‹ Ornithologie du PérouChapitre 9 sur 288 · PE ET · texte numérisé non relu

PE ET

Tumbez, éloignée en ligne droite de 6 kilomètres de lembouchure, est siluée sur une couche de limon rhizophorique, couverte d’une couche superficielle d'argile, de 10 pieds d'épaisseur. Cette couche visible pendant les eaux basses, ne possède pas de débris de coquilles. Au contraire, à 2 kilomètres plus près de l’embouchure, le lHimon rhizophorique est rempli de coquilles d'espèces communes qu’on trouve dans la vase rhizophorique. Il est donc évident que le bord de l'Océan venait, dans des temps peu reculés, au pied des collines qui entourent la ville actuelle. Comme ce serait sortir de mon sujet que de chercher l’explication de cet accroissement du terrain, je me borne à constater le fait.

Le limon rhizophorique est très caractéristique, facile à distinguer de tous les autres. Il me paraît qu’il est surtout formé par la décomposition des substances animales mêlées au limon ordinaire du fleuve. Ce dernier est plus ou moins roussâtre, tandis que le rhizophorique est de la couleur du schiste.

En voyant ces myriades d'animaux inférieurs sur ces plages rhizophoriques, on conçoit qu'il n’y manque pas de matériaux pour la formation du limon. Des milliers d'oiseaux, occupés sans cesse à dévorer ces êtres, y laissent sans doute une grande partie de leurs téguments. Pendant les grandes inondations du fleuve, qui couvrent pour longtemps la plage d'une épaisse couche d’eau, il doit y périr beaucoup de ces animaux; du reste la mortalité naturelle dans cette foule innombrable produit des matériaux abondants de décomposition. Ainsi se forme ce limon caraclérisé par une grande proportion de matières organiques.

À cause de la légère inclinaison des plages rhizophoriques vers l’eau, leur envahissement par le flux varie dans les différentes périodes du mois. Tandis que les grands débordements, pendant la pleine et la nouvelle lune, couvrent presque toutes les plages et les îles rhizophoriques, dans les autres périodes lunaires une partie de ces lieux n’est pas atteinte. Îl en résulte que pour les échassiers les deux dernières époques sont les plus favorables, tandis que les deux premières les obligent à jeûner pendant une grande partie de la journée. Le maximum el le minimum de la nourriture ne dépendent donc pas des saisons de l'année, mais des périodes lunaires; d’où l’on peut présumer que la période de la nidification, qui a lieu ordinairement dans la saison des pluies, ne peut être ici aussi régulière et doit se faire plutôt durant toute l’année. En effet, on nous apportait des œufs dans les différentes saisons; J'ai cependant des données qui me font supposer que les oiseaux y évitent

pour nicher les mois de mars, avril et mai, à cause des grands débordements du fleuve qui les obligent souvent à abandonner la contrée pour un certain temps.

Autant que je sais de la relation de M. Jelski, les mangliers de la Guyane possèdent leur faune spéciale, ce qui est bien naturel; car ils constituent des forêts assez vastes, capables de nourrir un grand nombre d'insectes qui, à leur tour, servent de pâture aux différents oiseaux. Je ne mets pas en doute que les mangliers de Tumbez parviendront avec le temps à un état pareil; mais actuellement on ne peut y compter qu’un petit nombre d’espèces caractéristiques pour la localité, comme Den droæca aureola, Quiscalus assimilis, Urubitinga schistacea et Rallus cypereti.

La Dendroæca aureola mérite une remarque spéciale. Cet oiseau est connu aux iles Gallopagos, où, comme on le sait, il n’y a pas de rhizophores, tandis que l’oiseau des environs de Tumbez est attaché à tel point aux mangliers qu’on ne le rencontre jamais à une distance de quelques centaines de pas hors de ces fourrés. Il place souvent son nid sur les mimoses voisines des rhizophores. Si l’oiseau de Tumbez est identique, comme on le croit, à celui de Gallopagos, on peut supposer qu’en s’aventurant dans les îles, il a été obligé de changer ses habitudes, ou que les mangliers de Tumbez, jeunes encore, commencent à se former une faune, dont la D. aureola est un des premiers représentants, tandis qu’elle était autrefois propre aux localités arides de Ja côte,

Des trois autres oiseaux cités plus haut, le Quiscalus assimilis et l’'Urubitinga schistacea se tiennent constamment dans les mangliers, où ils se nourrissent exclusivement de crabes et autres crustacés. Le Rallus cypereti caractérise les lieux couverts de souchets, et jamais je ne l'ai vu ailleurs.

