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I. — Côte (Cosri

Une bande étroite de cette région au Pérou se caractérise par une erande sécheresse du climat ; il n’y a point de pluies proprement dites, elles y sont remplacées par des brouillards qui se condensant quelquefois, forment une espèce de pluie à gouttes très fines et très denses. — Les habitants l’appellent garua, et dans quelques localités aguacero blanco (pluie blanche). Les orages accompagnés de tonnerre y sont inconnus. Ce n’est qu’au nord même du pays, près de la frontière de l’Ecuador, que tombent quelquefois des pluies abondantes, ce qu’on peut expliquer par le voisinage des forêts humides couvrant le versant occidental des Cordillères de l’Ecuador; mais les orages accompagnés de phénomènes électriques y sont également inconnus.

La saison des pluies, ou plutôt saison humide, a lieu au nord dans

les mois de janvier, février, mars et avril, el correspond aux pluies des plateaux élevés des Cordillères. Au contraire, au sud de Lima, les brouillards remplissent l’atmosphère depuis le mois de mai jusqu'en novembre, couvrant souvent le soleil pendant de longues semaines. L'air parait être alors complètement immobile. Pendant la saison sèche il y a des vents frais constants Sud-Ouest. — Ce vent commence ordinairement vers dix heures du matin, augmentant graduellement dintensité jusqu'à quatre heures de l’après-midi, et dès ce moment commence à diminuer. La nuit est absolument tranquille.

Mer et rivage. — À la tranquillité de la côte correspond Ja tranquilité sur mer. Jamais 1l n’y a de naufrage occasionné par une tempête, et s’il y arrive un sinistre ce n’est pas à cause des éléments. La surface infinie de l'Océan se meut paisiblement; on n’y voit pas les moutonnements propres à la surface de l'Atlantique. Quelquefois seulement, quand le vent, un peu plus fort, vient du Sud, la mer est légèrement remuée, les vagues deviennent un peu plus grosses, mais n’atteignent jamais les dimensions de celles des autres mers. Dans les baies qui abondent surtout dans la partie au sud de Santa, la surface de la mer est unie comme un miroir. C'est là qu’aiment à se tenir le Podiceps major, le Sphenisceus et le pélican. |

Le rivage depuis Loa (frontière méridionale) jusqu’à Tumbez (septentrionale) est un désert dans toute la signification de ce terme, varié çà et là de vallées, de rivières, comme le Sahara d’oasis. La partie septentrionale, comprise entre le fleuve Tumbez et le port de Santa (9 latitude Sud) diffère de la partie méridionale; tandis que dans la première la côte est composée principalement d’un conglomérat sablonneux, élevé à quelques dizaines de pieds au-dessus de la mer, dans la partie méridionale les rochers volcaniques paraissent dominer. Sur toute l’étendue de la côte péruvienne, les parties rocheuses sont entremêlées de dunes, couvrant souvent jusqu’à une grande hauteur les pentes des rochers.

Il est difficile de s’imaginer quelque chose de plus sauvage et de plus aride que la côte du Pacifique. Souvent dans ces lieux, où les rochers volcaniques constituent la ligne du rivage ou sont couverts de sable, notre vue se fatigue en vain à chercher la verdure. Nous ne trouvons sur les rochers qu’un seul représentant du monde végétal, la tillandsie

incolore disposée par bouquets, dans les espaces couverts de cailloux et de sable. |

La partie méridionale est caractérisée par de nombreuses baies parfaitement abritées des vents du sud-ouest. Au bord du rivage on trouve souvent de petits îlots couverts d’une couche de guano blanche ou jaunâtre. Toutes ces baïes se ressemblent presque complètement : au sud se dresse un promontoire formé d’un rocher noir et isolé, du côté nord s’étend en demi-cercle une plage sablonneuse, nommée en espagnol playa, au fond de laquelle on voit un peu de verdure formée de petits buissons chilca ou de quelques mimoses.

Cette région a ses habitants. Les baies et les îlots isolés sont le domaine du lion marin (Otaria jubata). Sur les rochers isolés et sur le rivage sablonneux se promène un petit renard de la côte à la recherche des débris rejetés par la mer ou déterrant les crabes, du sable humide, dans lequel séjournent toutes les colonies des Gélasimes, des Ocypodes, des Hippes et autres crustacés. Là arrivent les nombreux représentants des échassiers, entre autres les huîtriers, les courlis, les pluviers, les bécasseaux, ete. — Les îlots isolés présentent des retraites sûres pour le repos de la nuit aux différentes espèces de mouettes et de cormorans. Quand la mer rejette quelques débris de phoques ou de gros poissons, des cathartes et des condors en bande ne tardent pas à arriver.

