S8 ORNITHOLOGIE
assez attentifs. Nous avons vu l’urubu se baïgner, maïs seulement au temps des amours, sans pouvoir nous expliquer ce qui le fait aimer l’eau à cette époque plutôt qu’à telle autre.
» Il serait facile de faire contracter à cet oiseau les habitudes de la domesticité, mais il est rare que les habitants veuillent s’en donner la peine, d'autant plus qu'ils l’ont en horreur à cause de son odeur forte et nauséabonde. Cependant nous en avons vu de domestiques dans quelques maisons. Azara cite plusieurs urubus qui avaient même de l’attachement pour leurs maîtres et qui répondaient à leur appel. Nous le croyons en tout à cet égard, et nous ajouterons qu’un habitant digne de foi nous a dit qu’un urubu qu'il avait élevé l’aimait au point de l’accompagner partout et devint très triste en voyant son maître tomber malade. Le narrateur ajoutait qu’un jour la chambre où il était couché s'étant ouverte, l'oiseau vola avec empressement auprès du malade pour lui témoigner la joie de le revoir.
» Les Guaranis appliquent la graisse de l’urubu à divers usages médicaux. Ils l’emploient en frictions contre les rhumatismes chroniques. Ils croient aussi guérir les fous de leur folie en leur frottant les épaules de cette graisse » (D’ORBIGNY).
Pour compléter cette excellente caractéristique de l’urubu de l’éminent voyageur, j'ajoute quelques observations de Stolzmann :
€ Plusieurs naturalistes refusent aux oiseaux toute sorte d'intelligence, expliquant toutes leurs actions par un instinct aveugle. Le fait que je vais raconter prouve cependant une certaine combinaison de l’oiseau pour pouvoir profiter d’une circonstance favorable. A Tumbez nous avions promis une récompense pour un tamandua vivant ou mort. Quelques jours après un habitant du voisinage nous prévient qu'il en a pris deux et les à attachés à un arbre, demandant notre aide pour les apporter. Je l’ai donc suivi dans le lieu où il les a déposés. En y arrivant, j'ai trouvé les deux animaux attachés à un buisson de mimose, au milieu d’un entourage d’&rubus qui attendaient tranquillement la mort des victimes. Les deux animaux étaient en pleine santé et n’avaient aucune blessure, cependant les oiseaux ont compris qu'ils devaient finir par mourir.
» M. Jelski avait chez lui deux jeunes à Cutervo. C’étaient des créatures laides et bizarres, à narines continuellement humides. Au commencement ils se tenaient dans un coin, mais dès qu'ils furent apprivoisés ils ne voulaient plus quitter la cheminée, et comme ils restaient couchés tout près du foyer, nous les couvrimes souvent d’étincelles en soufflant pour ranimer le feu, ce qui ne les dérangeait point; ils s’en débarrassaient en frappant des ailes. Ordinairement ils restaient couchés sur le ventre, les aïles légèrement ouvertes, la tête tournée vers le feu. Ils connaïssaient parfaitement notre appel et il nous suffisait de prononcer chingou-chingou-chi-chichi, pour les faire sortir de leur retraite et nous approcher en tremblant des ailes. 11 me paraît qu'ils se dirigeaient principalement par l’odorat et qu’ils ont ce sens très développé; la sécrétion nasale continuelle sert probablement à ce but.
» Les urubus ont souvent les pattes blunchies; M. Jelski à remarqué que ces jeunes les coloraient avec leurs excréments. »
+4. — Œnops pernigra
Cathartes aura, D'Ors., Voy. Am. Mér., p. 38, tb. I, fig. 3 et 4 — Tscx., Faun. Peru., pp. 15 et 71 — Scz. et Sazv., P. Z. S., 1867, p. 988 — Nomencl. Av. Neotr., p. 193 — PeLz., Orn. Brasil., p. 1.
Cathartes jota, Cass., U. S. Expl. Exped., p. 83, tb. I.
Cathartes urubitinga, Scu. et SALv., P. Z. S., 1867, p. 589.
Œnops pernigra, SHARPE, Cat. B. Brit. Mus., I, p. 26 — Tacz., P. S. Z., 1889, p. 47.
OEË. loto nigro brunneo; trunco remigium nigro; capile, collo nudis, purpureis; rostro roseo; cauda elongala graduala; tarsis roseis (D ORBIGNY).
Tout le plumage est brun foncé, très obscur et noirâtre au cou et sur le haut de la poitrine, très peu foncé sur les tectrices alaires; cette couleur varie cependant selon l’état du plumage, toutes les plumes fraiches étant presque noires avec un éclat bleuâtre assez fort sur les ailes, le dos et la queue, mélangées souvent avec d’autres plumes anciennes brunes. La page inférieure des rémiges et des tectrices est gris brunâtre pâle; la baguette dans toutes ces pennes est entièrement brunâtre pâle sur son côté supérieur et blanche sur l'inférieur. Tête nue avec le haut du cou d’un rouge violâtre et une grosse tache occipitale d’un blanc verdâtre; la base du bec jusqu'au bord antérieur des narines et la partie correspondante de la mandibule sont de la couleur analogue à celle de la tête; bec d’un blanc d'ivoire; pattes blanches à doigts noirâtres; ongles noîrâtres; iris gris foncé, varié autour de la pupille de rayons argentés très subtils.