-Jugeant sur des apparences, on pourrait prétendre que la Penelope albipennis est particulière aux mangliers, où elle se tient constamment dans les environs de Tumbez. J'étais aussi de cette opinion, et ce n’est qu'après examen de la question que j'ai compris qu'elle se tient obstinément dans les fourrés des rhizophores pour se garantir de la persécution continuelle des habitants. La vallée du fleuve ne possède pas d'autre fourré assez épais pour que l’homme ne puisse y pénétrer, et ce n’est que les mangliers qui lui procurent un abri sûr. Les Pénélopes y restent toute la journée, et ne les quittent qu’au lever et au coucher du soleil pour visiter les brouseailles des mimoses et des algarrobes,

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où elles trouvent une nourriture qui leur manque dans les mangliers. La pénélope en question se trouve aussi dans les vallées de Lambayeque et de Zaña, où il n’y a point de rhizophores.

Les oiseaux communs dans le delta, quoique non particuliers à ce type, sont : Pandion haliætos, Ardea candidissima, Ardea cærulea, Nycticorax violaceus, Ibis alba, Porzana carolina, Macrorhamphus griseus, Symphemia semipalmata, Limosa fedoa, Numenius hudsonicus. Plus rares : Platalea ajaja, Tantalus loculator, Phœnicopterus ignipalliatus. Quant à l’JZbis alba, elle me paraît être particulière aux rhizophores et ne se montre ailleurs qu’accidentellement. Elle y est si commune qu’il est impossible de supposer qu elle n’y soit que de passage.

Voyant ordinairement tous ces oiseaux rassemblés sur les plages, on pourrait croire qu’ils sont des plus sociables. La vérité est qu'aucun intérêt sérieux ne les lie, comme cela a lieu dans les bandes vagabondes forestières ; lappât commun les réunit comme la charogne attire les vautours et les cathartes.

Tous les oiseaux des plages rhizophoriques sont obligés de conformer leur existence selon le flux et le reflux de la mer. Il n'est donc pas étonnant qu’à certaines époques les oiseaux diurnes deviennent nocturnes, surtout lorsque les grands débordements inondent les plages pendant la plus grande partie du jour. Cest alors que les oiseaux ayant jeüné dans là journée se récompensent pendant la nuit du temps perdu, tandis que dans la saison des petits débordements ils se perchent le soir sur les rhizophores voisins pour se livrer au sommeil.

Il — Sierra (1)

Le nom de sierra est appliqué au Pérou aux plateaux élevés des Cordillères dépourvus de forêts, compris à peu près entre 6,000 et 9,000 pieds d'altitude. Ces altitudes indiquent les limites réelles de la sierra typique, mais il faut y ajouter encore les vallées serranes chaudes, qui, maloré leur position au-dessous de l’altitude inférieure de la sierra, ont plutôt un caractère semblable à celui de la côte; elles sont soumises

(1) Sierra, scie des Espagnols, est appliqué en Espagne aux chaînes des montagnes. Au Pérou on l’emploie pour indiquer la partie des Andes non boisée, renfermée entre 6,000 et 9,000 pieds d'altitude.

aux mêmes influences des saisons que la sierra typique. C’est ici que prend place aussi en partie ce sous-type transitoire que les Péruviens distinguent sous le nom de cabacera de la costa, ce qui veut dire tête de la côte. C’est la région renfermée entre 5,000 et 6,000 pieds, el qui constitue le trait d'union entre la côte et la sierra.

La sierra diffère considérablement de la côte sous le rapport météorologique. Les époques sèche et humide y sont parfaitement distinctes; quoique il y ait aussi des exceptions. Ordinairement, depuis le mois de mai, la saison sèche se prolonge jusqu’en octobre; mais quelquefois il pleut encore en mai tandis qu’octobre est sec. La saison humide a lieu habituellement depuis novembre jusqu’en avril inclusivement, quoique dans presque tout le Pérou septentrional le mois de décembre et quelquefois aussi le commencement de janvier soient marqués par le manque de pluie. Les Péruviens désignent cette période par verano de nino (1), ce qui veut dire été de l'enfant.

La saison sèche ou verano des Péruviens est caractérisée par une orande sécheresse d’autant plus pénible que la raréfaction de Pair à cette altitude produit une forte évaporation. Cette époque se distingue par des vents arrivant du Pacifique. Ces vents sont si forts dans certains endroits qu’ils poussent les moutons dans les précipices. Comme ceux de la côte, ils commencent vers 10 heures du matin, atteignent leur maximum vers 4 heures de l’après-midi et s’affablissent graduellement vers le soir.

