‹ OrnithologieChapitre 72 sur 93 · PLANCHE XXIX · texte numérisé non relu

PLANCHE XXIX

Phœnicopterus, Sloan., Jamaic., p. 321.

Phœnicopterus americanus , Seba, Thes., vol. I, p. 103, tab. 67.

Phœnicopterus, Brown, Jamaic., p. 480.

Phœnicopterus ruber, Linn., Syst. nat., ed. 10, gen. 72, sp. 1.

UE guyanensis, Barrere, Ornith., sp. 3.

Flambant ou Flamand, Dutertre, Histoire des Antilles, D LED 2 0UE

Phœnicopterus bahamensis , Flamant , Catesby, Carolina, LS p Me ADS:

Phœnicopterus ruber, Gmel., Syst. nat., ed. 13, gen. 79, sp. À.

Phœnicopterus ruber, Lath., Syst. ornith., gen. 87, sp. 1. Phœnicopterus ruber , Vieill., Encycl. méth., t. X, p.162. Phœnicopterus ruber, Temm., Man. d'ornith., t. W,

Le Flammant, Buff., Oùis., t. VIE, p. 475, Enl. 63. Phenicopterus ruber, Red, Flamingo, Wils., Ann. orn., t. VILLE, p. 45, pl. 67, f. 4.

Phenicopterus ruber, Penn., Arct. zool., n° 422.

Phœnicopterus. Corpore ruberrimo , nigrisque maculis vario; subtus dorso concolore et immaculato ; remigibus nigris; rostro basi rubente-flavo , apice nigro ; pedibus ruberrimis.

Dimensions. Yongueur totale du bout du bec à la queue. ..,.,...,, 1 mètre.

Mäle adulte. D'un rouge très vif partout , avec quelques taches noires sur le dos ; rémiges noires ; bec rouge à sa base, noir à l'extrémité, pieds rouges. :

Jeunes de l’année. Grisätres, sans rouge, cette teinte ne commençant à paraître sur les ailes qu'après la première mue ; mais la couleur de Padulte n’est complète qu’au bout de deux années.

Cette espèce se distingue du Phœnicopterus europœus, en ce qu’elle devient entièrement rouge, tandis que l’autre n’a que les ailes de cette couleur , ce qui lui a valu des Grecs le nom de qorsszomepoe , (aile rouge, aile de feu) ; elle se distingue aussi du Phœnicopterus chilensis (Phænicopterus ignipallatus, Isid. Geoff. et d’Orb.) par les mêmes caractères, ainsi que par la forme de son bec, beaucoup plus arqué dans cette dernière espèce.

Les Flammants américains habitent les Florides , le golfe du Mexique , la Colombie, les Antilles , et toutes les régions appartenant au nord de l'Amérique méridionale ; ils sont surtout très communs aux Antilles, principalement dans le détroit de Bahama, où toujours on les voit former de nombreuses troupes, conservant un accord parfait et ne se séparant jamais , même dans la saison des amours. Ils fuient les lieux habités, fréquentant surtout les lacs salés , les plages vaseuses, découvertes, lors des hautes mers : là, les jambes dans l’eau, ils recourbent leur long cou et cherchent , dans la vase ou dans l’eau, les petits poissons, les mollusques dont ils se nourrissent, représentant, de loin, une ligne de bataille droite ou, tout au plus, légèrement arquée; ils conservent, même dans leur vol, cette habitude de s’aligner. Les jambes et le cou allongés, ils s’avancent sur un large front, les mâles au milieu , les jeunes aux extrémités, et rasent ainsi, le plus souvent, la surface des eaux ou s'élèvent peu au dessus des terres.

