‹ Ornithologie du Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 50 sur 68 · LE PIGEON DE PASSAGE · texte numérisé non relu

LE PIGEON DE PASSAGE

(Passenger Pigeon.)

Le Pigoon de passage connu des paysans sous le mor de Tourte, sans être aussi abondant maintenant dans le Bas-Canada, qu’il l’était autrefois, ne laisse pas d’être très répandu pendant la saison des fruits. “La tôte est d’un bleu d’ardoise, et cette teinte, parsemée de taches noires et brunes, domine

* Lesson.

4 Lemaoût.

£ No. 4148. Bctopistes migratoria. —Baïnp.

Ectopistes migrataris.—Aunusox.

sur lo plumage de l'Oisoau ; le cou est orné des pin belles couleurs : lo vert, le pourpre, l’écarato y biillent avec des nuances mobiles magnifiques; le bec est d’un blanc pur ; les deux rectrices intermédiaires sont noires et les autres blanches ; le bec et les ongles sont noirs; l'iris, orangé,

Le Pigeon de passage, senourrit des fruits de l’érable, de l'orme, du mûrier, du poirier sauvage, du sarrasin, du chène, du hètre, de froment et de riz, Il émigre du sud au nord, et de l’est à l’ouest, depuis Je golfe du Mexique jusqu'à la Baie d'Hudson, et ces migrations sont reglées, non sur les vicissitudes des saisons, mais sur les SE Len de subsistance qui lui offrent les contrées où il voyage. On a tué à New-York des Pigeons de passage, et l’on a trouvé dans leur gésier du riz is n'était pas encore altéré par la digestion. Or, ils n'avaient pu manger ce riz que dans la Caroline; et comme les aliments les lt difficiles à digérer ne peuvent résister plus de douze heures à l’action du jus gastrique chez ces animaux, on a conclu qu’ils avaient en six heures parcouru quatre cents milles, c’est à-dire vingt-cinq lieues par heure, ou plus d’un mille par minute.

Leur vue n’est.pas moins puissante que leur vol ; ils découvrent, du haut des airs, les fruits et.les graines qui peuvent les alimenter ; et si, par accident, les arbres qui les nourrissaient l’année précédente n’ont pas fructifié, on les voit passer outre, et poursuivre leur course vers des contrées plus fertiles,

Mais ce qu'il y a de plus surprenant dans l’histoire des Pigeons de passage, c’est le nombre des individus qui composent leur légions voyageuses.

Ceci. se voit encore chaque année dans certaines

localités du Haut-Canada, tel que le district de

Niagara.

Audubon, parcourant le Kentuchy dans l'automne de 1813, en vit passer au-dessus de sa tête cent soixante-trois bandes en vingt minutes ; à la fin, ditil, les bandes se touchèrent, et un immense nuage de Pigeons lui déroba la lumière du soleil ; pendant

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cette éclipse d'un nouveau genre, la fiente des Pigeons tombait comme une neige épaisse, et leurs ailes produisaient un sifflement monotone qui provoquait le sommeil. Le calcul que fit Audubon pour évaluer la quantité de ces Oiseaux lui donna un résultat effrayatt. “ Supposons, dit-il, une colonne d’un mille de largeur; supposons qu’elle effectue son passage en trois lieues: comme sa vitesse est d’un mille par minute, sa longeur sera de cent quatre-vingt milles, composé chacun de mille sept cents soixante verges : si chaque vergo quarrée est occupé par deix Pigeons, on trouvera que le nombre de ces Oiseaux est un milliard, cent quinze millions, cent trente-six mille (1,115,136,- 000). Or chaque individu consominant, dans une journée, une demie pinte de fruits, la nourriture d'une bande exige huit millions sept cent douze mille (8,712,000) boisseaux de graines par jour.

Les troupes émigrantes so tiennent bien au-dessus de’ la portée d’une carabine ; dès qu'un Faucon vient menacer leur arrière-garde, les rangs sont serrés ; une massô compacte se forme, execute les plus belles évolutions aérienn:s, se précipite vers la terre avec l’impétuosité d’un torrent ; puis, lorsue ses zizags multipliés ont lassé la persévérance 4 l’ennemi, elle rase le sol avec une vitesse inconcevable, et se levant de nouveau comme une colonne majestueuse, elle reprend ses ondulations, imitant dans l'air, mais sur une échellé démesurée, la marche sinueuse d’un serpent.