La nuit est ordinairement tranquille; souvent de longues semaines et des mois se passent sans une goutte d’eau; la végétation se couvre de poussière, mais sans perdre ses feuilles. C’est l’époque la plus favorable pour voyager, les routes sont sèches, mais le manque de nourriture pour les bêtes se fait sentir.

Il commence à pleuvoir en septembre ou en octobre ; en novembre, il pleut le plus souvent. En décembre et souvent pendant une partie de janvier, le beau temps dure quelques semaines de suite, puis commence la saison des pluies continuelles qui se prolongent jusqu’aux premiers jours de mai. Le mois d’avril est considéré comme le plus pluvieux, d’où vient le proverbe : En abril aguas mil (en avril un millier d’eau);

(1) Verano, en espagnol été, est employé généralement au Pérou pour désigner la belle saison. Plusieurs journées belles de suite s’appellent aussi verano.

il me paraît cependant que c’est le mois de mars qui donne le plus de pluie, et qu’en avril les pluies cessent souvent.

La distribution des pluies aux différentes heures de la journée est assez régulière. Presque toujours le matin est serein, et ce n’est que vers deux heures que des nuages épais commencent à se grouper; l’orage survient et passe, et le beau temps succède. La nuit, 11 pleut très rarement dans cette région, si ce n’est lorsque la pluie se prolonge pendant une série de quatre jours sans intervalle, et quelquefois même pendant une semaine. Ces cas sont rares. Les orages accompagnés de phénomènes électriques ont lieu ordinairement l'après-midi ou au coucher du soleil. La nuit, un tel orage est exceptionnel; je n’ai remarqué que deux cas pareils. Jamais, dans la sierra, Je n’ai vu d'orage avant midi.

Les pluies serranes sont en général courtes, mais très abondantes et accompagnées pour la plupart de phénomènes éleciriques très forts. L’eau tombe à torrents, transformant les routes en ruisseaux, les ruisseaux en rivières qu'il est impossible de traverser. Souvent un pareil orage se termine en une heure; mais quelquefois la pluie ne cesse de tomber tout le reste de la journée, jusqu’au coucher du soleil.

Beaucoup de localités de la sierra sont exposées à des brouillards périodiques de longue durée. Ces brouillards, qui se présentent de loin comme des nuages très foncés, absorbent à tel point les rayons solaires, que les habitants sont forcés d’éclairer leurs maisons pendant toute la journée. À Llama, bourgade située au bord d’une petite rivière, tributaire du Rio de Lambayeque, le brouillard était si épais qu’une troupe de perroquets (Conurus erylhrogenys) égarée finit par tomber dans une maison. Cette localité, où les brouillards sont continuels et se succèdent à de courts intervalles depuis novembre jusqu’en mars, est située dans la région nommée cabacera de la costa.

En général, le climat de la sierra est plus sec dans la chaîne occidentale des Cordillères que dans la chaîne orientale, ce qui est facile à expliquer par le voisinage de la côte sèche dans la première et de forêts humides et chaudes dans le versant oriental de la chaîne. Dans la sierra orientale j'ai eu l’occasion d’observer un phénomène curieux, connu des habitants sous le nom de cordonazo de san Francisco, survenant constamment entre le 4er et le 4 octobre. C’est un orage très violent, qui

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a eu lieu, en 1879, le {er octobre, et l’année suivante, le 4 de ce mois, c'est-à-dire le jour même de Saint-François. Il est presque toujours accompagné d’une forte grêle et de magnifiques phénomènes électriques ; il cause souvent de grands ravages; les ruisseaux débordés dévastent les champs, renversent les maisons, emportent les ponts et encombrent les routes.

Il est superflu d'ajouter que la sierra, occupant des hauteurs différentes au-dessus de l'Océan, doit présenter différentes conditions climatériques. Dans la région la plus typique, comprise entre 8,000 et 9,000 pieds, le climat est très doux et sain. La chaleur ne se fait sentir dans la journée qu'à l'exposition directe aux rayons solaires, qui brülent au lieu de chauffer. Au contraire, à l’ombre, une fraicheur agréable règne toute la journée. Dans les belles nuits, la température descend souvent audessous de 0, ce qui occasionne une gelée blanche, funeste aux récoltes. Dans la saison humide, les changements de température ne sont pas aussi marqués et les nuits sont beaucoup plus chaudes.