Ïl est, pour tous les oiseaux sociables , une surveillance commune, qui tient, à ce qu’il paraît, à l’instinct même de la sociabilité; car nous l’avons retrouvée chez presque tous. Les Flammants en offrent une preuve de plus. Défiants à l'extrême, ils ne se posent que dans les endroits découverts, d’où ils peuvent apercevoir de loin ce qui se passe autour d’eux; et, lorsqu'ils mangent ou dorment, ils ont toujours une sentinelle qui veille pour les au tres; la tête haute, observe tout : reconnait-elle qu’il y a du danger pour ses compagnons, elle jette un cri d'alarme très fort, assez semblable au son d’une trompette un peu rauque. Alers

toute la troupe s’envole en même temps et va chercher une retraite plus tranquille. La surprise est la seule ressource laissée au chasseur qui veut tirer des Phénicoptères.

L’instant des amours amène, chez beaucoup des oiseaux qui vivent par troupes , une séparation momentanée des individus qui composent leur association ; mais il n’en est point ainsi chez les Flammants : on les voit même alors parcourir les marais , les lacs salés du détroit de Bahama , les plages des îlots de la partie septentrionale de l’ile de Cuba, pour reprendre possession du lieu où ils ontniché les années précédentes. Ils construisent là de nouveaux nids ou bien réparent les anciens : ces nids, placés dans les marais inondés, sont formés de fange et représentent un cône élevé d’un à deux pieds plus ou moins, suivant la profondeur des eaux qui les entourent. La sommité en est tronquée , un peu concave , mais non tapissée de plumes, laissant la terre à nu ; c’est sur cette concavité que la femelle dépose deux à trois œufs blancs, allongés, de la grosseur de ceux des oïes. Il lui fallait un nid approprié à l'extrême longueur de ses jambes, car elle ne pourrait les y placer ; aussi est-il élevé de manière à ce que, jambe deçà, jambe delà , elle puisse s’asseoir dessus et couver dans cette attitude. Les jeunes , qui naissent avec un duvet noirâtre, quittent leur nid peu après leur naissance; mais ils ne peuvent voler que lorsqu'ils ont toutes leurs plumes ; ce qui ne les empêche pas de courir très vite.

On ne manque pas de se rendre tous les ans en canot, de Matanzas et des autres lieux voisins, dans les endroits où ces oiseaux ont coutume de nicher. On en prend un grand nombre avec assez de facilité, et lorsqu'ils sont un peu plus âgés, les gens de la campagne les amènent à la Havane, les poussant devant eux par troupeaux, comme des moutons, pour les vendre aux amateurs, qui les paient de cinq à sept francs (une piastre à douze réaux). On les élève sans aucune peine et ils deviennent si familiers, qu’ils prennent leurs aliments dans la main de leurs maîtres, vivant dans la meilleure intelligence avec les oiseaux de la basse-cour. Dans le sommeil, suivant en cela les habitudes de beaucoup d’échassiers , ils se tiennent sur un pied , reploient l’autre sous le ventre et placent leur tête sous l'aile, du côté opposé à la jambe pliée.

Il y avait certainement de l’exagération ou quelque souvenir de l'estime qu’en faisaient les anciens Romains, dans la comparaison que quelques auteurs ont faite de la chair du Flammant avec

OISEAUX. 227 celle de la Perdrix, en en célébrant la délicatesse (1), ainsi que le goût exquis de leurs langues (2). Ce mets, si vanté parmi les Romains (3); ce mets qu’Apicius (4) Savait si bien assaisonner ; ce mets dont Héliogabale et Vitellius faisaient les délices de leurs tables, n’est plus de mode aujourd’hui. La chair du Flammant d’Amérique n’est, pour ainsi dire, en usage que parmi les pauvres; et les gastronomes de l’Europe moderne sont loin de rechercher celle du Flammant européen.

SCOLOPACIDÉES, SCOLOPACIDÆ, ZLeack.

Longirostres, Cuv.

