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GRAND COQ DE BRUY EUR ES

Chenu, Ornithologie J, Rothschild, du Chasseur. Editeur.

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maculé de noir, avec une bande noire à l'extrémité de chaque plume, qui se termine par une petite frange d’un fauve blanchâtre.

Les jeunes de l’année ont le plumage de la femelle avec des teintes plus foncées ; les jeunes coqs sont distingués par les chasseurs sous le nom de bruyanneaux.

Le coq de bruyères se trouve dans presque tous les pays de montagnes de l’Europe. En France on le rencontre dans les Vosges , le Jura, les Alpes etles Pyrénées. Il he quitte pas les forêts d’arbres verts; mais pendant les hivers longs et rigoureux il descend dans les vallées. Il se nourrit principalement de bourgeons de pins et de bouleaux , de baies et d’herbages , mais il mange aussi du grain et des insectes.

A l’époque des amours, c’est-à-dire au printemps, les coqs appellent les femelles longtemps avant le jour et jusqu’au lever du soleil. Ils choisissent les pentes exposées au levant et les lieux voisins d’un cours d’eau , et se tiennent sur les basses branches d’un gros arbre, en faisant entendre un cri rauque, qui leur a valu le nom de faisans bruyants. Dès qu’une femelle approche, le coq semble en délire, il étale ses ailes et sa queue, et parait lutter contre son ardeur jusqu’à ce qu'il en arrive d’autres.

Ce moment est le plus favorable pour le chasseur , car alors le coq de bruyères se laisse approcher; mais il faut ne s'avancer que pendant qu'il chante et s'arrêter dès qu'il se tait; pendant son silence , le moindre mouvement le fait fuir.

« Les tétras, dit Buffon, commencent à entrer en amour dans les premiers jours de février ; cette surexcitation est dans toute sa force vers les derniers jours de mars, et continue jusqu’à la pousse des feuilles. Chaque coq se tient alors dans un certain canton , d'où il ne s'éloigne pas; on le voit soir et matin se promenant sur le tronc d’un vieux pin, la queue étalée en roue, les ailes trainantes , le cou porté en avant , la tête enflée par le redressement des plumes, et prenant toutes sortes de postures extraordinaires, tant il est

tourmenté par le besoin de répandre ses molécules organiques superflues. Il a un cri particulier pour appeler ses femelles, qui lui répondent et accourent sous l’arbre où il se tient et d’où il descend pour se joindre à elles. Ce cri commence par une espèce d'explosion suivie d’une voix aigre et perçante, semblable au bruit d’une faux qu’on aiguise; cette voix cesse et recommence alternativement, et, après avoir continué, à plusieurs reprises, pendant une heure environ, elle finit par une explosion semblable à la première.

«Le tétras, qui, dans tout autre temps, est fort difficile à approcher, se laisse surprendre aisément lorsqu'il est en amour, et surtout tandis qu’il fait entendre son cri de rappel; il est alors si étourdi du bruit qu'il fait lui-même ou tellement enivré, que ni la vue d’un homme ni même les coups de fusil ne le déterminent à prendre sa volée ; il semble qu’il ne voie ni n’entende et qu’il soit dans une espèce d’extase. C'est pour cela que l’on dit communément et que l’on a même écrit que le tétras est alors sourd et aveugle ; cependant il ne l’est guère que comme le sont en pareille circonstonce presque tous les animaux et l’homme lui-même. En Allemagne on donne le nom d’Auerhahn aux amoureux qui paraissent avoir oublié tout autre soin pour s'occuper uniquement de leur passion etc. »

La femelle établit à terre, au pied des arbres ou au milieu des bruyères , son nid composé de mousse ; elle pond six, huit ou dix œufs blancs, tachetés de jaune, qu’elle couve pendant vingt-huit ou trente jours. Dès l’éclosion , les petits courent et suivent leur mère à la recherche de leur nourriture ; ils restent avec elle, en compagnie , jusqu'à la seconde mue, alors ils se séparent pour vivre dans l'isolement. Malgré de nombreux essais, jamais on n’a pu réduire ces oiseaux à un état de demi-domesticité : ils languissent et meurent promptement. Peut-être n’a-t-on pas essayé de faire couver des œufs par une poule ou une dinde; ce moyen n’a pas encore été employé, ou du moins aucun auteur n’en parle.

Le coq de bruyères, au point de vue gastronomique, diffère beaucoup comme qualité, suivant la saison. Au printemps, cet oiseau se nourrit de bourgeons et d’aiguilles de sapins , qui donnent à sa chair un goût désagréable de résine; mais en automne il n’y a plus de bourgeons de sapins, et les tétras se nourrissent alors de baies de myrtilles, de müres, de diverses graines et d'insectes ; leur chair perd complétement le goût résineux et n’est que suffisamment aromatisée.

