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OBSERVATIONS. — Dans la première description du mâle adulte, Bourcier a pris les tectrices allongées pour les rectrices médianes, et comme il a dit que la queue est à quatre rectrices, il est évident qu’il n’a pas aperçu les rectrices médianes cachées dans les tectrices, ou peut-être elles manquaïent à cet exemplaire. Mulsant considère ces tectrices comme rectrices submédianes.
Cet oiseau-mouche habite les environs de Chachapoyas, chef-lieu du département des Amazonas, dans le Pérou septentrional, et paraît être localisé dans le bassin de l’Utcubamba, petite rivière de la rive droite du système du Marañon. Quant à sa distribution oréographique, on ne le trouve qu'à une altitude comprise entre 7,500 et 9,000 pieds d'altitude au-dessus du niveau de l’Océan.
La contrée est dépourvue de grandes forêts et ce n’est que dans sa partie méridionale que se trouve la montana de Puma-Urcu, qui, comme on le dit, communique avec les forêts d’'Huayabamba, c’est-à-dire la masse principale des forèts du Pérou septentrional, Le reste de la contrée, habité par la ZLoddigesiæ, est couvert de champs
cultivés, de pâturages ou de broussailles, où il y à un système de petites vallées et des gorges à végétation un peu plus riche, et contenant çà et là des bosquets de grands arbres, probablement restes des anciennes forêts, La majeure partie de ces lieux est couverte de fourrés presque impénétrables, composés d’une plante épineuse nommée zarza (framboïse péruvienne), entremêlée çà et là d’aulnes. C’est dans ces fourrés qu’aime à habiter la Loddigesia, et paraît éviter les grandes forêts dépourvues des fleurs, nécessaires à sa subsistance.
I1 paraît qu’une belle Astromeria, à couleur rouge, est sa fleur favorite, au moins on peut être sûr que là où se trouve cette fleur on rencontrera notre oiseau. Cette plante fleurit depuis le mois d’août jusqu’à la fin de novembre. Comme cette fleur n’est pas visitée par la Zesbia gracilis, persécutrice principale de notre oïseau, la Loddigesia peut s’en servir à son aise. Elle aime aussi à visiter les fleurs d’un framboisier épineux et d’un certain arbre nommé par les indigènes éola (probablement une espèce de myrte). On rencontre aussi quelquefois la femelle sur les petites fleurs violettes d’une espèce de piment connu dans la contrée sous le nom d’aji.
On re peut pas dire que ce colibri soit commun, au contraire on peut prétendre qu’il est peu nombreux ; les mâles adultes paraissent être beaucoup plus rares que les femelles et les jeunes mâles.
Du matin au soir ces oiseaux sont en mouvement continuel. Tandis que les autres oiseaux-mouches paraissent avoir leurs heures de repos, et que quelques-uns d’entre eux s’adonnent alors au chant, on ne voit Jamais la Zoddigesia rester inactive pendant un temps un peu prolongé. Les femelles sont en général moins farouches que les mâles adultes.
Leur vol ne présente aucune différence de celui des autres colibris, maïs ce qu’il y à de surprenant c’est la rapidité incroyable et la précision avec laquelle ils passent à travers les fourrés les plus épais, où ils sont obligés de changer de direction plusieurs fois dans une seconde, pour éviter tous les obstacles qu'ils trouvent à chaque pas sur leur route.
En s’arrêtant aux calices des fleurs, la Zoddigesia balance sa queue de haut en bas, à la manière des Zesbia et des autres oiseaux -mouches. Les deux rectrices latérales du mâle adulte se redressent au vol, à ce point que les deux palettes s’appliqueut mutuellement. Cette opération se produit machinalement ; comme ces rectrices peuvent se tourner jusqu’à un certain point dans leur tube basal, un léger obstacle de l’air suffit à produire une pareille position. On peut s’en convaincre sur les exemplaires immédiatement après leur mort. Ces rectrices restent alors croisées et le point postérieur de ce croisement a lieu tout près de la naissance des palettes.
Le bourdonnement produit par une femelle au vol se distingue facilement, à l’aide d’une certaine expérience, de celui de la Zesbiu gracilis ; il est d’un diapason plus élevé, ce qui s’explique par ses aïles plus courtes. Le mâle dont les ailes sont encore plus courtes que celles de la femelle produit un bourdonnement encore plus élevé, et on peut parvenir à reconnaître par l’ouie la présence du mâle adulte sans le voir.