Les oiseaux de cette famille , faciles à distinguer des autres Échassiers par leur bec long, souvent flexible , par leurs jambes hautes et grêles, ne sont représentés à Cuba que par les genres Ibis , Scolopax, Totanus et Tringa ; ainsi il y manquerait les Numenius, les Rhynchæa, les Limosa, les Phalaropus, les Strepsilas et les Recurvirostra, qu’on rencontre sur les continents américains. Ce sont tous oiseaux amis des rivages, des marais et autres lieux aquatiques , mais qui diffèrent beaucoup dans leur instinct social et dans leurs mœurs , les uns demeurant toujours unis en troupes innombrables , les autres isolés ou par paires; les uns suivant les rivages de la mer, les autres ne s’en approchant jamais, et se cachant dans les joncs des marais.

Les Scolopacideæ de l'ile de Cuba se composent d'éléments tout à fait différents : nous voyons, en effet, deux des s2x espèces rapportées par M. de la Sagra, y venir de l'Amérique septentrionale, où elles semblent être reléguées ; deux autres se trouvent, en même temps, sur les deux continents américains, tandis que, répandues sur une bien plus vaste étendue de terrain, les deux dernières

(1) Catesby, Carolina , t. 1, p. 73.

Dutertre , Hist. des Antilles, t. I, p. 267, dit aussi que la chair a très bon goût.

(2) Dutertre, Hist. des Antilles , t. KI, p. 267.

(3) Vita Apollon., lib. 8.

(4) De Obson. et Condim., lib. VE, cap. vu.

habitent simultanément l’ancien et le nouveau monde, l’une d'elles étant commune aux deux hémisphères.

GENRE IBIS, IBIS, Cuwv.

Numenius, Briss.

Tantalus, Gmel., Lath. Scolopax , Linn.

Distingués des Numenius des auteurs par leur bec plus grêle, sans échancrures à sa pointe, percé vers le dos, à sa base, par les narines, dont larainure se prolonge jusqu’à l’extrémité ; par les parties nues de leur tête, par leurs pieds un peu palmés, par leur pouce assez long, les Ibis habitent les deux mondes. Les uns sont maritimes, tandis que les autres ne s’approchent jamais des rivages de la mer, comme la plupart des espèces de l'Amérique méridionale.

La seule espèce qu’on rencontre à Cuba est propre, en même temps, aux parties chaudes des deux Amériques.

n° 95. IBIS ROUGE, IBIS RUBRA.

Coco , A CUBA.

ADULTE

Scolopax rubra, Linn., Syst. nat., ed. 10, gen. 77, Spa

Tantalus ruber, Gmel., Syst. nat., ed. 13, gen. 85, Spe 9. |

T'antalus ruber, Lath., Syst. ornith., gen. 85, sp. 5.

Tantalus ruber, Scarlet ibis, Wils., Amer. orn., VII, p- 4, pl. 66, fig. 2.

Ibis rubra, Bonap., Syn., p. 311, sp. 239.

Ibis rubra, Wagler.

Ibis rubra, Viaill., Encycl. méth., t. WE, p. 1450, pl. 65, f. 4.

Numenius brasiliensis coccineus, Courlis rouge du Brésil, Briss., Ornith., t. V, p. 344, n° 12.

OISEAUX. 229 Courlis rouge du Brésil, Buff., Oùis., t. VIII, p. 55, Enl. 80 et 81.

Guara Brasiliensibus, Marce., Hist. nat. Bras., p. 203. Sloan , Jamaic., p. 317.

Numenius ruber, Klein., Avi., p. 109, n° 5.

Arquata phœnicea , Barrere, Franc. équin., p. 126. Numenius ruber, Red curlew , Catesby, Carol., t. T, p. 84.

Tantalus fuscus, Gmel., Syst. nat., ed. 15.

Tantalus fuscus, Lath., Syst., n° 8.

JEUNE

Ibis leucopygus, Spix, Aves, pl. 38.

Tantalus coco, Gmel., Syst. nat., ed. 13, n° 15

Tantalus coco, Lath., Syst. ornith., gen. T0, sp. var. B.

Ibis coco, Vieill., Dict. d'hist. nat., t. XVI, p. 19.

Ibis coco, Vieill., Encycl. méth., t. WE, p. 1148.

Jacquin, Beyt., p. 13.

