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« Où est mon enfant? où est mon cher Henry? » ce fut la première question qu« fit sir Ulick après les complimens d'usage.
— « A la chasse , je présume : à s'amuser d'un côte' ou d'un autre , comme j'espère qu'il le fera long temps , aussi longtemps qu'il le voudra, tant que je vivrai du moins. »
Sir Ulick exprima tout le désir, toute l'espérance qu'il avoit de voir son cousin Cornélius jouir d'une très-longue vie, et protesta en termes généraux qui ne pouvoient ni le compromettre, ni le lier en rien , qu'il n'entendoit pas être privé de son enfant; qu'il avoit toujours été jaloux de l'attention qu'Henry avoit conçue pour le roi Corny , mais qu'il ne pouvoit consentir à le laisser dans les Iles Noires auss-i long-temps que le jeune homme le désireroit, ni pendant tout le temps qu'il es-l péroit que son cher cousin avoit encore!" à vivre. '
« Il y a encore quelque chose qui v; mal dans cette flûte , » dit le roi Corny' '' — « Hé bien , puisque vous l'aimez tant pourquoi donc l'avez-vous laissé partir d' chez vous ? »
poi
ORMOND. ii5
— «Il en a reconnu la nécessité pour des raisons domestiques. »
— « Politique continentale! — Je n'y connois rien , je n'y veux rien connoître. — Mais je ne vous fais plus de questions. Si vous êtes content, nous le sommes tous , je pense. »
— « Pardonnez - moi ; je ne puis être content, si je ne vois Henry ce matin. J'ai une petite affaire avec lui. Aurez-vous la bonté de l'envoyer chercher ? »
Le père Joseph qui , de la fenêtre , voyoit le chien d'Henry courir le long d'un bois voisin , présuma qu'il ne poU' voit être loin de la maison , et descendit pour le faire avertir.
Les deux cousins étant restés seuls, il s'en suivit un dialogue, une espèce de combat singulier sans autre objet que d'essayer respectivement leurs forces.
Dans cette escarmouche , l'un prit l'offensive avec la massue ; l'autre se tint sur la défensive avec une épée de Damas , et poussant aussi quelquefois une botte, ^ quand son adversaire se mettoit à découvert.
ii6 ORMO]S"D.
« A quoi èles-voiis donc si occupé? »
demanda sir Ulick.
— «A raccommoder le jouet d'un enfant. Il faut bien qu'un homme fasse quelque chose dans ce monde. »
— « Mais un homme doué de vos talens ! — c'est une pitié de les prodiguer ainsi pour des riens. Je vous l'ai déjà dit cent fois. »
— « N'est-ce pas à des riens que nous nous occupons toute la vie, depuis le berceau jusqu'à la tombe? — A propos, je vous félicite de votre dignité de baronnet. J'espère que votre conscience ne paye pas trop cher ce pauvre lambeau de noblesse. »
— « Une pareille distinction n'est pas toujours à vendre. C'est un honneur qui m'a été accordé sans que je l'eusse solli- 4;ité. C'est une marque d'approbation des légers services que j'ai pu rendre, et c'est ce qui en fait le prix à mes yeux. Du reste , soyez bien convaincu que je ne l'ai pas payé, si je puis me servir d'une expression si grossière. »
— « Vous ne l'avez pas payé? quoi!
\oiis le devez donc encore ? il faudra donc
ORMOND. , tir
encore que vous le payiez ? Ma foi , cela est un peu dur , après tout ce que vous avez fait pour l'obtenir. Mais il y a des vendeurs qui n'ont pas de conscience. — J'espère du moins que vous avez payé les frais du diplôme. »
— « Les frais du diplôme , sans contredit.— Mais jamais nous ne parviendrons à nous entendre. »
— « Et maintenant, sir Ulick, puis-je vous demander quel est le premier honneur auquel vous aspirez? — Est-ce d'être nommé baron de l'Hermitage ? — est-ce un ruban , une jarretière , une flûte? — Mais je crois que l'ordre de la flûte n'est que pour les Ecossois. — Une flûte ! il y a des hommes qui sont de fiers ânes! »
« Il y a des hommes qui sont de fiers sauvages! » pensa sir Illick. — « Je vois, cousin Cornélius, que vous faites et défaites sans cesse ici, suivant votre couturae. »
• — « Mais si je fais et défais, ce n'est point par spéculation. — A propos, sir Ulick , comment vont vos mines d'argent ? on m'assure que toutes ces mines d'ar-
n8 ORMO]N"D.