G! Longueur totale, 650; vol, 1,670; aïle, 550; queue, 270; bec, 55; tarse, 65; doigt médian, 65; engle, 23 millimètres.
L’œuf figuré dans le voyage de d’Orbigny est plus allongé que celui du Cathartes wrubu, blanc verdâtre, parsemé de taches brunes, mélangées avec d’autres violettes, petites et de moyenne grandeur, rarement disséminées sur toute la surface; un peu plus nombreuses au gros bout et presque nulles au petit. Longueur 74 sur 48 millimètres de largeur. 3
OBSERVATIONS. — Forme voisine de l’Z. wrubitinga, mais distincte par le bec plus fort, plus élevé et par la couleur différente sur les parties dénudées de la tête et du haut du cou.
Sur la figure de d’Orbigny il y a deux taches blanches sur la tête, dont une située sur le devant du cervix et l’autre beaucoup plus longue sur la nuque; tandis que sur l’exemplaire fourni par Stolzmann il n’y en a qu'une. Dans la description de d’Orbigny et sur sa figure, le bec est rosé, tandis qu’il est d’un blanc d'ivoire chez l’oiseau de Stolzmann; les tarses blancs, tandis qu’ils sont rosés selon l’auteur cité.
« L’aura répand une forte odeur de putréfaction, plus supportable toutefois que celle que répand l’urubu. L’odeur du muse ne s’y mêle en rien et l’on peut la comparer tout à fait à celle du roi des vautours.
» L’aura habite toutes les zones, depuis les pays les plus froids jusqu'aux pays les plus chauds de l'Amérique. Il vit aussi dans les plaines brûlantes de la zone torride jusqu’à la hauteur de 2,000 toises au-dessus du niveau de la mer. Nous ne croyons pas qu’il aille plus haut et encore ne l’y avons-nous vu qu’accidentellement. IL habite
comme l’urubu toute l’Amérique Méridionale et s’étend même dans l’Amérique du
Nord, mais il est généralement moins répandu que ce dernier; et commun nulle part, ne l’est que par familles sédentaires dans des localités spéciales ; aussi cesse-t-on souvent de le trouver sur une surface de terrain de plusieurs degrés géographiques de largeur qui en séparent les diverses familles. Par exemple, après l'avoir perdu de vue au 28° degré de latitude Sud, dans la province de Corrientes, nous ne l’avons plus retrouvé que dans la Patagonie, sous le 4, d’où il résulte qu’une distance de 13 degrés y sépare des familles d’une même espèce. On pourrait se demander comment cette petite colonie, ainsi que celle que MM. Lesson et Garnot nous disent avoir rencontrée aux îles Malouines, ont pu gagner des lieux aussi éloignés de la demeure habituelle du reste de leur espèce!
» On peut supposer que les auras de Patagonie y sont venus par le Sud ou en suivant les Indiens qui descendent le Rio Necro, depuis la Cordillère; mais il n’est pas aussi facile d'expliquer l’émigration des auras des îles Malouines. L’aura est commun sur toute la côte de l'Océan Pacifique, depuis Chiloë jusqu'à Guayaquil ; c'est même là que les familles sont plus rapprochées les unes des autres, là aussi que nous les avons rencontrés plus nombreux et plus familiers que partoutailleurs.
» On ne voit jamais l’aura par troupes comme l’urubu. Le plus souvent il vit par couples ou dans l'isolement. Il couche aussi également partout, sur les rochers, sur les branches inférieures des arbres à la lisière des bois, ou même sur les maisons, A la côte du Pérou, principalement à Arica, nous l’avons vu percher avec l’urubu sur les mâts ou les vergues mêmes des bâtiments qui transportent le fumier du pays (guaneros). Le plus souvent un couple tout au plus reste aux environs d’une habitation, dans la campagne, se posant comme l’urubu sur les barrières, sur les palmiers lorsqu'il y en a autour des maisons, mais jamais avec autant de familiarité et toujours pour peu de temps, car les mœurs de l’aura sont plus inquiètes. Sa posture diffère peu de celle de l’urubu ; il laisse seulement moins tomber ses ailes et tient la tête plus droite. Beaucoup moins paresseux que l’urubu, on le voit bien souvent voler; il est très matinal et presque crépusculaire.
» Tous les matins l’aura parcourt les environs de sa demeure, planant à la manière des buses pour chercher de la pâture. Son vol, nous l’avons dit, ne ressemble pas à celui de l’urubu, Il parcourt plus fréquemment au ras de terre les détours de la lisière des bois ou les envirous des lieux habités par les hommes, les ailes comparativement plus élevées que le reste du corps. À peine une légère oscillation annoncet-elle qu’il les remue, alors qu’on le voit décrire avec aisance, des heures entières, des cercles pleins de grâce et de majesté, sans jamais s'élever, comme l’urubu, à de grandes hauteurs, toujours prêt en apparence à prendre pied sur terre, mais plus grave que lui dans sa marche, ne s'y posant guère que pour manger.