Ibis. Corpore sanguineo, alarum apicibus nigris ; rostro pedibusque nigris.

Dimensions. Longueur totale: ,...:............4....0.o...oee 6io millim. Du phi'de laile ä'son extrémité... 220000 ee 260 DOMAFQUEU Ce een eee Eee cales ae ne scies e 10 DuNBeLe REP ET EE Creer puceepe 131

Mâle. Tout le plumage rouge écarlate ; l'extrémité des rémiges noire; pieds et bec noirs.

Fimelle. Bec gris-jaunâtre; tête et cou gris; dessus du dos grisrougeàtre à son extrémité ; gorge grise , teintée de rouge ; rémiges blanches, sur leurs tiges, rougeàtres à leur pointe; l’extrémité des deux rémiges extérieures bleu azuré ; queue blanche.

Jeunes. Naissent couverts d’un duvet gris jaunâtre, deviennent cendrés et enfin blancs à ailes verdâtres, lorsqu'ils commencent à voler. Le rouge ne commence à paraitre qu’à Pâge de trois ans.

Cet oiseau a reçu plusieurs dénominations spécifiques, en raison de ses diverses livrées d'âge : très jeune, c’est le Tantalus coco

({bis coco, Vieillot) ; plus âgé, avant Papparition du rouge, c’est le Tantalus fuscus, Gmel., l’Ibis leucopyqus, Spix ; et adulte, revêtu de sa belle robe rouge, c’est le T'antalus ruber des anciens auteurs, devenu l’Jbés rubra des ornithologistes modernes.

L’Ibis que nous décrivons, l’un des plus beaux oiseaux des Antilles, se trouve encore sur toutes les parties très chaudes du littoral de PAmérique méridionale et de l'Amérique septentrionale , sans jamais s’avancer dans l’intérieur des terres ; commun au Brésil et à Cayenne, où il est souvent confondu par sa teinte avec le Phénicoptère, sous le nom de Flammant. Toujours ami de la société de ses semblables, on le voit, le matin et le soir, sur les plages vaseuses découvertes ; mais, dès qu’il fait très chaud , il se retire près des ruisseaux sous les palétuviers et ne les quitte que vers le soir, pour y revenir la nuit. Il se nourrit de petits vers , de poissons et de coquilles, qu’il saisit à l’aide de son long bec, dans la vase laissée à découvert par la mer.

Aux mois de décembre et de janvier, à la Guyane, il s’accouple et choisit des broussailles ou un groupe de grandes herbes, surtout sous les palétuviers; là il construit un nid composé de quelques büchettes, sur lequel sa femelle dépose trois ou quatre œufs verdâtres. Les petits ne sont point farouches, et l’on en prend un grand nombre à la main, soit pour les manger (car leur chair est regardée comme assez délicate), soit pour les élever dans les maisons champêtres, où ils se familiarisent sans peine , s’accommodant de tout ce qu’on leur donne, mais cherchant avec soin les larves d’insectes dans les lieux où l’on laboure.

cevre BÉCASSE, SCOLOPAX, Linn.

Caractérisé par son bec mou, renflé à son extrémité, fortement sillonné sur la moitié de la longueur, ce genre, assez nombreux en Europe, est représenté, dans Pile de Cuba, par une espèce qui se trouve, en même temps, sur le continent septentrional de l’Amérique et sur le continent européen.

Les Bécasses se distinguent des autres oiseaux riverains par leurs habitudes sauvages et notamment par celle de se cacher au plus épais des herbes ou des broussailles qui avoisinent les marais et les bords des rivières.

x° 96. BÉCASSINE ORDINAIRE.

SCOLOPAX GALLINAGO, Linn.

Avecacina , A CUBA.

Scolopax gallinago, Linn., Syst. nat., ed. 10, gen. 77, SD: 2

D. gallinago, Briss., Ornith., t. V, p. 298.

Scolopax gallinago, Gmel., Syst. nat., ed. 13, p. 6672, Sp. 7.