gent découvertes en Irlande, se changent eu mines de plomb. »
— « Plût au ciel! avec ce plomb, nous ferions de l'or, au lieu que les frais de ces maudites mines d'argent.... Mais j'ai dans l'idée qu'il en est de même de votre tourbière , cousin Cornélius. Il y a trente ans que vous prétendez qu'elle est excellente , et l'on assure que malgré tous vos efforts pour la dessécher, elle est toujours inondée. »
— « Parlez de vous-même , cousin Ulick, avez-vous oublié qu'il y a le même temps que vous prétendez vous être réformé?
et cependant.... »
« Je ne m'en sou\iens pas, » dit sir Ulick en s'approchant de la croisée, afin de voir si Henry arrivoit.
« Je m'en souviens bien, moi, » dit Cornélius enlre ses dents, et d'un ton qui ne pouvoit être entendu que de lui-même , «etla pauvre Emmy Annalys'en souviendroit bien aussi , si elle vivoit encore ; ange s'il en fut jamais , que le chagrin fit périr, la seule de tous les Annalys du inonde que j'aye jamais pu souffrir. »
Terminant là son isohloque, et repre-
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'iiîUït le ton de conversation ordinaire ; « Je vous disois donc, » continua-t-il, «qu'il y a trente ans vous pre'tendiez être réforme. J'ai cru un moment à cette belle réforme; j'ai été assez dupe pour m'imagiçier qu'elle seroit durable ; mais six mois après le mariage , arrive une rechute, et voilà mon réformé plus diable qu'auparavant. Ma pauvre tourbière ne m'avoit pas fait de si belles promesses , mais elle les a mieux tenues, car il y a six ans qu'elle n'a été inondée ; et si vous en doutez, vous n'avez qu'à ouvrir les yeux. On peut la voir de la fenêtre où vous êtes, et vous n'y apercevrez pas une goutte d'eau. »
— « Je vous félicite du succès de vos améliorations. — J'admire aussi une charrue et un attelage que je vois dans la basse cour. Comment se fait-il , » ajouta* t- il avec un sourire ironique, «que vous ne concouriez pas pour les prix qu'on distribue pour l'amélioration de l'agriculture? »
— « Non. Je ne fais aucun cas de tous ces prix. Le seul digne d'envie est celui qu'on s'adjuge à soi-même, dont on est le seul juge. »
— « Puis-je vous demander quel est ce prix? »
— « Celui de la réussite : et, grâce à -moi seul , j'ai réussi. »
— «Et quand on réiissit par de si nobles moyens, le succès est doublement glorieux, doublement satisfaisant. »
— « Puis-je vous demander , sir Ulick, car c'est à mon tour à jouer VignoramuSy quels sont les nobles moyens dont vous parlez? »
— « J'admire d'abord l'économie de votre équipage de charrue : cordes , gui- ^ des, courroies, tout est en fpin. C'est un double avantage , cela sert en même temps d harnoiset de nourriture aux chevaux, »
— « 11 est vrai qu'il y a certaines g^ens qui croient que les harnois les plus coûteux sont les meilleurs; qu'il n'y a de bon que ce qui coûte fort cher. Je ne sais si c'est là le bon moyen pour que le pauvre devienne riche, mais je suis certain que c'est un secret infaillible pour que le riche devienne pauvre. Nous sommes tous pauvres dans les lies Noires, et je ne crois pas qu'il soit d'une bonne politique d'y
donner l'exemple d'introduire des nouveautés dispendieuses. »
/ — « C'est bien dommage que vous ne suiviez pas encore à présent l'ancienne méthode d'Irlande, d'attacher les chevaux à la charrue par la queue ! »
■ \ — « Cet usage est contraire à l'huma- ^nité, et l'humanité règle ma conduite sans que j'aye besoin de faire votre ridi- <cule étalage sentimental. D'ailleurs un àcle du parlement le défend, et je les lis quelquefois , quoique je ne les comprenne pas toujours; car la manière dont vous les rédigez , vous autres messieurs du parlement, ne les rend pas trop intelligibles pour le gros bon sens, et je n'ai pas ici d'hommes de loi à consulter, Dieu merci! Je suis forcé d'être législateur, avocat, médecin, laboureur^ tout — ,du mieux quil m'est possible. »
Il se mit à la fenêtre pour donner quelques ordres au petit garçon de charrue , comme il le nomma. — Le petit garçon de charrue étoit un homme de soixante ans.
