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CANARDS

C’est vers la fin d’octobre que paraissent en France les premiers canards; leurs bandes, d’abord peu nombreuses et assez rares, dit Buffon, sont bientôt suivies de troupes plus considérables ; et lorsqu'ils sont tous arrivés des régions du Nord, on les voit continuellement voler et $e porter d’un étang à un autre ou à une rivière. C’est alors qu'ils deviennent la proie du chasseur, soit qu'il les surprenne pendant le jour, soit qu'il s'embusque vers le coucher du soleil pour les attendre à la chute; dans certaines localités, où la disposition des eaux le permet, on en prend un grand nombre au filet et à divers piéges. Mais toutes ces chasses supposent beaucoup de finesse, dans les moyens employés pour surprendre , attirer ou tromper ces oiseaux, qui sont très-défiants. Jamais ils ne se posent qu'après avoir fait plusieurs circonvolutions sur le lieu où ils veulent s’abattre, comme pour l’examiner, le reconnaître et s’assurer s’il ne récèle aucun ennemi; et lorsqu'enfin ils s’abaissent, c’est toujours avec précaution ; ils fléchissent leur vol, et se lancent obliquement sur la surface de l’eau, qu'ils effleurent et sillonnent ; ensuite ils nagent au large et se tiennent toujours éloignés du rivage; en même temps, quelques-uns d’entre eux veillent à la sûreté de la bande et donnent l’alarme dès qu'il y a péril, de sorte que le chasseur se trouve souvent déçu , et les voit partir avant qu’il soit à portée de les tirer : cependant lorsqu'il juge le coup possible, il

ne doit pas le précipiter ; car le canard sauvage, au départ, s’élevant souvent verticalement, ne s'éloigne pas aussi promplement qu’un oiseau qui file droit. |

«C’est le soir, à la chute, au bord des eaux qu’ils fréquentent et au besoin sur lesquelles on les attire en y plaçant des canards domestiques femelles, que le chasseur gité dans une hutte ou caché les attend et les tire avec avantage; 1l est averti de l’arrivée de ces oiseaux par le sifflement de leurs ailes et doit se hâter de faire feu sur les premiers à portée ; car dans cette saison, la nuit survenant promptement, et les canards ne tombant, pour ainsi dire, qu'avec elle, les moments propices sont bientôt passés. Dans cette chasse il faut que la passion du chasseur soutienne sa patience : immo-

bile, et souvent à moitié gelé, il s'expose à prendre plus de rhume .

que de gibier; mais ordinairement le plaisir l'emporte et l'espérance se renouvelle; car le même soir où il à juré, en soufflant dans ses doigts, de ne plus retourner à son poste glacé, il fait des projets pour le lendemain. »

«Il n’est presque point d’étangs ou de marais qui, dès le commencement de l’automne , ne soient hantés par quelques bandes de canards sauvages, qui s’y tiennent, pendant le jour, cachés dans les joncs. Lorsque ces étangs ne sont que d’une médiocre étendue , deux chasseurs, qui suivent chacun un côté de l'étang, en faisant du bruit, et jetant quelques pierres dans les joncs , font lever les canards et ont souvent l’occasion de les tirer, surtout lorsque l'étang n’a que peu de largeur et se resserre à ses extrémités. Mais le moyen le plus sûr et qui réussit le mieux est de se faire conduire en bateau sur l'étang, et de traverser en silence les joncs par les clairières qui s’y trouvent. Les canards se laissent alors approcher assez pour qu'on puisse les tirer au départ; et il arrive même quelquefois que lorsqu'on les a levés, ils reviennent s’abattre à quelque distance, après avoir fait un assez grand circuit dans la campagne ; on peut alors tenter encore de les approcher. Quand cela est pos-

sible, deux chasseurs garnissent les bords, et un troisième en bateau fouille les jones.