Scolopax gallinago, Lath., /nd., vol. IL, p. 715, sp. 6.

Scolopax gallinago, Snipe, Wils., “mer. orn., VI, | ie Ke 1 FAST RS 5

Scolopax gallinago, Vieill., Faun. franc., p. 301.

Scolopax gallinago, VNieill., ÆEncycl. méth., 1. WI, 1130, pl: 09, 1. 2.

Scolopax gallinago, Temm., Man., t. A, p. 677.

Scolopax Wilsonii, Temm., Bonap., Syn., sp. 268,

La Bécassine, Buff., Ois., vol. VIL, p. 483, t. XXVI, Enl. 883.

Snipe or Snite, Lath., Syn., vol. V, p. 134, n° 6.

Heerschneppe, Bechst., Naturg. Deut., vol. IV, p. 185.

Beccacino reale, Stor. degl. ucc., vol. IV, pl. "445.

Scolopax gallinaria, Gmel., Syst. nat., ed. 13, sp. 38 (var. accid.).

Scolopax gallinaria, Lath., Znd., vol. If, p. 715, sp. 7.

Becacina primera, Az., Apunt. para la hist. de los Pax., tp. 411, 1 901

Scolopax Paraguaiæ? Vieill., Encycl. méth., t. MY, p. 1160 (d’après Azara, n° 387).

Scolopax Paraguaie ? Vieill., Dict. d'hist. nat., t. WI, p- 356.

Gallinago, Gesner, 4vi., p. 505.

Gallinago minor, Ray, Synops. avi., p. 105, n° a. 2.

Scolopax. Corpore nigricante et fulvo vario, subtus albo; frontis lineis nigris et rubescentibus quinternis ; rostro tuberculato, nigro; pedibus pallide viridibus.

Dimensions."Longueur totale "4..." se-e-emem 270 millim. DUO EEE CAR CPENRCE ee ECC . 450 DIF GUEES L6000260000700. Sévonacingodaicon 0000 In lDEtoscsooococcconnodocoutossotoancobronesece: 4o

Sur le dessus de la tête sont trois lignes longitudinales rougeàtres, une médiane et deux autres au dessus des yeux; entre les raies latérales et la médiane, il en a deux autres noires ; du brun, du rougeûtre varient le cou; des taches noires et jaunes ornent les plumes scapulaires ; rémiges noirâtres :-les six premières bordées et les autres terminées de blanc; rémiges secondaires et dos ornès de raies rougeàtres et noires; ventre , poitrine, menton blancs; tectrices supérieures des rectrices brun rougeàtre, longues, cachant, pour ainsi dire, la queue ; rectrices noires, rayées transversalement d’orangé foncé , quelques-unes terminées de cette même teinte ou blanchâtres ; bas-ventre jaunâtre terne ; queue composée de quatorze rectrices ; les baguettes des rémiges brunes ; pieds ver dâtre pâle.

Dans les caractères qu’Azara assigne à sa première espèce de Bécassine, nous avons cru reconnaître encore le Scolopax gallinago des auteurs, par sa queue également composée de quatorze rectrices, par sa taille inférieure à celle du Scolopax paludosa, et , enfin, par ses couleurs ; ainsi le Scolopax Paraguaiæ, de Vieillot , basé sur la description d’Azara, serait une espèce purement nominale.

Cet oiseau se rencontre sur presque toute la surface du globe dans l’ancien et dans le nouveau monde , commun partout en Europe , en Asie et en Amérique. Sur ce dernier continent il s’étend du 40° degré de latitude sud jusque près du pôle , dans l'hémisphère nord; dans l'Amérique méridionale, nous lavons vu depuis la Patagonie, la frontière du Paraguay jusqu’au centre de la Bolivia. Dans l'Amérique septentrionale, il habite par toutes les latitudes ; mais nous ne le croyons que de passage dans Pile de Cuba , d’où M. de la Sagra la rapporté.