« L'attelage , » dit sir Ulick, «est digne des harnois : Un mulet , un bœuf et deux ML'hevaux maigres ! — Je plains de toutmor. 1. il
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cœur le pauvre diable de cheval qui est le chef de file. Il jeûne au milieu de l'aboivdauce ; tandis que son camarade , le bœuf , et même le mulet qui sont derrière lui , s'en donnent à cœur joie en rongeant les cordes qui les attachent. »
Un rire moqueur suivit cette observation ; mais Cornélius s'etant mis aussi à rire, sir Ulick reprit son sérieux.
« L'attelage est comique, j'en conviens, » dit Cornélius, « mais il n'est pas encore si risible , et surtout il est plus utile que celui dont vous faites partie à Dubhn. »
— « Moi ! «
— « Oui, vous, comme tous les autres courtisans. K'ètes-vous pas comme attelés à la charrue , quand vous vous promenez tous , pendant des heures entières, dans la cour du palais, en attendant qu'on veuille bien vous y admettre? Quant à moi, s'il est une condition que je déteste , c'est celle de la dépendance et de la servilité. »
— « (^omme il vous plaira : Je n'en ai «as moins devant moi de belles espérances. »
— « Oh , des espéf^nccs ! you* en avez
GRMOlSrD. 123
toujours vécu. Moi , j'aime mieux une taupinière en ma possession qu'une montagne en espérance. »
— « Et qii£ faites-vous donc là sur le toit de votre maison? » dit sirUlick cherchant à amener un autre sujet de couver" sation : « Vous chercherez donc toujours à vous tailler da la besogne ? »
— « Il vaut mieux m'en tailler moimême , que de m'en laisser tailler par les autres. »
— « Sur mon honneur , cette entreprise exig<fra tous vos talens. »
— a Oh ! je vous garantis que j'en ferai une bonne affaire , dans le sens que j'attache à ce mot , car dans votre vocabulaire à vous autres , une bonne affaire est celle qui vous rapporte beaucoup d'argent sans rien faire. Les miennes
. au contraire ne me rapportent pas un sou, et me donnent beaucoup d'ouvrage par dessus le marche. »
— « Je ne vous envie pas de telles affaires, cousin. Mais êtes vous sûr du moins qu^elles soient bonnes dans un sens quelconque? »
• — « Sûr? on n'est sur que d'une chose
en ce monde : c'est qu'on y sera trompe'. Mais quand cela m'arrive , il me reste une consolation , une bonne conscience qui ne me reproche rien , puisque ce que j'entreprends , bon ou mauvais , ne coûte rien à mon pauvre pays. »
Cëtoit un des points sur lesquels sir Ulick ëtoit le plus sensible , car il avoif la réputation d'être le plus grand coureur d'affaires qui fût en Irlande. Avec une espèce de pruderie politique dont il savoit prendre le masque , il commença à se disculper sérieusement. Il soutint que quoique une grande partie des revenus du pays eussent passé par ses mains , il n'y en étoil jamais rien resté ; que personne, après avoir tant travaillé pour différentes administrations , n'avoit jamais été si mal payé. »
— « Et pourquoi diable ! travaillezvous donc pour elles? me direz- vous que c'est par affection? Si vous n'en retirez pas de profit , qu'y gagnez-vous? Y avezvous acquis de l'honneur ? Si j'étois à votre place , je ne voudrois pas être dupe , ou peut - être quel<][ue chose de pire. » •
Cornélius le regardoit e^i face , en lui parlant ainsi.