Dans le type de la sierra, je comprends deux subdivisions très importantes : la Sierra proprement dite et la vallée du Maranon. Comme transition entre ces deux sous-types, je donnerai une courte description caractéristique de la vallée serrane chaude qu’un des habitants d'Huayabamba m'a désignée sous un nom parfaitement choisi, temple (1) en barranco, bien qu'il soit préférable de lui conserver sa dénomination

générale de quichua.

Sierra typique. — Région occupée en grande partie par la culture, où les pommes de terre donnent d'excellentes récoltes, surtout entre 7,000 et 9,000 pieds d’altitude. En outre la sierra est non boisée, à surface inégale, couverte en partie de gazon et en partie de broussailles basses; souvent on y rencontre des rochers dénudés el des surfaces considérables encombrées plus ou moins de tas de pierres, parsemés de buissons peu élevés. Le sol y est argileux, jaune, d’un beau rouge, ou blanc ; les contrées en général peu pittoresques, à cause de la faiblesse de la végétation.

Les vallées et les ravins sont plus vivifiés ; au fond coule un ruisseau à eau blanchâtre ou d’un brun foncé, qui porte la vie comme partout

(1) Les Péruviens appliquent le nom temple aux lieux chauds, où on cultive les bananes et le riz ; barranco signifie en espagnol ravin.

ailleurs. La végétation y est plus riche, composée d’aulnes peu élevés au milieu d’un fourré de framboisiers. Les belles fleurs de la Tacksonia ou du Solanum ornent le paysage de leurs brillantes couleurs; il y a aussi plus d’oiseaux.

Dans les contrées plus élevées de la sierra typique on rencontre souvent des surfaces assez planes, couvertes d’un beau gazon, qui se trouve ordinairement sur les crêtes d’une chaïne formant la séparation des deux systèmes d’eaux, ou dans une vallée enfermée de tous côtés parles hautes montagnes, plane comme une table, et qui parait être le fond d'un ancien lac. Une pareille vallée est ordinairement traversée par un ruisseau ou une rivière qui se perd sous un des rochers de son entourage. De semblables issues semblent être faites de main d'homme.

Cutervo présente le type d’une pareille vallée serrane. Cette vallée, longue de 2 kilomètres sur un quart de kilomètre de largeur, constitue une plaine parfaite, légèrement élevée dans sa partie orientale ou supérieure. Le long de la vallée et au milieu coule un petit ruisseau sinueux, commençant dans la forêt voisine, à lit en partie couvert d’une plante nommée unigan ou cyperus. La vallée est employée actuellement en grande partie à la culture et couverte d’un beau gazon. Les pentes des collines peu élevées de son entourage sont composées d’une argile jaunâtre ou rougeâtre, couverte en partie de gazon et en partie d'un petit buisson connu des habitants sous le nom de chinchango (Hypericum laricifolium). Gà et là il y a de grands saules péruviens (Salix Humboltui) ou des cerisiers du pays (Cerasus capuli), dont les couronnes épaisses fournissent un abri excellent au duc américain (Bubo magellanicus). Les plaines pareilles, anciens lacs, comme je l'ai dit plus haut, ne doivent pas être confondues avec les vallées proprement dites, traversées par de grands ruisseaux ou des rivières, et présentant un aspect tout à fait différent.

Dans les vallées réelles, les pentes des montagnes environnantes descendent ordinairement jusqu’au bord du lit du cours d’eau, et les petites plaines sont disposées sur les deux bords du ruisseau ou de la rivière, dans les parties comprises entre les courbes du courant et la pente de la montagne. Ces surfaces planes sont couvertes de saules et souvent d’un beau gazon. On y rencontre quelquelois des surfaces plus considérables couvertes de saules, d’aulnes, de fourrés, de framboisiers, etc. — Une vallée pareille a perdu cependant en grande partie

son caractère primitif et ne l’a gardé que sur des espaces peu importants, car le sol y est très productif, et l’homme y a depuis longtemps exterminé tout ce qui lui a été inutile pour y introduire l’utle. Sur les pentes on voit partout des champs cultivés entourés de haies vives de l’agave américaine, formant un échiquier irrégulier.