La partie septentrionale de la côte péruvienne est beaucoup plus pauvre. Tandis que sur les rochers de la région méridionale on trouve au moins la tillandsie, ici, à l'exception des vallées, il n’y a aucune trace de végétation sur toute la longueur de la côte. La plage est aussi plus pauvre; je n’y ai trouvé qu’une dizaine d'espèces de coquilles, et on ne rencontre presque point d’annélides. On n’y voit donc pas les échassiers indiqués plus haut, et les mouettes sont les seuls représentants des oiseaux.

Vallée de la côte. — Lesembouchures des rivières, peu nombreuses, qui coulent au Pacifique, dans cette partie de l'Amérique Méridionale, forment des oasis au milieu du désert. Une vallée, élargie ordinairement au bord de la mer pénètre en coin dans les montagnes. Notre œil s’y repose agréablement sur une verdure fraiche, sur des plantations de canne ou des rizières.

Le terrain d’une pareille vallée est composé du limon qui, sous l’influence de la sécheresse continuelle, se transforme en une poussière très fine s’élevant en tourbillons à chacun de nos pas ou au plus léger souffle du vent. Cette poussière est aussi légère que la cendre d’une forêt

incendiée. Le terrain est excellent pour la culture ; mais malheureusement il y à peu d’eau.

La végétation est assez variée dans les vallées. Au voisinage immédiat de la rivière se trouvent ordinairement isolés ou par groupes les saules péruviens (Salix Humboldtiana), pajaro-bobo (Tessaria legitima) et les roseaux (Gynerium sagittale). Ces derniers forment souvent des fourrés impénétrables, occupant les bords de la rivière et les ilots qu’elle forme dans son cours. La chilca (Baccharis) y couvre de grandes surfaces, en formant des groupes impénétrables. Les différentes espèces d’acacias prédominent, comme fayque, quarango (Acacia punctata), espino, ainsi que l'arbre le plus important de la côte, l'inappréciable algarrobo (Algarrobia inermis), dont les légumes nourrissent des milliers de chevaux et de bêtes à cornes, ainsi que les gens pauvres dans piusieurs contrées, dans la saison où manquént les autres aliments. L'algarrobo ne se trouve que dans la partie septentrionale de la côte péruvienne ne dépassant pas 7° de latitude Sud. C’est un des arbres les plus caractérisés des vallées de la côte. Formant des bois plus ou moins vastes, l’algarrobo atteint jusqu’à l'altitude de 1,000 pieds qu'il ne dépasse pas. Ces bois présentent un aspect original; les arbres sont difformes, à troncs épais; les feuilles petites ne donnent presque pas d'ombre ; ils sont rarement disséminés sans être accompagnés de buissons, sur un sol sec couvert de poussière. En janvier et en février le terrain est couvert d’une multitude de légumes, constituant l'unique aliment, dans cette saison, pour les vaches, les chevaux et les chèvres. Il est probable que sans cet arbre précieux l'élevage du bétail serait impossible dans beaucoup de localités de la côte.

L'aspect d’une vallée de la côte se présente beaucoup mieux de loin et surtout d'en haut que de près; on y voit alors une masse de verdure, sans savoir qu’à la place d’un tapis d'herbes il n’y à qu’une poussière grise, … percée çà et là des buissons rampants de la zapote del perro (Capparis) ou de cactus. Au fond d’un pareil bois, atmosphère est chaude et suffocante ; car la brise fraîche n’y pénètre pas ordinairement.

Actuellement la plus grande partie du terrain dans les vallées de la côte est employée à la culture. Les immenses champs de canne et de riz ont remplacé les anciens bois, et là où retentissait autrefois l'appel sonore des fourniers, nous n’entendons que les voix des gardiens, surveillants des coolies chinois. Cependant dans les lieux plus éloignés

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de la mer les grands bois d’algarrobes restent encore. On m'a parlé d’un pareïl bois, situé dans le voisinage de Trujillo, qui a 8 leguas (32 kilomètres) de longueur; maïs je n’ai rien vu de pareil.

Collines (Lomas). — Les lieux caractéristiques de ce sous-type, quoique voisins pour la plupart des précédents, sont si différents et si contraires, que le peuple les distingue sous un nom particulier. Ce type possède même des oiseaux qui le caractérisent; on les rencontre aussi quelquefois dans la vallée voisine, mais ce n’est que là où les deux types de la contrée se touchent immédiatement; car si la vallée est entourée des deux côtés par le désert, on n’y trouvera pas d'espèces propres aux collines.

