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une bande noire qui se fond insensiblement dans le brun. Les partes inférieures sont d’un roux clair avec des taches brunes et rousses sur les flancs et des lignes blanchâtres sur les baguettes. La queue est très-courte et de couleur brunâtre.
Le bec a la mandibule inférieure noire, tandis que la supérieure est presque de couleur de chair, comme les pattes ; l’iris est brun.
La femelle est un peu plus foncée en dessus; sa gorge est blanche, et sa poitrine est d’un blanc roussätre taché de brun.
La caille présente de nombreuses variétés d'âge; les diverses nuances de son plumage peuvent varier de la teinte plus foncée à la teinte plus claire; cependant l’albinisme est très-rare.
La forme anguleuse particulière de l'aile de la caille est due au développement de la première penne, qui est la plus longue.
Les cailles se trouvent de passage dans toute l’Europe ; elles arrivent en France au mois d'avril et au commencement de mai, et retournent en Afrique vers la fin de septembre. A leur arrivée, elles recherchent la verdure des blés et des prés, ce qui les fait désigner généralement, mais seulement à cette époque, sous le nom de cailles
vertes, quoiqu'en tout temps elles se retirent dans les couverts : c’est ainsi qu on les trouve encore en septembre dans les trèfles, les luzernes, les prés, le sarrasin, les avoines etc. On les rencontre souvent aussi dans les chaumes ; mais elles ne fréquentent pas les bois, ni même les jeunes taillis, quoique pendant la chaleur du jour, elles aiment à s'arrêter dans les lieux frais.
La caille établit son nid à l'abri d’un couvert, mais préférablement dans les blés; elle le compose de quelques brins d'herbe, et y pond de huit à douze œufs d’un gris verdâtre moucheté de brun.
La femelle, abandonnée par le mâle, qui court à d’autres amours, couve pendant une vingtaine de jours. À peine éclos, les petits suivent leur mère, et il n’est pas rare d’en voir qui courent après elle emportant encore adhérent à leur duvet un fragment de leur coquille.
Les cailleteaux se développent beaucoup plus vite que les perdreaux, et l’on dit même qu'à trois mois ils sont propres à la reproduction. Les couvées tardives qu’on rencontre en septembre pour-raient donc être le produit de jeunes nés dans le courant du mois de mai.
Le chant ou plutôt le cri de la cail:e mâle est éclatant et s’entend de fort loin ; on l’a traduit par ces mots : paie ta dette; celui de la femelle est beaucoup plus simple et plus faible et ne s’entend qu'à très-petite distance.
Comme les perdrix, les cailles se battent à outrance et en tout temps, lorsqu'elles se rencontrent : aussi, en Grèce et en Italie, on dresse ces oiseaux, et leurs combats sont donnés en spectacle comme ceux des coqs, qui attirent la foule dans d’autres pays.
Les cailles voyagent deux fois par an, au printemps et à l’autone; et ce qui est bien fait pour étonner, c’est qu’elles n'hésitent pas à traverser la Méditerranée. Leur vol est ordinairement si bas et si lourd, et elles semblent avoir si peu de confiance dans leurs ailes, qu’elles ne s'en servent qu’à la dernière extrémité et pressées par un chien qui les suit pas à pas. Les chasseurs, savent, en effet, qu'il est souvent très-diflicile de faire lever une caille. Cependant ce besoin de voyager est tellement inné, instinctif et indépendant des exigences de l'alimentation, que les cailles élevées en cage et abondamment nourries sont dans une agitation si violente aux époques des passages, qu'elles se tuent dans les volières les plus spacieuses, en cherchant à s'échapper pour obéir au besoin impérieux qui les presse.
Les naturalistes et les chasseurs se sont beaucoup occupés des causes qui peuvent déterminer les cailles à voyager ainsi, et des diflicultés qu’elles doivent rencontrer dans l'exécution de leur passage d'Afrique en Europe et d'Europe en Afrique. Pourquoi les cailles voyagent-elles? Comment peuvent-elles traverser la Méditerranée? Est-ce d’un seul vol que cette périlleuse traversée
s'opère? Les quelques îles qu'on trouve au milieu de cette mer étroite leur servent-elles de lieu de repos? De ces questions, une seule, la première, est importante; car du moment où un oiseau pourra se transporter d’un vol, des côtes de la Provence à l’île Mayorque, par exemple, on doit admettre qu'il n’y a pas de raison pour que, partant d’un autre point de la côte méridionale d’Europe, et ne rencontrant pas d'ile sur son passage , il n’ait la force d'arriver jusqu'à la côte d'Afrique.