Dès que les Pigeons aperçoivent de loin une uantité suffisante de nourriture, sur les arbres ou dans les compagnes, ïls se disposent pour une halte ; on les voit voler en tournant pour explorer les environs, et ces mouvements circulaires, dans des plans diversement inclinés, font briller tour à tour les belles couleurs de leur plumage. Dans’'une position, toute la bande se revêt d’un bleu clair, qui, bientôt après, est remplacé par un pourpre foncé : bientôt ils se glissent dans les bois et disparaissent sous le fouillage, 1ls dépouillent les ar- T2

bres de leur fruits, et découvrent adroïtement, sous les feuilles dessechées qui jonchent le sol, les fruits et les graines de l’année précédente. Vers midi, les oiseaux vont se reposer et faire la digestion sur les arbres voisins ; mais lorsque le soleil disparait sous l'horizon, tous s’envolent en même temps, et retournent en masse vers le juchoir commun, situé souvent à plus de cent lieues de leur refectoire.

Cette fidélité au juchoir leur est fatale. C’est toujours un bois de haute futaie que les Pigeons choïsissent pour lieu de repos; maïs sous ces arbres séculaires, où ils vont arriver au commencement de la nuit, se prépare une horrible scène de destruction. Des populations entières de chasseurs et de fermiers viennent les y attendre longtemps avant le coucher du soleil: les uns arrivent avec des chariots vides qui seront remplis dans quelques heures, les autres amènent des troupeaux de porcs qui doivent s’engraisser sur place de la chair savoureuse et succulente des Pigeons.

Chacun fait ses préparatifs, les fusils sont chargés, les torches allumées ; cs réchauds pleins de souffre, dont la vapeur doit étouffer les Pigeons, sont prêts: enfin, vers neuf heures du soir, un ci général se fait entendre: les voilà / Ils arrivent en effet, et leur passage agite l'air, comme la brise qui annonce l'ouragan ; leurs innombrables légions s’abattent sur les arbres, et alors commence ur: scène de carnage et de confusion difficile à décrire; les cris des assaillants, les coups de fusil multipliés, le fracas des hautes branches brisées par le poids des malheureux oiseaux qui s’y précipitent et écrasent leurs compagnons perchés sur les branches inférieures ; tout dans cet effroyable tumulte, inspire un sentiment de peine autant que de surprise au naturaliste qui ne consent à détruire que pour observer.

Pendant ce massacre, les Pigeons arrivent par millions; c’est à minuit seulement que les dernières bandes entrent dans la forêt ; mais le carnage dure jusqu’au jour. Dès que‘les rayons du soleil ont trappé la cime des arbres, les Pigeons quittent Île

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juchoir et vont aux vivres, sans que leur nombre paraisse sensiblement diminué. En ce moment, la scène change : au vacarme de la nuit, succèdent les hurlements des Renards, des Lynx, des Cougards, des Loups qui accourent prendre leur part au festin que l’homme leur a préparé, et l’on voit arriver

es Aigles, des Faucons, suivis de Buses et de Corbeaux, qui viennent aussi chercher leur vie dans cette immense destruction. ”

Voilà bien encore un de ces tableaux animés qu’Audubon sait tracer de main de maître : cette description, qui convient sans doute aux habitudes du Pigeon de passage, dans les solitudes du Kentucky, nous parait surchargée à nous habitants du Canada, où on ne les voit jamais dans une telle abondance. En juillet et en août, lorsque la foudre a grondé dans les montagnes, les Tourtes sortent sur la lisière des bois et se perchent par petites troupes sur les arbres vers le point du jour. C’est le moment où les chasseurs les tirent au fusil, ou les pneus à la rêt avec de la drogue * et du froment.