» Les auras ont la vue très perçante, caractère qui leur est au reste commun avec tous les oiseaux de proie. Nous ne les avons jamais entendus pousser aucun cri. Leurs habitudes sont celles de tous les cathartes, dégoûtantes, mais un peu moins sales que celles des urubus. Ils se nourrissent également d'animaux morts qu'ils mangent de la même manière et des immondices des villes, se rendant en cela non moins utiles aux habitants du Pérou; mais ils sont moins voraces et chassent quelquefois aux reptiles, aux coquilles et aux insectes, ce que les urubus ne font pas. Il est rare d'en voir plus d'un couple auprès de chaque animal mort. Ils se mêlent quelquefois aux urubus et aux caracaras pour manger une proie, mais jamais avec un instinct d’avide fraternité qu’on remarque entre l’urubu et les caracaras. On ne le voit jamais se familiariser avec les habitants, et même dans certains lieux il s’en éloigne et les fuit.
» Les amours de l’aura commencent au mois de septembre ou d’octobre, suivant la latitude où il se trouve, ou plus tard dans les régions australes. Il marche alors par
paires et cherche plus particulièrement le voisinage des bois. C’est ainsi que nous l'avons vu au milieu des bouquets de bois isolés et déserts de la fameuse laguna d’Ybera, sous le 27°, et dans les bois de saules des rives du Rio Necro, en Patagonie, Souvent il construit au milieu d’un fourré très épais son nid composé de bûchettes. C’est du moins ce que les Indiens nous ont dit, ajoutant qu'il bouche avec des épines l'entrée du buisson qui communique avec le nid, et que lorsqu'un des deux couve, l’autre à soin de fermer en dedans pour dérober l'asile commun aux regards indiscrets. Les Indiens disent aussi que souvent, lorsqu'il est pressé, ou peut-être par paresse, l’aura ne se donne pas la peine de construire un nid, se contentant de pondre entre les broussaïlles sèches, sur le sol ou même entre les pierres. Sa ponte se compose invariablement de deux œufs oblongs, acuminés à l’une de leurs extrémités et longs de 83 millimètres sur 54 de largeur. Ces œufs sont d’un blanc bleuâtre, agréablement marqués de larges taches d’un rouge brun plus ou moins foncées, très distantes les unes des autres, et bien plus rapprochées du gros bout que du bout opposé. Indépendamment de ces grandes taches toute la surface est couverte de taches également espacées et très peu apparentes, d’un beau violet. Tant que dure l’incubation le mâle et la femelle couvent alternativement et s’éloignent peu de la nichée. Les petits naïssent couverts d’un duvet blanc et sont plus d’un mois avant de sortir du nid, après quoi ils suivent leurs parents quelque temps encore avant de se hasarder à vivre sans appui et sans guides.
» Comme l’urubu, l’aura paraît susceptible de se plier aux habitudes de la domesticité ; maïs pour des raisons analogues à celles qui les éloignent de s'occuper de l’urubu, les habitants songent rarement à élever les auras. Nous en avons cependant vu plusieurs chez les particuliers de la province de Corrientes, où ils nous ont paru plus farouches que les urubus » (D'ORBIGNY).
+5. — Œnops urubitinga
Cathartes urubitinga, Pezz., Sitz. Akad. Wien., XLIV, p. 7 — Verh., zum B. Wien, 1862, p. 133 — Orn. Brazil., p. 1 — Scz. et SALV., Nomencl. Av. Neotr., p. 123.
Cathartes aura. Scz. et Sazv., P. Z. S., 1867, p. 753; 1873, p. 301.
Œnops urubitinga, SHARPE, Cat. B. Brit. Mus., I, p. 28.
DE. tota nigra; trunco remigium albo, capile cum collo nudo aurantiaco; rostro basi aurantiaco, apice eburneo; tarsis sordide aurantiacis.
Tout le plumage est noir uniforme lustré de bleu d'acier sur les plumes fraiches; la page inférieure des rémiges et des rectrices est d’un gris fuligineux pâle; les baguettes des rémiges primaires blanches jusque près de l'extrémité. Tête nue avec le haut du cou, la base du bec jusqu’au bord antérieur des narines et Les pattes d’un jaune orangé; le reste du bec blanc d'ivoire; ongles cornés brunâtres; iris brun.
G° Longueur de l'aile, 540; queue, 270; bec, 52; tarse, 61; doigt médian, 64; ongle, 21 millimètres.
OBSERVATIONS. — Outre les différences de la couleur des parties nues, il se distingue de l'Œ. pernigra par le bec moins épais.
Chayavetas (BARTLETT).
FAMILLE FALCONIDÆ