«On a encore, pour tuer des canards sauvages en hiver, la ressource de l’affüt, surtout dans les temps de gelée, qui forcent ces oiseaux à beaucoup de mouvements. On les attend vers la brune,

u bord des petits étangs où ils viennent se jeter, et on les tire soit au vol, soit au moment où ils s’abattent sur l’eau. « Lorsque la gelée est très-forte, et que les étangs et les rivières sont couverts de glace, on se met à l’affüt près des petites eaux qui ne gèlent pas, et la chasse alors est d’autant plus sûre que les canards n’ont que cés seuls endroits pour se procurer quelque nourriture. Dans les temps de grande gelée, ce sont surtout les petites rivières et les ruisseaux qui ne gèlent pas qui offrent la chasse la plus facile. En suivant le cours de ces eaux à toutes les heures du jour, mais surtout de grand matin, on est sûr de trouver l’occasion de les tirer, car les canards se tiennent souvent enfoncés sur les berges, sous les racines des arbres, et ne partent que lorsqu'on arrive sur eux, et souvent même lorsqu'on les a dépassés. « Suivant les localités, on chasse les canards de diverses manières : il y a l’affüt à la hutte dans les prairies submergées, la chasse de surprise dans les mares et les tourbières etc. Sur les bords de la mer, cette chasse peut être faite avec plus de succès, mais elle nécessite la connaissance des lieux. Tous les oiseaux nageurs, qui, à marée basse, se jettent sur les rochers voisins et sur la plage pour chercher les coquillages, les petits poissons et les insectes que la mer abandonne en se retirant, regagnent la terre à la marée montante. Enfin, il est reconnu que la plupart des oiseaux nageurs quittent régulièrement la mer tous les soirs pour . gagner ies marais environnants ou les eaux douces du voisinage, et

que , dès la pointe du jour, ils retournent à la mer. Ces manœuvres une fois connues , il suffit de bien se placer sur le passage habituel et l’on peut espérer une chasse abondante» (Dict. des chasses).

‘Les canards sont si sauvages et si défiants que, pour les tuer,

le fusil n’est souvent qu'un accessoire ; il faut ruser et bien connaître leurs habitudes et leurs besoins suivant la saison, le vent régnant, la température etc.

Je ne parlerai point des divers piéges qu’on peut tendre aux canards, et qui permettent d'en prendre en grand nombre; nous ne nous adressons qu'à des chasseurs.

« Dès les premiers vents doux, vers la fin de février, les mâles commencent à rechercher les femelles, et quelquefois ils se les disputent par des combats. La pariade dure environ trois semaines. Le mâle paraît s'occuper du choix d’un lieu propre à placer le nid. Il l’indique en s’y couchant à la femelle, qui l’agrée et s’en met en possession : c’est ordinairement une touffe épaisse de jones, élevée et isolée au milieu d’un marais. La femelle perce cette touffe, s’y enfonce , et l’arrange en forme de nid en rabattant les brins de joncs qui la gênent. Mais quoique la cane sauvage, comme les autres oiseaux aquatiques, place de préférence sa nichée près des eaux, on ne laisse pas d’en trouver quelques nids dans les bruyères assez éloignées, ou dans les champs, et même les forêts sur des chênes tronqués, et dans les vieux nids abandonnés. :

«On trouve ordinairement dans chaque nid dix à quinze et quelquefois jusqu'à dix-huit œufs, d’un blanc verdâtre. Chaque fois que la femelle quitte ses œufs, même pour peu de temps, elle les enveloppe dans le duvet qu’elle s’est arraché pour en garnir son nid. Jamais elle ne s’y rend au vol; elle se pose à une distance d'environ cent pas, et pour y arriver elle marche avec défiance, en observant s’il n’y a point d’ennemis ; mais lorsqu'une fois elle est tapie sur ses œufs, l'approche même d’un homme ne les lui fait pas quitter. |