« Quel sauvage 1 » pensa encore sir Ulick en lui -même. Mais le coup de massue ëtoit trop fort pour lui; il sentit qu'il ne pou voit cscarmoucher p\us long temps avec un homme qui ne se feroit aucun scru])ule d'assommer sou adversaire. Il garda donc le silence, souriant d'un air forcé, tandis que Cornélius qui avoit toujours joué avec le petit Tommy, essayait sa flûte, et se vantoit d'avoir fait une bonne affaire en la raccommodant.
A s<Dngiandsouia<?emenl , sir Ulick vit Ormond en ce moment. Il s'avança vers lui avec un air d'amitié cordiale qui fit briller les yeux d'Henry de plaisir et de reconnois.sance , et jetant un regard à la dérobée sur Cornélius , il sembloit lui dire ;
(.' Vous voyez que vous aviez tort : il m'aime toujours , il est venu pour me
voir.
Cornélius le comprit, mais il garda le silence , passant la main sur la tète de
l'enfant , et paroissant ne s'occuper que de lui.
Sir Ulick parla à Henry de lady O'Shane, et d^ l'espoir cpi'il avoit conçu qu'elle s'apaiseroit incessamment. «Si celte miss Black ne l'obsëdoit pas sans cesse,» dit-il, K tout iroit bien ; mais c'est une de ces Lonnes , de ces trop bonnes dames, qui veulent toujours se mêler des affaires des autres, et qui ne font que du mal. »
Henry qui haïssoit miss Black, autant qui lui étoit possible de haïr , se joignit de bon cœur à sir Ulick pour en dire plus de mal même qu'il n'en pensoit , et désira ardemment qu'elle pût quitter le château de l'Hermitage ; mais non dans le dessein d'y retourner lui-même. Son parti à cet égard , dit-il, étoit bien pris ; jamais il ne seroit la cause d'une mésintelligence. Lady O'Shane ne l'aimoit pas : pourquoi? il n'en savoit rien; iî n'avoit pas le droit de le demander , et quand même il l'auroit , il étoit trop fier pour le faire ; mais la chose n'en étoit pas moins certaine, et il lui sufâsoil qu'elle lui eût marqué son antipathie, qu'elle lui eût refusé sa protection dans le moment où il en avoit le
pïus besoin , pour qu'il ne recourût jamais à son hospitalité. Il déclara donc positivement qu'il ne rentreroit jamais au château de l'Hermitage.
Plus sir Uiick remarqua que la résolution d'Ormond étoit inébranlable , plus il mit de chaleur à l'en dissuader.
Cornélius, sans paroître s'occuper d'eux, ne perdit pas un mot de leur conversation, et étoit convaincu qu'il ne s'étoit pas trompé dans l'idée qu'il avoit conçue d'abord que sir Ulick avoit voulu se débarrasser du jeune homme ; mais quelle en étoit la raison? c'est ce qu'il ne voyoit pas encore.
« Et où est Marcus , monsieur? » demanda Ormond. « Par quel hasard ne vous a-t-il pas accompagné? »
— « Marcus est en Angleterre : il m'a chargé de vous faire ses plus tendres amitiés ; son départ a été fort précipité , et il a eu beaucoup de regret d'être obligé de s'éloigner sans A'Ous faire ses adieux. Mais il a été obligé d'accompagner les Annaljs en Angleterre, et je crois qu'il y passera toute l'année. Je suis fâché que la pauvre lady Annaly et miss Annaly ayeht eu le
malheur » Une. toux l'interrompit ici,
et il fixa sur Ormond ses yeux pénétrans.
Ce regard n'e'chappa pas à Cornélius, qui redoubla d'attention.
« Lady Annaly ! miss Annaly ! » s'écria Henry : « Pour l'amour du ciel ., que leur est-il doue arrivé ? seroient-elles malades ? »
Sir Ulick remarqua avec plaisir que Henry , au milieu de l'inquiétude qu'il témoignoit , avoit prononcé du même ton , le nom de ces deux dames , et qu'il n'avoit point paru attacher un intérêt plus particulier à l'une qu'à l'autre. Il respira plus librement , et sa toux se calma.