Le fait du voyage est incontestable; s’il se fait en deux étapes pour quelques individus, cela tient à ce qu'ils prennent terre lorsqu’une île se trouve sur leur passage, et ne s'arrêtent que parce que l’occasion leur est offerte. Les cailles voyagent pendant la nuit, en troupes nombreuses, et leur vol est assez élevé au-dessus de la mer. Des marins ont assuré que les cailles surprises pendant leur passage par un changement subit de vent, s’abattent sur le pont des vaisseaux qui se trouvent à leur portée, comme Pline l'avait déjà dit, et souvent tombent dans la mer; et qu'alors on les voit flotter et se débattre sur les vagues, une aile en l'air comme pour prendre le vent. Quoi qu'il en soit, il est cependant certain que si les cailles n'hésitent pas à se mettre en route à l’époque du passsage pour traverser le continent, elles semblent consulter le vent pour franchir la Méditerranée, s'arrêtent quand il ne doit pas faciliter leur voyage et attendent qu'il se montre favorable.
Une autre question se présente : quelle peut être la durée du voyage? Sept à dix heures, suivant les uns; vingt, suivant les autres , et je crois les premiers plus près de la vérité.
Les chasseurs connaissent la rapidité du vol d’un oiseau poussé par le vent, et il est attesté que les cailles n'arrivent en Europe que par les vents du sud-est ou sud-ouest et ne quittent ce continent en automne, pour se rendre en Afrique, que par un vent du nord, contrairement à l'opinion de quelques auteurs, qui avancent que
ces oiseaux préfèrent voyager contre le vent. Si l’on admet une
vitesse de 20 à 25 lieues à l'heure pour les cailles (la vitesse des pigeons est de 35 à 40 lieues à l'heure), il leur faudrait done huit ou dix heures pour effectuer le passage. Une observation faite sur les côtes de France, à l’arrivée des cailles, viendrait confirmer la courte durée du voyage : ces oiseaux digèrent très-vite, et l’on trouve dans le jabot de ceux qui arrivent en Provence des graines qu'ils n'ont pu manger qu’en Afrique.
La vérité la moins contestable à ce sujet est que, si nous ne pouvons pas nous rendre un compte exact de la manière de voyager, et de la durée du voyage des cailles, leur instinct leur commandant impérieusement le voyage, les moyens de l’exécuter ne peuvent pas leur manquer; la conservation de l’espèce en dépend, et l'espèce se conserve toujours.
Cependant ce gibier est plus ou moins abondant en France, suivant les années; depuis quelque temps surtout on voit moins de cailles que précédemment. Cette diminution, sensible sans être régulière et progressive, dépendrait-elle des accidents du voyage, ou de la direction du vent qui, poussant ces oiseaux à l’est, ne laisserait arriver en France que ceux qui, passant facilement en Espagne, se dirigeraient sans précipitation et sans danger sur le nord ?
Tous les ans on chasse les cailles au passage sur les côtes de la Provence ; mais l'abondance de ce gibier varie certainement, et il paraïtrait résulter des diverses observations qu’on a pu faire que le passage d'automne est beaucoup moins productif et se fait plus lentement que celui d'arrivée.
Sans parler des fables inventées pour expliquer les migrations des oiseaux, examinons les opinions émises à ce sujet par les auteurs. Nous ne nous occuperons cependant en ce moment que d’une seule espèce, la caille ; beaucoup d’autres oiseaux voyagent périodiquement, mais les causes déterminantes de leurs voyages ne sont sans doute pas les mêmes pour tous, et, en effet, on comprend facilement que les oiseaux qui ne se nourrissent que d'insectes soient
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forcés de quitter un pays qui ne leur en fournit plus, pour se rendre dans les lieux où ils trouveront abondamment les ressources nécessaires à leur existence ; d’autres, chassés par le froid, les glaces, les neiges, la crue des eaux etc., seront obligés de gagner un climat plus doux et des rives moins tourmentées. Chacure de ces questions sera traitée au sujet des divers oiseaux que le chasseur peut rencontrer en France.
Parmi les causes des migrations périodiques des cailles, on admet :
1° L'impérieuse nécessité de l’alimentation ;
2° La faculté de prévoir le changement de saison ;
3° Le besoin de la reproduction sous un ciel favorable.
Quelques observations sur l'influence que peuvent avoir ces causes réunies ou isolées, nous amèneront à convenir qu'il y a dans l'instinct qui porte les cailles à changer de climat et qui les guide vers le lieu le plus propice un motif inconnu, mais tout-puissant, et qui tient sans aucun doute à une loi générale, la conservation de l’espèce.
1° L'impérieuse nécessité de trouver une alimentation choisie et abondante peut avoir quelque influence sur les individus libres; mais ceux qui sont conservés en cage, nourris convenablement, auxquels rien ne manque, ni la verdure, ni le grain, éprouvent quand même cette fièvre de départ, ils refusent la nourriture qu'on leur donne, paraissent souffrir beaucoup et meurent d’un véritable spleen.
On pourrait peut-être dire que ces oiseaux ne partent que lorsque les plaines sont dépouillées de récoltes et que, ne fréquentant pas les bois et ayant besoin de s’abriter sous des couverts, ils quittent nos plaines nues pour la verdüre que leur offre l’Afrique au mois d'octobre.