Pigeon de passage élève plusieurs familles pendant l’été ; les œufs sont au nombre de deux ; les petits sont généralement mâle et femelle ; l’incubation dure quinze jours et les jeunes laissent le nid huit jours après qu'ils sont éclos. Le nid est construit quelquefois à terre, quelquefois dans des arbrisseaux et se compose de petites branches sèches, sinégligemment liées ensemble qu’on voit quelquefois les jeunes à travers. Ils ont à peu près le mème roucoulement que les Pigeons domestiques: les mâles et les femelles sont bizarrement distribués dans les bandes; dans les unes on'ne voit que .des femelles, tandis que d’autres se composent presqu’exclusivement de mâles ou de jeunes oiseaux. Le. Pigeon de passage a seize pouces etun quart de long et une envergure de vingt-cinq pouces.

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* De l’Assa foetida. Les Tourtes prises avec cette drogue se corrompeént fort vite. La loi devrait en interdire l’usage pour l’uhjet en question.

LE DINDON SAUVAGE, # (Wild Turkey.)

Oviedo est le premier qui (1525) ait parlé des Dindons sauvages, souche de l'espèce domestique. Ces oiseaux furent introduits en Espagne vers l'année 1552, par les missionnaires, et dix huit ans après, aux noces de Charles IX, on servit les premiers dindons, qui aient été mangés en France. Les Jésuites en engraissaient un grand nombre à leur ferme près de Poinres, Brillat-Savarin n’oublie pas de Lire hommage à ces pères de ce qu'il appelle le plus beau cadeau que le nouveau monde ait fait à l’ancien. Il considère l'introduction des Dindons, en France, au nombre des bénédictions que les Jésuites répandirent sur ce royaume. f

Ces oiseaux abondent, surtout dans les immenses prairies qui bordent l'Ohio, le Mississippi et le Missouri, ainsi que dans une partie de l’ouest du Canada, tel que Saint-Clair Flats et autres endroits avoisinants. Le comté d’Essex et Lambton, celui de Kent, Ï (Haut-Canada,) sont à peu près les seuls où l’on trouve les Dindons sauvages. Nous n’avons pas apprissinotre royal visiteur, le Prince de Galles, dans son expédi-. tion aux prairies de l'Ouest en septembre dernier,

* No. 455. Meleagris gallopavo.—Bairp.

Meleagrie gallopavo.—AuDuson,

À Toussenel prétend tout le contraire, ‘ O’est à tort, ditil, qu'on attribue l'honneur de l'importation aux jésuites; car cette importation est contemporaine de la fondation de l'ordre, et les Anglais possédant déjà le Dindun en 1524, époque ou les révérends Pères n’avaient pas encore eu le temps de conquérir des royaumes en Amérique.”

Il serait à désirer que la Législature étendit aux Dindons sauvages, la même protection qu'elle accorde aux Caribous, aux Canards, à da Bécassine’ et autres gibiers. Espérons que les honorables députés pour ces comtés n'oublieront pas leurs constituants, nous ne voulons pas dire les Dindons pros de ce comté, mais les électeurs, nous pourrions dire les bons vivants du Haut-Canada entier, et quelques-uns du Bas, qui ne pardonneront jamais à un député quelconque si ce met savoureux venait, faute d'être protégé, à disparaître.—(No!e de l'auteur.)

fut assez heureux pour ajouter un dindon sauvage à sa gibecière gonflée de Cailles, de Coq de Bruyère {pinnated grouse), etc. Dans ces vastes clairiéres, à l’ouest de la province, les Dindons sauvages ont coutume de cheminer à pied, et d'émigrer d'une contrée à une autre, suivant qu'ils trouvent en plus grande abondance les baïes et les graines d'herbes dont ils se nourrissent, les mâles voyagent par bandes de dix à cent individus; les femelles s’'avancent séparément avec leurs petits ou réunies avec d’autre familles ; elles évitent avec soin les mâles, qui atteignent leurs jeunes et souvent les tuent, et cependant tous suivent la même direction. Lorsqu'ils arrivent sur le bord d’une rivière, ils se portent sur le point le plus élevé de la rive, y restent un ou deux jours en délibération, puis montent sur les arbres, et, à un signal donné par le chef de la troupe, ils prennent leur vol vers la rive opposée. Les vieux y parviennent sans peine, lors même que la rivière a un tiers de lieue de largeur, mais les petits tombent dans l’eau et achèvent la traversée à la nage. A la fin de l'hiver, les femelles se séparent de leur familles devenues adultes et s'occupent de la ponte et de l’incue bation. Elles déposent dans un nid construit à terre avec quelques feuilles desséchées, dix à quinze œufs, qu’elles ont à défendre contre les corbeaux, les chats sauvages et même contre les Dindons. Il arrive souvent que plusieurs femelles se réunissent pour couver et élever leurs petits en commun. Nos . Dindons domestiques sont moins gros que les Dindons sauvages; leur plumage est d'ordinaire noir, tandis que, dans l'état de nature, il est d’un brun verdâtre, glacé de teintes cuivrées magnifiques. La chair du Dindon sauvage est préférable même à celle du Dindon domestique : c’est un plat de roi.