— « Elles se portent bien , mais lady Annaly a reçu hier de fâcheuses nouvelles de la santé de son fils. On craint une inflammation de poumons , par suite d'un gros rhume. Elles sont parties sur-lechamp pour Londres , et cependant lady Annaly a pensé à vouS: — Il faut que cette dame ait pour vous une prodigieuse amitié , mon enfant. — Au milieu de toute son affliction , malgré les embarras d'un départ si précipité , elle a songé à vous
écrire , elle m'a remis sa lettre , et je me suis décidé à vous l'apporter moimême. »
Coruelius éprouva à son tour , une quinte de toux en ce moment.
Sir Ulick , en parlant ainsi , cherchoit la- lettre parmi un assez grand nombre de papiers qu'il tija de sa poche , et étudioit sans affectation , 'mais avec grand soin, le jeu de la physionomie d'Ormond , tandis que Cornélius en faisoit autant de son côlé à l'égard de son cousin.
Henry ouvrit la lettre dès qu'il l'eut entre les mains , et rougit beaucoup en apercevant un papier qui y c'toit joint.
«Nous n'avons pas besoin , » dit Cornélius, en se levant et en s'appuyant sur ses béquilles, «de rester ici pour lire les secrets d un jeune homme sur sa figure. — Sir Ulick , voulez-vous monter avec moi , je vous montrerai ce que j'ai déjà fait , et ce que je veux faire sur mon toit. »
Une de ses béquilles glissa , comme il parloit ainsi : Henry s'empressa de la ramasser.» Que faites-vous donc , moucher monsieur ? » lui dit-il : « vous n'êtes pas en-
i3o OB.MOND.
core en état démarcher seul. Von s parlez de secrets ? je n'en ai pas pour vous ; je n'en ai aucun , il ne s'en trouve pas dans cette lettre. Si j'ai paru déconcerté en l'ouvrant , c'est que j'y ai trouvé un papier où javois écrit mes défauts , et ma résolution de m'en corriger. C'éloit une folie de les écrire , c'en fut une autre de perdre cet écrit /mais il ne pouvoil tomber en de meilleures mains que celles de lady Annaly. »
En même-temps , il présenta la lettre et le papier qui y étoit joint, à sir Ulick et à Cornélius. Celui-ci recula d'un pas. « Je n'ai pas besoin de voir la liste de vois défauts , jeune homme , » s'écria- t-il : « croyez- vous que je ne les sache pas par cœur? D'ailleurs, tant que vous vivrez, souvenez - vous de ne jamais montrer une lettre qu'une dame veut bien vous écrire. »
Sir Ulick prit la lettre sans cérémonie, satisfit sa curiosité en un clin d'œil , fut enchanté de voir qu'il ne s'agissoit que d une note amicale , annonçant le renvoi du papier qu'elle avoit trouvé. Il remit le tout à Henry , en lui disant. « Si c'eûf
ORMO^TD. i3i
etë une lettre d'une jeune dame , bien certainement, Henry , vous ne nie l'auriez pas montrée, et je n'aurois pas voula y jeter les yeux; mais j'ai présumé qu'une lettre de la vieille lady Annaly ne pouvoit élre qu'édifiante. »
« C'est de la vieille Annaly? » s'écria Cornélius en se replaçant dans son fauteuil. « Oli bien , alors il n'y a aucune indiscrétion, jeune homme : vous pouvez montrer sa lettre, comme vous montre* riez celle de votre mère , de votre bellemère , comme vous en aurez une un jour , j'ej-père , suivant l'ordre de la nature. »■
Ces mots , délie mère , chargèrent le front de sir Ulick d'un nuage qui n"échappa point à lobservalion du mciliri Corn(dius. Mais un nouveau coup d'œil jeté sur Ormond , et son air paisible et tranquille, le dissipèrent en un instant.
a Je n'ai rien à craindre , » pensa sir Ulick : et prenant congé de son cousin , il se sépara d'Henry avec de nouveaux témoignages d'affection.
« Je tiens mon autruche , je la tiens ! » s'écria le roi Corny , dès que sir Ulick fut
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parti. « Je l'avois bien préviv. Autruche s'il en fut jamais, par tout ce qu'il y a de plus rusé ! »