Il n’est aucun chasseur qui ne connaisse les mœurs de la Bécassine , qui ne sache qu’elle habite constamment seule ou, tout au plus, par couples, les rives des marécages, les prairies, les brous-

OISEAUX. 233 sailles des bords des rivières et des lacs : là, cachée au plus épais des jones, elle cherche les petits insectes et les vers dont elle se nourrit; mais est-elle inquiétée par-quelque bruit, elle se tapit à terre, immobile, s'envole quelquefois lorsqu'on est presque dessus, quoique souvent elle fuie de loin ; alors elle jette un petit cri, s'envole avec vitesse , fait deux ou trois crochets, et file ensuite quelques centaines de pas, avant de se laisser retomber dans un autre lieu, ou bien s’élève en pointe à perte de vue, pour revenir près du lieu d’où elle est partie. C’est en volant ainsi qu’elle jette un cri qu’on peut exprimer par mée ou béré, répété plusieurs fois de suite, surtout lorsquelle descend des hautes régions de Pair où elle s’était élevée. Elle se laisse tomber alors avec un bruit que tous les indigènes Américains comparent, avec raison, au sifflement d’une flèche.

En France, elle n’est, pour ainsi dire, que de passage, peu d’individus y restant lors de la nichée, qui a lieu plus souvent en Allemagne , où, de même , elle passe deux fois par an. Son nid, toujours placé dans les marais, caché à terre entre les joncs ou sous de grosses racines d’arbres riverains , dans les endroits garantis de l’approche des bestiaux par quelques branchages , est composé d’herbes sèches et de plumes. La femelle y dépose quatre ou cinq œufs verdâtre très clair , marqués d’un petit nombre de taches cendrées et brunes. Les petits abandonnent leur nid aussitôt qu’ils sont éclos , et suivent la mère qui les guide dans les lieux où ils peuvent rencontrer plus abondamment leur nourriture. Dans PAmérique septentrionale, elle niche principalement en Pensylvanie.

ILest peu d’oiseaux plus renommés et plus fêtés parmi les gastronomes que la Bécassine ordinaire : elle le fut de tout temps et le sera probablement encore pendant bien des siècles ; car c’est réellement un de nos meilleurs gibiers. On sait avec quelle naïveté Belon , que nous aimons à citer, s’exprimait jadis sur son compte. « Elle est, dit-il, fournie de haulte graisse, qui réveille l'appétit » endormi, provoque à bien discerner le goût des francs vins ; quoi » sachant ceux qui sont bien rentès la mangent pour leur faire » bonne bouche (1). »

Les indigènes Guaranis du Paraguay les nomment Yacaberes, les Espagnols de Corrientes Becasina , ou Cadnastita , tandis qu’à Montevideo le nom que lui donnent quelques habitants est Aqua-

(1) Belon, Wat, des Oùis., p, 21h.

teros (porteur d’eau), prétendant que la présence de la Bécassine annonce la pluie.

GENRE CHEVALIER, TOTANUS, Briss.

Tringa, Scolopax , Linn., Gmel., Lath.

Totanus, Briss.

Cette division des Échassiers longirostres de Cuvier comprend des oiseaux riverains, caractérisés par leur long bec droit , à base molle , dur à son extrémité, comprimé partout , presque aigu à sa ponte , et sillonné seulement à sa base ; par leurs jambes longues, grêles, nues au dessus du genou, par leur doigt du milieu réuni à l’intérieur jusqu’à la première articulation : ils sont presque tous voyageurs et amis de la société. On les rencontre dans toutes les parties du monde , sur les rivages maritimes et fluviatiles , où ils mènent une vie active, empressée.

Parmi les trois espèces que nous avons à Cuba , le Totanus flavipes se rencontre sur la terre des deux Amériques. Le Totanus sohtarius se contente pour habitation de l’Amérique septentrionale et des Antilles; tandis que le Tofanus Bartramia se trouve aussi en Europe.

n° 97. CHEVALIER AUX PIEDS JAUNES.

TOTANUS FLAVIPES, Vreal.

S'arapico, À CUBA.

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