Les chasseurs se servent de divers modes pour s'emparer de cet oiseau au printemps ; ils imitent, au moyen d’un pipeau fait avec l'os de l'aile d’un Dindon, le cri de la femelle ; le mâle accourt de loin et les chasseurs, de lenr retraite, tirent dessus. T4

En imitant le cri du hibou barré, on découvre également les perchoirs du Dindon qui ne manque jamais de glousser dès qu’il entend le cri de son impitoyable ennemi. Les Dindons sauvages succombent aussi aux embüûches que l’homme leur tend la nuit; on se place dans le voisinage du perchoir

ue la bande s’est choisi depuis longtemps et on tire sur eux au clair de la lune,

On construit aussi des enclos avec des troncs d’arbres et une toiture en dessus : on place une trainée de maïs dans la forèt, qui conduit à l’enclos : les Dindons l’ont bientôt découverte et la bande entière arrive peu à peu à l’enclos: une fois en dedans, le chasseur les surprend et ces oiseaux n’ont pas mème la sagacité de fuir par où ils ont pénétré dans. l’enclos : ils sont bientôt mis à mort. La beauté, peut-être l’utilité du Dindon sauvage, avait frappé Franklin : il exprima souvent un regret, que le D sauvage n'eût pas été préféré à l'aigle à tête blanche, comme blason national de la Grande République : “ L’Aigle à tête blanche, dit-il, est un brigand, lâche, paresseux et cruel, c’est un vrai chevalier d'Industrie; trop indolent pour chasser luimème, il arrache aux autres oïseaux, la proie qu’avec peine ils se sont procurée ; de plus, il est indigène à LA PrIqUe ; il est doué de courage, et malgré ses allures fantastiques, il ne reculerait même, pas devant-un grenadier en uniforme qui oserait envahir la basse-cour.” Le Dindon sauvage réduit en, captivité, s’apprivoise avec un peu de soin. * Ces oiseaux pèsent ordinairement vingt livres: on en a vu atteindre le poids de quarante.

Le Dindon sauvage de Honduras est plus petit

ue l'espèce que nous venons de décrire; c’est un Port bel oiseau au plumage brillant ; il fut d’abord. décrit par Ouvier. | | . Nous ne donnerons pas une description plus détaillée du Dindon sauvage qui ressemble beaucoup

* Thomas Malone, du Département des Mesureurs de bois, à Québec, avait de fort beaux Dindons sauvages, l'année dernière, à sa résidence Faubourg St. Roch de Québec.

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au Dindon domestique, mais qui lui est supérieur en beauté et en taille.

Le mâle lorsqu'il a atteint toute sa grosseur mesure quatre pieds du haut du bec à lextrémité de la queue.

Longueur totale 49, envergure 68 pouces.

. La colonisation de la Province a graduellement refoulé le Dindon sauvage, aux confins ouest du Canada. |

Un vieux Gouverneur de Trois-Rivières écrivait en 1663:

“ Pour le Coq d'Inde sauvage, il ne s’en trouve point à. Québec, ni à Trois-Rivières, ni à Montréal ; mais dans le pays des Iroquois, et dans le pays où demeuraient autrefois les Hurons, il y en a des

quantités, et dont la chair est bien plus délicate

que des Coqs d'Inde domestiques.”

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