CHEVALIER COMBATTANT
(Tringa pugnaæx. LiNNÉ.)
Le plumage de cet oiseau varie trop de l’hiver à l’été et même en dehors des influences de la saison, pour qu’il ne soit nécessaire d'établir ces différences.
Le combattant a le bec brun et les pieds jaunes; sa longueur est de 18 centimètres. |
En été, le plumage varie à l'infini; mais il est surtout remarquable au printemps par le développement extraordinaire des plumes de la nuque, de la gorge et du cou, qui forment une sorte de collerette épaisse et gonflée de couleur très-variée, à ce point qu'il y a peu d'individus semblables : les uns sont roux , noirs, blancs , jaunâtres ou gris ; d’autres ont un grand nombre de taches ou de points noirs ou bruns sur un fond blanc; la tête se couvre de papilles rouges.
En hiver, les plumes de la tête et des parties supérieures sont d’un brun plus ou moins foncé et bordées de roux clair. Les couvertures des ailes et les pennes de la queue sont rayées de brun , de roux et de noir; la nuque, la gorge, le devant du cou et le ventre, d’un blanc pur; le front et la poitrine roussâtres.
Les femelles ont un plumage plus clair et les plumes du cou ne forment jamais de collerette.
Non-seulement ces oiseaux, dit Buffon, se livrent entre eux des combats seul à seul, des assauts corps à corps, mais ils combattent aussi en troupes réglées, ordonnées et marchant l’une contre l’autre. Ces phalanges ne sont composées que de mâles, qu’on prétend être, dans cette espèce, beaucoup plus nombreux que les
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Chenu, Ornithologie J. Rothschild.
du Chasseur. Editeur.
femelles. Celles-ci attendent à part la fin de la bataille et restent le prix de la victoire. L'amour paraît donc être la cause de ces combats, les seuls que puisse avouer la nature, puisqu'elle les occa- - sionne et les rend nécessaires par un de ses excès, c’est-à-dire par la disproportion qu’elle a mise dans le nombre des mâles et des femelles de cette espèce.
Les plumes formant la collerette ne se développent qu’au commencement du printemps, et ne subsistent que pendant le temps des amours ; mais indépendamment de cette production singulière, la surabondance des molécules organiques se manifeste encore par l’éruption d’une multitude de papilles charnues et sanguinolentes qui s'élèvent sur le devant de la tête et autour des yeux. Cette double production suppose dans ces oiseaux une si ardente énergie, qu'elle leur donne pour ainsi dire une autre forme plus avantageuse, plus forte et plus fière, qu'ils ne perdent qu'après avoir épuisé une partie de leurs forces dans les combats et répandu ce surcroît de vie.
«Et d’abord, dit Toussenel, ce n’est plus un oiseau au teint pâle et à la poitrine évidée que nous avons sous les yeux; c'est un oiseau de couleurs voyantes, jaune, roux, blanc ou noir, aux nuances accusées, aux formes athlétiques. Le paladin amoureux commence par se cravater le col d’une fraise resplendissante, dont les dentelles débordent sur sa poitrine, envahissent à peu près les épaules, la tête, et finissent par couvrir tout le devant du corps d’une housse mobile, inquiète, animée, frissonnante; c’est la cotte de maille du nouveau chevalier, son armure de corps ; il en tire des effets et des poses martiales d’une crânerie indicible. Du reste, pleine liberté de goûts, chaque individu se taille son pourpoint à sa mode dans l’étoffe de la fantaisie. Après le choix de la couleur de l’armure de corps vient celui de l’armure de tête, du casque et du panache, et c’est ici surtout que la folle du logis fait des siennes. Il ne m'est
pas prouvé que le génie de l’amour et de la mascarade ait fourni
plus de types excentriques aux paladins de l’Arioste qu'aux paladins emplumés des grèves de la Manche. De cinquante chevaliers parés pour le tournoi, vous n’en trouverez pas deux vêtus de même sorte. »
«Je ne connais aucun oiseau, ajoute M. Baillon, en qui le physique de l’amour paraisse plus puissant que dans celui-ci. On peut de là concevoir quelle doit être son ardeur guerrière , puisqu'elle est produite par son ardeur amoureuse et qu'elle s'exerce contre ses rivaux. J’ai souvent suivi ces oiseaux dans nos marais de basse Picardie, où ils arrivent au mois d'avril avec les autres chevaliers, mais en moindre nombre. Leur premier soin est de s’apparier ou plutôt de se disputer les femelles. Celles-ci, par de petits cris, enflamment l’ardeur des combattants. Souvent la lutte est longue et quelquefois sanglante. Le vaincu prend la fuite; mais le cri de la première femelle qu'il entend lui fait oublier sa défaite, prêt à entrer en lice de nouveau si quelque antagoniste se présente. Cette petite guerre se renouvelle tous les jours le matin et le soir, jusqu’au départ de ces oiseaux, qui a lieu dans le courant de mai, car il ne nous reste que quelques traînards, et l’on n’a jamais trouvé leurs nids dans nos marais. »
Cet observateur exact et très-compétent fait remarquer que les combattants partent de la Piçardie par les vents de sud et de sudest, qui les portent sur les côtes d'Angleterre, où en effet on sait qu'ils nichent, particulièrement dans le Lincolnshire.
On en prend un grand nombre à l’aide de filets, et l'esclavage . ne peut altérer en rien leur humeur guerrière. Dans les volières où on les renferme, ils vont présenter le défi à tous les autres oiseaux ; s’il est un coin de gazon vert, ils se battent pour l’occuper; et comme s'ils se piquaient de gloire, ils ne se montrent jamais plus animés que quand il y a des spectateurs. La collerette des mâles est non-seulement pour eux un ornement dé guerre, mais une sorte d’armure, un vrai plastron, qui peut parer les coups.
Ces plumes tombent à la mue de la fin de juin, comme si la nature n'avait paré ces oiseaux que pour la saison des amours et des combats. Les papilles vermeilles qui couvraient leur tête pâlissent, - s’effacent et font place à des plumes. Dans cet état, on ne distingue plus guère les mâles des femelles. Le départ des lieux où ils ont fait leurs nids commence par les mâles; les femelles, et les jeunes qu’elles attendent sans doute, n’émigrent qu’un mois plus tard ; il y a même des retardataires, qui n’ont la’ force d’entre- | prendre le voyage que longtemps après le départ des premiers. (Buffon). |
Le premier passage des combattants a lieu à la fin de mars et en avril; le second aux mois d'août et de septembre. Les mâles se mettent en route à la fin de juillet, les femelles et une partie des jeunes en septembre, les retardataires en octobre ; mais alors ces oiseaux, n ayant plus de collerette, sont en quelque sorte confondus avec les autres bécasseaux qui passent en même temps qu'eux.
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