »
« Il n'y manqua point , et j'appris , avant mon départ , qu'il avoit réellement obtenu sa grâce. »
« Avant départir, j'écrivis à f'eggy tont ce qui m'étoit arrivé, et je lui dis de tout vendre et de venir me rejoindre à 'New- York. Mais, comme je vous l'ai dit, le vaisseau fit naufrage , et ayant appris par hasard ce qui arrivoit à sir Ulick , je réso-
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lus , puisque je metrou-voisen France ,fle vous chercher pour vous en donner avis, j'eus le bonheur de rencontrer un reHgieux irlandois qui m'empccha de mourir de faim , en me donnant des lettres pour aller de couvent en couvent jusqu'à Paris, et je ne faisois qu'y arriver quand mon bonheur a voulu que je vous rencontrasse sur le Pont-Neuf. — A^oilà tout ce que j'avois à vous dire , -M. Henry, et tout cela est bien vrai. »
Aucune aventure ne retarda notre héros dans son voyage. En arrivant à Calais , il trouva un paquebot prêt à partir. Le vent étoit favorable , et il fut à Douvres 'en moins de trois heures. Il alla de celte \ille à Londres avec toute la promptitude c^u'on peut espérer sur une belle route, avec de bons chevaux , et en ne ménageant pas l'argent. »
Il arriva à Londres long -temps avant il'heure à laqueHe les banquiers ouvrent leur caisse. Il n'avoit pas dormi depufs son départ de Paris. Il voulut profiter de cet intervalle , pour prendre nn peu de repos , et ayant recommandé à Moriarly, sur l'exactitude duquel il poiivoit comp-
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ter, <!e l'éveiller à Thenre convennble , il se mit au lit , et la fatigue qu'il avoit éprouvée fit que, malgré son inquiétude, il dormit profondément.