En ajoutant encore à ce tableau que la sierra typique est variée par des taches de forêts, cette région se présentera comme une hauteur en erande partie non boisée, couverte de gazon ou de buissons peu élevés, variée de ravins à végétation assez épaisse ou de plateaux plus ou moins vastes, formant des vallées au milieu des montagnes. Comme cette région correspond sous le rapport sanitaire et agricole aux exigences de la vie humaine, elle a depuis longtemps attiré la population, et on y rencontre des champs cultivés partout où la culture est possible; et par suite la sierra a perdu en grande partie son caractère particulier.

La sierra, comme type parfaitement distinct des autres, possède de nombreux oiseaux particuliers à cette région, comme : Turdus gigantodes, Turdus chiguanco, Basileuterus nigricristatus, Diglossa brunneiventris, Saltator laticlavius, Pheucticus chrysogaster, Spermophila guituralis, les différents représentants du genre Phrygilus et surtout le Ph. Gayi, Ph. plebejus, Catamenia inornata, Chrysomitris columbianus (au nord), Synallaxis fruticicola, Upucerthia serrana, Ochthæœca leucometopa, Anœretes parulus, Élainea albiceps, Empidonax andinus, Agriornis solitaria, Lesbia gracilis, Loddigesia mirabilis (chaîne orientale), Patagona gigas, Nothoprocta curvirostris, Columba denisea.

D’autres espèces très communes dans la sierra, mais se trouvant aussi dans les autres régions, comme la côte, puna ou montana : Selophaga Bairdi, S. melanocephala, Cyclorhis Contrerasi, Conirostrum cinereum, Zonotrichia pileata, Chrysomitris capitalis, Molothrus purpurascens, Trupialis militaris, Serpophaga cinerea, Pelasophora anais, Metallura smaragdinicollis, Crotophaga sulcirostris, Zenaïda auriculata, Buteo aguia, Strix perlata, Rallus cœæsius, Charadrius resplendens, Scolopax andina, Larus serranus, Anas oxyptera.

Comme sur la côte, on y remarque également l’absence d'oiseaux forestiers; plusieurs familles, comme celles des Trogonides, Rhamphastides, Galbulides, etc., manquent complètement. La représentation la plus nombreuse y est fournie par les Turdides et les Fringillides, ensuite par les Tyrannides et les Trochilides,

Vallée du Marañnon. — La partie de cette vallée, renfermée entre les montagnes depuis à peu près 8 de latitude Sud jusqu’au rapide de Manserriche, présente une contrée très curieuse, semblable à la côte, mais bien différente dans les détails. Le voyageur, après de longs détours dans les montagnes et dans les forêts, où tous les paysages sont différents de ceux de la côte, s’étonne en tombant de nouveau dans une contrée semblable en tout à cette dernière. L'aspect général, les plantes, les oiseaux rappellent cette région, même la grande sécheresse et la rareté des pluies. Cependant, après un examen plus approfondi, on arrive à conclure que cette région n’a que l’apparence de la côte, tandis qu’elle en diffère essentiellement et prend un caractère particulier. Le voisinage des forêts humides du bord de l’Amazone a aussi imprimé son caractère sur la flore et la faune de cette région.

Dans cette vallée on distingue trois étages, bien différents entre eux par la flore et la faune. La partie la plus basse, située au bord du fleuve, est inondée par les débordements plus forts; le sol est limoneux et la végétation plus vigoureuse que dans les deux étages supérieurs. Ce sont, comme d'ordinaire, des plaines disposées des deux côtés du fleuve, entre des courbures, et traversées en partie par des ravins inégaux. Les grands arbres y forment des groupes semblables à des forêts, doublés d’un fourré de lianes et d’autres plantes. Les différents arbres de la famille des Acaciades y sont dominants, comme lalgarrobe, quarango, fayque, ainsi que plusieurs autres, comme calagua où palo blanco. Le quarango forme dans beaucoup d’endroits des bosquets magnifiques avec le sol couvert d’une belle herbe. Dans beaucoup de lieux il y a des agaves différentes de celles de la sierra. Dans la plupart des cas le sol est limoneux ou sablonneux, sans végétation. Toute cette bande peut être nommée bande cultivée; car le sol limoneux produit sans beaucoup de peine des récoltes abondantes de bananes, du riz, du cacao, du tabac, le tout d’excellente qualité.

L’étage suivant paraît être impropre à la culture; c’est une surface assez unie, couverte principalement des buissons de la cullushina, de cactus en forme de candélabres (Cereus) et des bombax les plus singuliers. Cette bande, qu’on peut distinguer sous le nom de la bande de la cullushine , rappelle le mieux les lomas de la côte. Le troisième étage comprend le versant des montagnes environnantes, couvert d’excellentes herbes, donnant à la viande des bœufs une saveur exquise ; le norn le plus convenable pour ce terrain, serait pâturage (pujonal).