2° Les cailles auraient-elles, comme beaucoup d’autres animaux,
la faculté de pressentir les variations des saisons et éprouveraient :
elles le besoin de chercher un climat plus favorable? Cette supposition serait insuflisante, car un grand nombre d'oiseaux voyagent pendant la belle saison et ne peuvent être uniquement déterminés par l'appréciation du temps, qui ne changera que longtemps après leur passage.
Ne sait-on pas d’ailleurs que les cailles conservées en volière ou en cage, et mises à l’abri du froid, se tourmentent beaucoup, s’agitent sans cesse, au point de se meurtrir et même de se tuer après les grillages qui les retiennent, et font entendre, surtout pendant la nuit, leur chant de départ, tant que le passage des cailles libres s’opere |
3° Jenner attribue, en général, la cause déterminante des migrations des oiseaux aux modifications périodiques que subissent leurs organes sexuels avant, pendant et après la mue, et à la nécessité de chercher un climat plus favorable à la reproduction. |
Cette explication d’un fait constant dont les causes générales nous échappent, doit être la meilleure, surtout pour les cailles, qui viennent se reproduire pendant l’été en Europe, et vont sans doute faire une ou d’autres couvées en Afrique avant l'hiver ; car, sur les côtes méridionales de notre pays, le passage du printemps est bien plus considérable que celui d'automne; et il devait en être ainsi, puisque de toutes les cailles arrivées en Europe au printemps et de celles nées dans notre pays pendant l'été, il en est bien peu qui échappent au fusil ou aux piéges. Cependant, au printemps de l’année suivante, elles reviennent en si grand nombre, qu’on est bien fondé à croire qu'elles font aussi au moins une couvée en Afrique. Mais, dira-t-on, les petits de l’année ne voyagent pas et ne sont pas assez foris pour suivre leurs parents. Cela peut être vrai et ne détruit pas notre opinion; car alors ce sont ceux de l’année précédente qui, restés en Afrique, y font une ou plusieurs | couvées, partent au printemps suivant avec les vieilles; et comme chaque année les mêmes conditions se représentent, l’arrivage sur
nos côtes doit toujours être à peu près aussi nombreux, quel que soit le nombre des individus tués en Europe, attendu qu'en Afrique on ne chasse pas ces oiseaux comme en Europe et qu’ils peuvent s’y reproduire à leur aise et y multiplier sans subir les mêmes pertes.
« La cause qui détermine les cailles à voyager, dit Buffon, ne peut être que très-générale, puisqu'elle agit non-seulement sur toute l'espèce, mais sur les individus même séparés pour ainsi dire de leur espèce, et à qui une étroite captivité ne laisse aucune communication avec leurs semblables. On voit de jeunes cailles élevées dans des cages presque depuis leur naissance, et qui ne peuvent ni connaître ni regretter la liberté, éprouver régulièrement deux fois par an une inquiétude et des agitations singulières dans le temps ordinaire du passage d'avril et de septembre : cette inquiétude dure environ trente jours et recommence tous les jours une heure avant le coucher du soleil. On voit alors ces cailles prisonnières aller et venir d’un bout de la cage à l’autre, puis s’élancer contre le filet qui la couvre, et souvent avec une telle violence, qu'elles retombent tout étourdies; la nuit se passe presque entièrement dans cette agitation ; et le jour suivant, elles paraissent tristes, abattues , fatiguées et endormies.
«On a remarqué que les cailles à l’état de liberté dorment une
rande partie de la journée; et si l’on ajoute à tous ces faits qu'il est très-rare de les voir arriver de jour, on sera, ce me semble, fondé à conclure que c’est pendant la nuit qu'elles voyagent, et que ce désir de voyager est inné chez elles, soit qu'elles craignent les températures excessives, puisqu'elles se rapprochent constamment des contrées septentrionales au printemps, et des méridionales en automne; ou, ce qui semble plus vraisemblable, qu'elles n’abandonnent successivement les différents pays que pour passer de ceux où les récoltes sont déjà faites dans ceux où elles sont en-
core à faire, et qu’elles ne changent ainsi de demeure que pour
trouver toujours une nourriture convenable pour elles et pour leur couvée. »
* Cependant Buffon semble rapporter aussi la cause des migrations des cailles à la crise occasionnée par le renouvellement de leurs plumes, après la mue. «Il n’est pas avéré, dit-il, qu’elles recommencent une ponte en Afrique dans le mois d'octobre, quoique cela paraisse cependant vraisemblable, puisqu’au moyen de leurs migrations régulières, elles ignorent l’automne et l’hiver; l’année n'étant composée pour elles que de. deux printemps et deux étés,
comme si elles ne changeaient de climat que pour se trouver per-
pétuellement dans la saison de l’amour et de la fécondité. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elles quittent leurs plumes deux fois par an, à la fin de l'hiver et à la fin de l'été: chaque mue dure un mois; et lorsque leurs plumes sont revenues, elles s’en servent aussitôt pour changer de climat, si elles sont libres ; et si elles sont en cage, c’est le temps où se marquent ces inquiétudes périodiques qui répondent au temps du passage. »