D’après un chasseur des Vosges, M. E. Gridel, c’est pendant

les mois de septembre et d'octobre qu'on chasse le coq de bruyères au chien d'arrêt, comme on chasse la bécasse. «Son fumet est très-fort ; le chien l’évente de loin; il piète peu, mais ne tient pas toujours, surtout si le temps est calme; les jours de grand vent sont ceux où on l’approche le plus facilement. Lorsque le temps est sec, on est plus certain de le trouver à terre ; s’il est humide, il est ordinairement branché. Il est bon d’avoir un compagnon pour battre les bois ; un seul chasseur au milieu de leur étendue n'aurait que très-rarement l'occasion de ürer. Il est nécessaire de prendre le vent, de marcher sans bruit et d'examiner attentivement les arbres; car il arrive souvent que le coq étant branché laisse, comme la gélinotte, passer le chasseur sous son arbre. Lorsque la présence d’un coq a été signalée et que l’on suppose devoir le rencontrer dans une enceinte, il faut battre cette enceinte pied à pied et avec le plus grand soin. En raison des accidents du terrain sur lequel on manœuvre, de la hauteur des bruyères qu'il faut franchir, de la nécessité d’avoir constamment l'œil et l'oreille au guet et le doigt sur la détente, cette chasse est des plus fatigantes , et je ne saurais trop recommander à ceux de mes lecteurs qui seraient tentés d’en essayer, de ménager leurs forces au début de la journée et de ne pas les prodiguer inutilement.

« Quelques chasseurs se servent d’un roquet, auquel ils font quêter le coq dans les broussailles. Celui-ci s’intimide peu d’un

aussi faible ennemi. Il ouvre à peine les ailes pour se brancher à quelques mètres du sol; le roquet aboie au ferme comme s’il s'agissait d’un écureuil où d’un chat, et très-souvent on peut arriver à portée de l'oiseau uniquement préoccupé de son premier visiteur.

«En automne , il arrive très-souvent de tirer un coq de bruyères

en appuyant sous bois les chiens courants. Quelquefois, surtout lorsque le coq a les ailes mouillées, il court devant les chiens, qui le mènent alors très-chaudement.

«On trouve encore l’occasion de tirer le coq de bruyères dans les traques du mois de novembre ; il se montre alors plus à découvert que lorsqu'on le quêtait au chien d'arrêt. Quelles que soient la quantité et la diversité du gibier, il reste le plus puissant attrait de nos battues, le quine qu’ambitionnent petits et grands, vieux ou jeunes , vétérans ou novices : son apparition devient l'événement mémorable de la journée.

« Les rabatteurs sont entrés dans l’enceinte ; leurs voix sonores font vibrer les échos des vallons. Tout à coup un bruit se fait entendre qui domine tous les bruits, le À sau! retentit (ce qui veut dire : au coq! dans le patois des Vosges). A ce cri, plus d'un vieux trappeur se sent plus ému que s’il entendait arriver sur lui une horde d'animaux ou un vieux solitaire. Le coq s’avance le cou tendu, les ailes immobiles , il rase la cime des pins ; le soleil fait miroiter son plumage ; c’est bien alors qu’on peut dire de lui: voilà le roi de la montagne! Un coup de fusil part, puis deux , puis trois ! Le noble oiseau secoue les ailes, laisse tomber quelques plumes, passe ; et plusieurs nez s’allongent ! Mais parfois aussi ses jours sont comptés, et il vient tomber lourdement aux pieds du privilégié dont le carnet de chasse va enregistrer un nouveau triomphe. Très-fréquemment on blesse le coq sans pour cela le ramasser. Lorsqu'il se sent frappé à mort, il vole jusqu'à ce que ses forces l’abandonnent, et meurt où il est tombé. Mais bien souvent il a pu accomplir un long

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trajet, on l’a perdu de vue derrière les arbres, il pourrit misérablement, ou trouve un tombeau indigne dans l'estomac d’un renard ou d’un chat sauvage.

« Le coq de bruyères est, en toute saison, un gibier dur à abattre; son poitrail est garni d’une épaisseur de chair incroyable ; ses os, très-gros et très-résistants, ses plumes épaisses et serrées, lui constituent une espèce de cuirasse, qui résiste à des plombs même de numéros inférieurs. Dans les Vosges, nous le tirons avec le plomb moulé de quatorze ou seize grains au coup ; les braconniers qui le tirent toujours posé emploient la chevrotine et quelquefois la balle franche. »

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