Outre les grands ruisseaux, bien approvisionnés toute l’année, le Marañon reçoit une quantité de zonares qui correspondent aux rivières sèches de la côte et qui forment des ravins en travers de la vallée ; leur végétation est un peu plus riche et le fond est garni de sable blanc. L'eau y coule seulement dans la saison des grandes pluies.

Comme je l'ai dit plus haut, la végétation de la vallée du Marañon a le caractère de celle de la côte, mais en diffère spécifiquement. Le voyageur est surtout frappé par l'abondance des épines dont la nature a armé la plus grande partie des plantes. Outre tout le groupe des acacias et des cactus qui sont généralement épineux , 1l y a beaucoup de représentants semblables dans les autres familles; le bombax du Marañon, beaucoup plus petit que celui de la côte et beaucoup plus bizarre, a le tronc garni en entier d’épines. J’y connais un petit buisson dont chaque feuille est terminée par une épine fine et fort aiguë. Les plantes les plus cruelles dans cette catégorie sont les deux suivantes : unigate (Bytineria) et un cactus nommé cajaruru (Opuntia horrida); l’épine de la première, semblable à la griffe du chat (4), d’où vient son nom, accrochée aux habits ou au corps humain tient très fort, surtout quand on essaye de s’en débarrasser en avançant; au contraire 1l faut reculer et détacher avec précaution toutes les branchettes. Le cajaruru possède de grosses épines terminées par un crochet qui, quand il est introduit dans le corps, est presque impossible à retirer.

Le Marañon, large dans cette partie de 150 pas, a un lit sablonneux ou couvert de pierres arrondies, Le courant y est assez fort. Souvent il se partage en deux branches ou plus, formant deux îles plus ou moins considérables. Une de ces îles, située vis-à-vis de Guajango, est longue à peu près d’un kilomètre et couverte de la même végétation que la bande que je viens d'appeler cultivée. Dans la partie septentrionale ou supérieure de l’île, le rivage est sablonneux et couvert d’une multitude d'arbres apportés par la rivière pendant la crue du printemps. Cest le séjour favori de l’Hirundo albiventris.

Le climat de la vallée est très sec, comme on peut s’en convaincre à chaque pas sans hygromètre, tous les objets étant fort desséchés. Pendant les cinq semaines de mon séjour il n’a plu que quelquefois, et toujours peu; une seule fois, la pluie a continué pendant toute la nuit

(1) Ua — ongle; gato = chat.

et la moitié du lendemain; c'était en avril, lorsqu'il pleuvait encore dans la sierra voisine.

J’ai souvent observé que sur les plateaux élevés des deux côtés de la vallée il pleuvait fort, à quelques kilomètres de distance, tandis qu’audessus de la vallée le ciel était pur et le soleil brillant. Quelquefois les nuages des deux côtés se confondent; mais toujours ils restent moins intenses au-dessus de la vallée. Parfois il y a une petite pluie, connue des habitants sous le nom d’aguacero blanco, qui correspond à la garua de la côte; elle ne mouille pas les objets, ou plutôt ils sèchent au fur et à mesure, à cause de la sécheresse de l’atmosphère.

La vallée du Marañon, dans la latitude de la ville de Choros, est l’endroit le plus chaud de tout le territoire péruvien. On cite deux localités pareilles sous le rapport de la chaleur : Bagua dans la vallée de Ja rivière Utcubamba, un des affluents du Marañon, et Chongollape sur la côte, dans la vallée de Lambayeque. Le thermomètre y monte souvent à 330 à l'ombre, ce qu’on peut attribuer à l’étroitesse de la vallée et au manque de la brise Sud-Ouest. Pendant la grande chaleur Pair y est aussi immobile que si l’on était au fond d’une fournaise.

La flore et la faune ont un caractère semblable à celles de la côte, avec un cachet particulier. Un certain nombre d'oiseaux, comme il parait, est venu des bords de lAmazone, tels que le Thamnophilus voisin du Nævius, Dryocopus melanoleucos, Urubitinga meridionalis, Hirundo albiventris, etc.