«Le mâle ne remplace pas la femelle dans le soin de l’incubation, seulement il se tient à peu de distance d'elle; il l’accompagne lors-

qu'elle va chercher sa nourriture, et la défend de la persécution des autres mâles. L'incubation dure trente jours. Tous les petits naissent dans la même journée, et dès le lendemain la mère descend du nid et les appelle à l’eau. Timides ou frileux, ils hésitent d’abord, et même quelques-uns se retirent; néanmoins le plus hardi s’élance après la mère, et bientôt les autres la suivent. Une fois sortis du nid, ils n’y rentrent plus; ét quand ce nid se trouve loin de l’eau ou qu'il est trop élevé, le père et la mère saisissent les petits avec leur bec, et les transportent l’un après l’autre sur l’eau ; le soir, la mère les rallie et les retire dans les roseaux, où elle les réchauffe sous ses ailes pendant la nuit; pendant la journée, ils guettent, à la surface de l’eau et sur les herbes, les moucherons et autres menus insectes qui font leur première nourriture ; on les voit nager, plonger et faire mille évolutions sur l’eau avec autant de vivacité que de grâce.

« La nature, en fortifiant d’abord en eux les muscles nécessaires à la natation , semble négliger, pendant quelque temps, la formation ou du moins l'accroissement de leurs ailes. Ces parties restent près de six semaines courtes et informes : le jeune canard a déjà pris plus de la moitié de son développement, il est déjà emplumé sous le ventre et le long du dos avant que les pennes des ailes commencent à paraître, et ce n’est guère qu'à trois mois qu'il peu s’essayer à voler.

« Le bec du canard est large , épais, dentelé sur les bords, garni intérieurement d’une espèce de palais charnu, rempli d’une langue épaisse, et terminé à sa pointe par un onglet corné de substance plus dure que le reste du bec. Tous ces oiseaux ont aussi la queue très-courte, les jambes placées fort en arrière et presque engagées dans l’abdomen. De cette position des jambes résulte la difficulté de marcher et de garder l'équilibre sur terre; ce qui leur donne des mouvements mal dirigés, une démarche chancelante, un air lourd qu'on prend pour de la stupidité, tandis qu’il faut recon-

naître au contraire, par la facilité de leurs mouvements dans l’eau, la force , la finesse et même la subtilité de leur instinct » (Buffon).

Les canards sauvages sont de passage en France dès le commencement de l’hiver. Chassés des régions septentrionales par les glaces qui couvrent promptement les eaux, ils se dirigent vers des pays moins froids, où ils rencontrent de l’eau qui leur permet de jouir du genre de vie qui leur est propre. Mais ils n’attendent pas les grands froids pour commencer leur voyage; ils semblent prévoir la rigueur de la saison, et partent avant les fortes gelées : aussi dans nos pays, lorsqu'on voit des bandes de canards en automne, dit-on habituellement que l'hiver sera rigoureux.

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CANARD TADORNE.

(Anas tadorna. LiNNÉ.)

Ce bel oiseau est un peu plus grand que le canard sauvage commun, et son plumage remarquable est formé par grandes masses de trois couleurs , le blanc, le noir et le jaune-cannelle. « La tête et le cou , jusqu'à la moitié de sa longueur, sont d’un noir lustré de vert; le bas du cou est entouré d'un collier blanc; au-dessous est une large zone jaune-cannelle qui couvre la poitrine et forme une bandelette sur le des ; cette même couleur, souvent un peu plus foncée, teint le bas-ventre. Au-dessus de l’aile, de chaque côté du dos, règne une bande noire sur un fond blanc; les grandes et les moyennes pennes de l’aile sont noires ; les petites ont le même fond de couleur, mais elles sont luisantes et lustrées de vert; les trois pennes voisines du corps ont leur bord extérieur d’un jaune-cannelle et l’intérieur blanc; les grandes couvertures sont noires et les petites sont blanches. Le bec est arqué, relevé et d’un rouge sanguin ; il porte à la partie supérieure de sa base un tubercule de même couleur; cette sorte de protubérance charnue ne paraît que dans la saison des amours. Le tour des narines et l'onglet de l’extrémité du bec sont noirs. Les pieds sont d’un rouge pâle.

