‹ Ornithologie du chasseurChapitre 43 sur 65 · OISEAUX D'EAU · texte numérisé non relu

OISEAUX D'EAU

« L'homme a fait une double conquête lorsqu'il s’est assujetti les animaux habitants à la fois et des airs et de l’eau. Libres sur ces deux vastes éléments, également prompts à prendre les routes de l'atmosphère, à sillonner celles de la mer ou plonger sous les flots,

les oiseaux d’eau semblaient devoir lui échapper à jamais, et ne pouvoir contracter de société ni d’habitudes avec nous; ils paraissaient devoir rester enfin éternellement éloignés de nos habitations, et même du séjour de la terre.

Ils n’y tiennent, en effet, que par le seul besoin d'y déposer le produit de leurs amours ; mais c’est par ce besoin même, et par ce sentiment si cher à tout ce qui respire, que nous avons su les captiver sans contrainte, les rapprocher de nous, et, par l’affection pour leur famille, les attacher à nos demeures.

Des œufs enlevés du milieu des roseaux et des joncs, et donnés à couver à une mère étrangère qui les adopte, ont d’abord produit dans nos basses-cours des individus sauvages. farouches, fugitifs et sans cesse inquiets de trouver leur séjour de liberté; mais après s'être reproduits dans l'asile domestique, ces mêmes oiseaux, et mieux encore leurs descendants, sont devenus plus doux, plus traitables, et ont produit sous nos yeux des races privées ; car nous devons dire, comme observation générale, que ce n’est qu'après avoir réussi à traiter et conduire une espèce de manière à la faire multiplier en domesticité, que nous pouvons nous flatter de l’avoir

subjuguée ; autrement nous n’assujettissons que des individus, et l'espèce, conservant son indépendance, ne nous appartient pas. Mais lorsque, malgré le dégoût de la chaîne domestique, nous voyons naître entre les mâles et les femelles ces sentiments que la nature a partout fondés sur un libre choix, lorsque l’amour a commencé à unir ces couples captifs, alors leur esclavage, devenu pour eux aussi doux que la douce liberté, leur fait oublier peu à peu leurs droits de franchise naturelle et les prérogatives de leur état sauvage, et ces lieux des premiers plaisirs , des premières amours, ces lieux si chers à tout être sensible, deviennent leur demeure de prédilection et leur habitation de choix. L'éducation de la famille rend encore cette affection plus profonde et la communique en même temps aux petits, qui, s'étant trouvés par naissance habitants d’un séjour adopté par leurs parents, ne cherchent point à en changer; car, ne pouvant avoir que peu ou point d'idée d'un état différent, ni d’un autre séjour, ils s’attachent au lieu où ils sont nés comme à leur patrie, et l’on sait que la terre natale est chère à ceux mêmes qui l’habitent en esclaves. » Ces observations de Buffon s'appliquent particulièrement aux oiseaux palmipèdes.

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