Les oiseaux propres à la vallée de Marañon sont : Certhiola magnirostris, Placellodomus frontalis, Thaumatias Taczanowskii, Regerrhinus megarrhynchus, Thryothorus Sclateri, Synallaxis marañonica, Turdus marañonicus. Quelques-uns de ces oiseaux sont aussi connus dans d’autres localités, comme Regerrhinus megarrhynchus, mais 1l est si commun, qu’on peut considérer cet endroit comme le centre de sa distribution géographique, ou peut-être même sa patrie. On peut dire la même chose de plusieurs autres espèces, comme le Turdus marañonicus et le Thryothorus Sclateri, rencontrées dans les vallées des affluents du Marañon.

Les oiseaux très caractéristiques de la vallée du Marañon, mais se trouvant aussi dans les autres régions sont : Callopsaris albogriseus, Coryphospingus cucullatus, Saltator albicollis/Pyrocephalus rubineus, Vireosylvia erythrophthalma, Strix torquata, Campephilus melanoleucus, Coccyzus erythrophthalmus, Crotophaga sulcirostris, Primolius

militaris, Polioptila Buffoni. Parmi les plus rares de la vallée je citerai Chloronerpes callonotus, Synallaxis stictothoraæx.

La comparaison de la faune et de la flore du Marañon nous a présenté une grande ressemblance ou la communauté du type. La pauvreté en Fringillidés sur le Marañon frappe cependant au premier abord; à part le Coryphospingus cucullatus, je ne pourrais en citer aucun autre, tandis que les environs de Tumbez en fournissent huit espèces. Cette pauvreté est d'autant plus étonnante qu'il n’y manque pas de graminées.

En revanche la famille des Falconidés est aussi riche que sur la côte en nombre d'espèces et en individus, ce qu’on peut attribuer en partie à l'abondance des lézards et des grenouilles dont se nourrissent plusieurs rapaces indolents, et à la richesse en Bulimus qui constitue la nourriture principale du Cymindis megarrhynchus, très commun dans la contrée. Cette région possède aussi un pénélopide que je n’ai pas pu voir, mais qui d’après ce qu’on m’a rapporté paraît être un pipile.

Quichua. — Non appliqué dans le Pérou septentrional au terrain transitoire entre la sierra et la vallée très chaude, ce qu’on peut désigner d'une manière plus claire en disant que ce sont des vallées chaudes où prospère la canne à sucre, mais pas assez chaudes pour qu’on puisse y cultiver le riz et le cacao. La dénomination n’est pas précise, les habitants l’appliquent à des localités différentes, sans tenir compte qu’elles soient boiseuses ou non, pourvu qu’elles soient plus chaudes que la sierra typique et plus fraiches que les temple ou localités les plus chaudes. Malgré cela, je préfère adopter plutôt que de chercher des noms nouveaux pour toutes les vallées non boisées renfermées entre les limites de 4,000 à 6,000 pieds au-dessus de la mer. La vallée de la rivière Chota, dans la latitude de la colonie Callacate (4,800 pieds) nous servira de type. Le quichua possède les caractères des terrains transitoires ; il à beaucoup du type de la côte et il ne manque pas des particularités serranes. Ordinairement c’est un ravin profond, bordé des deux côtés de montagnes abruptes. Le fond est parcouru par un ruisseau considérable sur un lit de gros rochers entassés, à bords présentant de petites plaines disposées alternativement sur les deux côtés du ruisseau. La végélation y est composée de différents acaciadés mélangés avec des arbres de guavo (Juga), ou de chirimoya (Anona cherimolia), ce dernier particulier à cette région (entre 4,000 et 6,000 pieds). Les saules et les roseaux complètent la végétation aux bords du ruisseau.

L’étage supérieur de la vallée, employé actuellement en grande majorité à la culture, est couvert de buissons moins grands de mimoses et d’acacias ou de chirimoya entre lesquels s'élèvent d’assez nombreux cactus laineux (Philocercus) particuliers à la région. Les versants des montagnes sont couverts d’une herbe rare ou de buissons de lloque (Columellia obovata) à feuilles étroites d’une belle couleur verte. Une pareille vallée fait de loin l'effet de la vallée du Marañon en miniature, mais plus étroite, ce qui fait que les montagnes environnantes ont Pair d’être plus hautes et l'horizon plus restreint. La végétation est bien différente.

L’humidité y est plus forte que sur le Marañon, les pluies plus fréquentes, ce qui est facile à comprendre, car une vallée pareille, étroite, courant entre les montagnes, est exposée à toutes les variations météorologiques de la sierra voisine. Les saisons de l’année correspondent entièrement à celles de la sierra, et les pluies fréquentes souvent très fortes avec des phénomènes électriques ont lieu depuis janvier jusqu’en mai ; octobre et novembre sont aussi ordinairement humides.