Une sorte des réunions exécutées par les Loddigesià est un fait le plus intéressant de leurs habitudes. Les observations ont été faites d’abord à Osmal où deux ou trois mâles se réunissaient, puis à Tamiapampa, où cinq jusqu’à huit mâles également non adultes se rassemblaient habituellement pour manœuvrer d’une manière des plus curieuses. Ce dernier endroit ne présentait rien qui puisse attirer ces oïseaux ; c'était un plateau découvert, parsemé de quelques buissons, donnant très peu d'ombre; il n’y avait pas de fleurs et les oiseaux n’y arrivaient que pour exécuter leurs évolutions. |
Deux jeunes mâles s'arrêtent dans l’air un vis-à-vis de l’autre, le corps suspendu verticalement, ouvrant tour à tour leur queue à ce point que les rectrices externes à palettes forment une ligne droite perpendiculaire à l’axe de l'oiseau, et se lancent brusquement tour à tour sur les côtés. Chaque fois que l’oiseau ouvre sa queue on entend un petit son sec semblable au claquement produit par deux ongles d’une main ou au bruit qu'onentend en fermant une montre, Les observations postérieures
de Stolzmann faites sur les Manakins et l’analogie des baguettes dans les rémiges secondaires l’ont conduit à croire que ce sont les chocs mutuels de ces baguettes qui peuvent produire ce son qu’on peut entendre à dix pas de distance. Les deux souscaudales allongées restent alors dans leur position naturelle, comme indépendantes du système des muscles du croupion qui sont fortement développés.
Cette manœuvre se prolonge pendant une vingtaine de secondes. Ordinairement
elle est exécutée par deux jeunes mâles, mais quelquefois, comme il est dit plus haut,
un plus grand nombre y prend part. Presque toujours on entend dans le voisinage la voix de la femelle.
A Tamiapampa il ne se passait pas dix minutes sans que ces manœuvres ne se soient répétées, et ils ont des lieux de prédilection pour ce but. Sur le plateau mentionné plus haut ils avaient un buisson favori; à Osmal il y en avait deux pareils et rarement les oiseaux manœuvraient ailleurs. En se plaçant tranquillement dans le voisinage on pouvait les observer tant qu’on voulait.
Stolzmann à été témoin d’une évolution encore plus bizarre, Un jeune mâle restait suspendu au-dessous d’une branche fine, tandis qu'un autre manœuvrait au-dessus de lui, étalant sa queue et claquant. Les rôles se changeaïent en un clin d’œil, le dernier se suspendait et l’autre prenait son tour.
Il serait curieux de connaître le but de pareilles évolutions. Serait-ce une espèce d'exercice ou d’une rivalité? Mais s’il en était ainsi, pourquoi les mâles adultes paraissent-ils rarement y prendre part, quoique ils y passent souvent? Une seule fois Stolzmann a vu un adulte de loin s’arrêtant devant un jeune.
Les adultes étalant également la queue donneraïient aux rectrices externes une position extraordinaire, les deux palettes se placeraient au-dessus de la tête. L’unique mouvement de la queue observé par Stolzmann était représenté par le dressement en haut, les palettes recouvrent alors la tête et le corps de l’oiseau se penche en avant.
Souvent il est plus facile d’apercevoir les deux palettes que l'oiseau même, et quelquefois on se trompe en tirant, surtout quand l'oiseau est tourné vers le chasseur, et sa poitrine variée se confond facilement avec les objets voisins. Quand l'oiseau vole dans l’ombre, les palettes sont aussi plus faciles à distinguer.
Stolzmann a observé un mâle adulte buvant l’eau d’un ruisseau. Il avait choisi une petite cascade, et on peut prétendre que c’est seulement dans ces dernières qu’il peut apaiser sa soif. Les cascades ne manquent pas dans la contrée habitée par la Loddigesia. C'était avant le coucher du soleil et l'oiseau était observé à trois pas de distance.
La voix d’un jeune mâle et de la femelle est un #si-ési-tsi... rapidement répété. L'oiseau se fait entendre en visitant les fleurs ou pendant ses manœuvres. Posé il garde la tranquillité. La voix du mâle adulte n’a jamais été entendue,
En novembre une femelle ramassait la mousse pour la construction du nid, C'était à l’époque des manœuvres.
Gould prétend que les deux rectrices externes de la Zoddigesia lui servent à se maintenir dans l’air. Ce que nous avons dit sur l’application des deux palettes au vol, paraît contester l'opinion du savant ornithologiste, L’orifice des fleurs de l’A4stromeria est tourné en bas, en suçant donc, l’oiseau-mouche reste suspendu au-dessous de la fleur, les rectrices pliées. Les ailes du mâle ne sont pas relativement si petites pour qu’elles exigent la coopération de la queue ; il y a des colibris à ailes relativement beaucoup moins grandes et volant parfaitement, comme les Acestrures. Une queue rigide paraît être mieux destinée à ce but que les deux rectrices effilées et flexibles, On peut donc prétendre que les plumes maguifiques de la Zoddigesia ne lui servent que d'ornement, comme celles du paon ou d’un oiseau de paradis.