L'aspect des collines est très caractéristique. Elles représentent une orande étendue d’une surface ondulée, entrecoupée de ravins peu profonds connus dans le pays sous le nom de rios secos (rivières sèches),

dénudée, d’une couleur rougetre qui provient du terrain argileux couvert de gravier. Cette surface est parsemée d’arbres isolés, éloignés ‘entre eux de quelques dizaines de pas, bas, gauches, dépourvus de feuilles, ou de cactus droits, semblables à des candélabres (Gereus). Au bord de ces ravins, rios secos, où le sable blanc remplace l’eau, la végétation est un plus riche, rappelant les vallées de la côte, mais en miniature. On y voit des mimoses, des acacias ou des arbres courbées, zapote del perro, à feuillage très pauvre. Au-dessus de ce paysage le ciel est pur, sans aucun nuage, et le soleil brillant; son ardeur est modérée par une brise fraîche arrivant de la mer. Voilà las lomas, comme les appellent les habitants de Tumbez, pour distinguer cette partie de la vallée du fleuve. ,

Quelquefois la surface ondulée des collines est traversée par une vallée unie et large, sans rivière. Il est évident que l'époque des pluies y laisse plus d'humidité, car la végétation est plus riche. Le fond est parsemé de petits lacs éphémères entourés d’acacias et de mimoses. C’est ici que le voyageur peut rencontrer pour la première fois l’arbre le plus extraordinaire, seibo des indigènes, Bombax des naturalistes. Ces géants, à tronc fort renflé dans la moitié de sa hauteur, à compartiments centripètes à la base, à écorce verte, dominent seuls le verger environnant, étalant leurs longues branches dépourvues de feuilles dans la saison sèche. Il y a des lieux où les bombax sont peu éloignés entre eux,

formant une sorte de forèt disposée sur une grande surface. Une pareille forêt se trouve près de la ferme de Nancho, au voisinage de Pacasmayo.

Lorsqu'il pleut en février et en mars, l'aspect de ces localités change complètement, Comme au signal d’une baguette magique, les collines’se parent d’une fraiche verdure ; une herbe rare a couvert le sol aride, et le paysage naguère désert, sinon sournois, devient agréable à l'œil. Les arbres dénudés se sont couverts de feuilles, surtout l’arbre sacré, palo santo (Guacum sanctum), dont la forte odeur de térébenthine cause un mal de tête au voyageur non accoutumé ; cet arbre se pare d’une couronne verte. En voyant ces collines dans un pareil état, on ne peut supposer qu’au bout de quelques semaines ce ravissant paysage sera changé en un désert aride.

Pendant la saison des pluies, les ravins se remplissent d’eau, formant des lagunes, dont la surface ne tarde pas à se couvrir de plantes aquatiques. Les échassiers y arrivent, et même les canards (Dañfila bahamensis et Querquedula cyanoptera).

À mesure qu'il cesse de pleuvoir, les lacs éphémères disparaissent graduellement et une terre grise, desséchée et fendillée dans différentes directions, preud la place de la verdure des plantes aquatiques. On n’y entend plus le sifflement des chevaliers. Le bétail commence à se grouper autour des derniers réservoirs d’eau, dont le soleil ardent n’a pas encore réussi à évaporer tout le contenu. Leur tour vient, et ils finissent par disparaître entièrement. Le bétail est donc obligé de faire de grandes et pénibles courses aux rivières éloignées pour apaiser sa soif encore excitée par le sel qui remplit l'atmosphère.

Tout change subitement ; l'herbe est desséchée; les feuilles tombent des arbres ; le paysage prend une teinte grise, et a l’aspect du désert. Je ne connais au Pérou aucune autre contrée où la différence des deux époques soit aussi marquée. Dans la sierra, dans la montaña, il pleut de temps en temps pendant la saison sèche; et s’il n’y a pas de pluie même pendant deux ou trois mois, le paysage ne change pas d'aspect. Dans les vallées de la côte aussi voisines des collines les arbres ne perdent pas leurs feuilles, l'humidité de la rivière ou du ruisseau leur suffit. Les conséquences de la saison sèche sont pour les collines aussi radicales que celles de l’hiver dans le climat du Nord.

C’est ainsi que se présente cette région curieuse, constituant le tvpe principal de la côte péruvienne et comprenant sa plus grande partie.

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