Les régions nommées cabacera de la costa correspondent en entier au type quichua avec cette différence que les premières sont situées du côté occidental, les dernières du côté oriental de la chaîne occidentale des Cordillères; tandis que la cabucera de la costa devient insensiblement vallée côtière ou colline (lomas), le quichua finit là où commence la région correspondante à la vallée du Marañon, les différences entre les deux sous-types étant plus ou moins équivalentes à celles de la côte et de la vallée de ce fleuve.

Le quichua présente dans sa faune le même caractère mélangé que dans toutes les autres conditions. Comme il y a ordinairement une forêt dans le voisinage, nous y trouvons souvent le mélange de trois faunes. Cette région possède quelques espèces particulières ou y ayant leur centre de dispersion, telles sont : Basileuterus trifasciatus, Arremon nigriceps, Phaëtornis griseogularis, Myrtis Fanny, Contopus punensis, Diplopterus nœvius, Chrysoptilus atricollis et Leptoptila Verreaxi. Je n’ai rencontré les trois premières que dans la région quichua; les suivantes, bien qu’elles se trouvent aussi dans les autres terrains, sont ici dans les conditions les plus normales.

Nous y trouvons des espèces de la côte : Saltator albicollis, Icterus mesomelas, Molothrus purpurascens, Thamnophilus albonuchalis, Euscarthmus fulviceps, Myiobius crypterythrus, Pyrocephalus rubis

neus, Amazilia leucophæa, Crotophaga sulcirostris, Psittacula cœlestis, Columbula cruziana. La région possède aussi plusieurs formes remplaçant celles de la côte et principalement le Campylorhynchus fasciatus au lieu du GC. balteatus; la Polioptila nigriceps au lieu de la P. albilora; Certhiola magnirostris au lieu de la C. peruana; Ornithion imberbe au lieu de l'O. pusillum. Elle possède aussi quelques espèces propres à la vallée du Marañon, comme: Placellodomus frontalis, Uranomitra cyaneicollis, Thaumatias Taczanowskii, Thryothorus Sclateri et Turdus marañonicus.

Les espèces serranes suivantes sont aussi propres à cette région : Tanagra Darvini, Pheucticus chrysogaster, Spermophila gutturalis, Chrysomitris columbianus, Grallaria albilora, Petasophora anaïs, Panoplites Mathewsi, Chæœtocercus bombus, Conurus mitratus.

Parmi les oiseaux forestiers et propres à cette région, je cite : Fuphonia serrirostris, Euphonia nigricollis, Nemosia inornata, Buarremon assimilis, Conothraupis speculigera, Myiarchus nigriceps, Florisuga mellivora, Chloronerpes fumigatus.

Il me reste encore à faire remarquer que dans le quichua du Pérou septentrional on retrouve plusieurs espèces particulières à la côte du Pérou central (environs de Lima). Telles sont : Spermophila simplex, Conurus aurifrons et Volatinia jacarina, toutes les trois manquant complètement à la côte du Pérou septentrional, depuis 7° de latitude Sud.

Toutes ces listes nous démontrent évidemment que quoique la vallée serrane présente un mélange presque dans la même proportion de trois ou quatre faunes différentes, le caractère de la côte y prédomine. En comparant les oiseaux de la vallée du Marañon avec ceux de la valiée serrane, nous constaterons parmi les premiers l’absence de beaucoup d'espèces qui ont pénétré dans la région quichua de la sierra et de la forêt voisine. Il y manque aussi beaucoup d'espèces très communes dans la vallée du Marañon, comme : Coryphospingus cucullatus, Strix torquata, Urubitinga meridionalis, Regerrhinus megarrhynchus, Campephilus melanoleucus, Coccyzus erythrophthalmus, Primolius mihtaris, Chloronerpes callonotus et autres.

Comme le quichua devient vers le haut sierra et en bas vallée chaude, il est évident qu’à mesure que nous monterons ou descendrons, nous commencerons à rencontrer les espèces serranes ou celles du Marañon. Pour caractériser ce type j'ai choisi l'altitude de 5,000 pieds, non seu--

lement parce que j'ai exploré principalement cette région, mais plus encore parce que c’est une altitude intermédiaire entre la sierra et la vallée chaude du Marañon. La comparaison de la proportion des espèces du Marañon avec la proportion de celles de la forêt serrane nous donnera des nombres très voisins.

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