La femelle est plus petite que le mâle, auquel elle ressemble d’ailleurs; ses couleurs sont un peu plus ternes, et le plastron Jaune-cannelle est plus étroit.

Les tadornes ont reçu le nom de canards de mer, parce qu’ils semblent préférer les bords de la mer; et en Angleterre, ils sont connus sous celui de burrough-duck (canard-lapin), à cause de

l'habitude qu'ils ont de rechercher les terriers pour y déposer leurs œufs et élever leurs petits. |

«Le printemps, dit M. Baillon, nous amène les tadornes en Picardie, mais toujours en petit nombre. Dès qu'ils sont arrivés, ils se répandent dans les plaines de sable dont les terres voisines de la mer sont ici couvertes; on voit chaque couple errer dans les garennes qui y sont répandues, et y chercher un logement dans les terriers de lapins. Il y à vraisemblablement beaucoup de choix dans cette espèce de demeure, car ils entrent dans une centaine avant d’en trouver une qui leur convienne. On a remarqué qu'ils ne s’attachent qu'aux terriers qui ont au plus une toise et demie de profondeur, sont percés en montant, et ont l'ouverture exposée au midi. — Les lapins cèdent la place à ces nouveaux hôtes et n'y rentrent plus.

«Les tadornes ne préparent aucun nid dans ces terriers : la femelle pond ses premiers œufs sur le sable nu, et, lorsqu'elle est à la fin de sa ponte, elle les enveloppe de duvet dont elle se dépouille. |

«Pendant tout le temps de l’incubation, qui est de trente jours, le mâle reste assidûment sur une dune voisine, et ne s'éloigne que pour aller deux ou trois fois le jour chercher sa nourriture à la mer. Le matin et le soir, la femelle quitte ses œufs pour le même besoin ; alors le mâle entre dans le terrier, et lorsque la femelle revient, il retourne sur la dune.

« Au printemps, dès qu’on aperçoit un tadorne ainsi en vedette, on est assuré d’en trouver le nid; il suflit pour cela d’attendre l'heure où il va au terrier. Si, cependant, il s'aperçoit qu’on le guette, il s’envole du côté opposé, et va attendre la femelle à la mer. En revenant, ils volent longtemps au-dessus de la garenne, jusqu’à ce que ceux qui les inquiètent se soient retirés.

«Dès le lendemain de l’éclosion, le père et la mère conduisent les petits à la mer, et ils ne paraissent plus à terre. Il est diflicile

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de concevoir comment ces oiseaux peuvent, dès les premiers jours de leurs naissance, supporter l'agitation des vagues.

Si quelque chasseur rencontre la couvée dans son voyage, le père et la mère s’envolent; celle-ci affecte de culbuter et de tomber à une centaine de pas de là; elle se traine sur le ventre en frappant la terre de ses ailes, et, par cette ruse, attire vers elle le chasseur; les petits demeurent immobiles jusqu’au retour de leurs conducteurs , et on peut, si on réussit à les trouver, les prendre tous, sans qu'aucun fasse un pas pour fuir.

« J'ai été témoin oculaire de tous ces faits ; j'ai déniché et vu dénicher plusieurs fois des œufs de tadornes, et ces œufs, placés sous une cane domestique , ont donné des petits qu'on a élevés en basse-cour; mais ces derniers, devenus adultes, se reproduisent très-diflicilement » (Baillon).

Les tadornes vivent par paires et non en bandes, comme les autres canards; le mâle et la femelle ne se quittent point, et on les aperçoit toujours ensemble, soit à terre, soit sur l'eau. Il est à remarquer que la mue ne fait pas perdre à ces oiseaux le beau plumage qui les distingue; ils le conservent en toute saison.

Les tadornes se trouvent sur les côtes de France, même sur

celles de la Méditerranée.

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