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L'étendue de ce type au sud du pays m'est inconnue; dans le Pérou septentrional, en commençant à 7° de latitude Sud, 1l s'étend jusqu’à la frontière de l’Ecuador, en la dépassant même. Dans les latitudes de Trujillo, Pacasmayo, Lambayeque et Payta la région des collines est éloignée du rivage d’une ou plusieurs dizaines de kilomètres, pénétrant dans les montagnes jusqu’à 2,000 pieds d'altitude. Au contraire, sous la latitude de Tumbez, les lomas descendent jusqu’au bord de la mer.
Cette esquisse est faite d’après un paysage, le plus typique des environs de Tumbez, où on a donné à ce type le nom de lomas. Il n’est pas tout à fait identique partout, mais partout il y ressemble. Quelquefois ce type se répèle dans les montagnes, et surtout dans leurs embranchements inférieurs. La même dénomination de lomas n’est peut-être pas convenable à ces localités; je préfère cependant l’accepter plutôt que de leur en donner une autre.
Après tout ce que j'ai dit sur la côte péruvienne il est facile d'établir la division schématique suivante. Toute la côte, depuis 7° de latitude Sud jusqu’à la frontière de lEcuador, peut êlre divisée en deux bandes longitudinales dont l’une, large de plus de 10 kilomètres et s'étendant le long du bord de la mer, est un désert rocheux ou sablonneux; l’autre beaucoup plus large, voisine des montagnes, est connue sous le nom de lomas. Les deux bandes sont traversées par les vallées des rivières ou des ruisseaux, dans la direction de l'Est à l'Ouest. Dans la parte la plus septentrionale, aux environs de Tumbez, le premier type manque complètement et est remplacé par les collines prolongées jusqu’au rivage même.
Après cet exposé du tableau de la côte, il nous sera plus facile de présenter plusieurs remarques sur la distribution des oiseaux dans cette partie du Pérou. Il me manque des données sur la partie méridionale de la côte et sur sa faune ornithologique; je suis donc obligé de me
borner à comparer la faune du nord avec celle de la partie centrale qui
présentent une différence remarquable entre elles.
La différence essentielle entre ces deux faunes de la côte reveil avoir sa limite au point d’apparilion des algarrobes (vallée de Chicama, au 7e de latitude Sud). — Au nord de cette latitude on trouve sur la côte des formes qui appartiennent aux genres des montagnes, comme Phrygilus alaudinus, Catamenia analoides, Sycalis luteiventris, Anthus cha, Cinclodes nigrofumosus, Anœretes albicristatus et plusieurs autres
qui manquent complètement au nord, où 1l y en a en revanche d’autres inconnues au sud, comme Campylorhynchus balteatus, Thryothorus superciliaris, Polioptila albiloris, Tanagra cana, Piezorhina cinerea, lcterus Graceannæ, Furnarius cinnamomeus, Picolaptes Souleyeti, Synallaxis stictothoraxæ, Thamnophilus albinuchalis, Phyllomyias tumbezana, Elainea leucospodia, Psittacula cœlestis.
Plusieurs autres formes méridionales y sont remplacées par des formes voisines ou des races locales, comme Pyrocephalus coronatus par le P. rubineus, Myiobius rufescens par le A7. crypterythrus, Amazilia pristina par l'A. leucophæa.
La vallée y est caractérisée par le Cyclorhis virenticeps, Cyanocorax muystacalis, Amazilia leucophæa, Columba meloda et Penelope albipennis, cette dernière presque complètement exterminée.
Les espèces propres aux collines sont : Piezorhina cinerea, Gnathospiza Raimondir, Hæmophila Stolzmanni, Myiodynastes atrifrons et le T'yrannus niveigularis. Cette région est aussi caractérisée par l'absence de la Zonotrichia pileata, oiseau très répandu depuis O0 jusqu’à 11,000 pieds d'altitude, sur une grande étendue de l'Amérique méridionale, surtout dans les lieux dénudés. Il manque complètement dans la région des collines, bien qu'il se trouve quelquefois sur la côte (Pacasmayo) et dans la sierra. L'absence d’un pareil oiseau, dont la distribution verticale et géographique est aussi vaste, démontre évidemment que les collines présentent un type parfaitement distinct d’une vallée de la côte.
Outre les espèces indiquées plus haut, les suivantes sont également propres à la côte, bien qu’elles se trouvent aussi dans les autres parties de l'Amérique Méridionale : Parula pilyayumi, Sycalis flaveola, Spermophila simplex, Zonotrichia pileata, Volatinia jacarina, Chrysomitris capitalis, Aphobus Chopi, Molothrus purpurascens, Chloronerpes callonotus, Geryle Cabanisi, Crotophaga sulcirostris, Conurus aurifrons, Conurus mitralus (au sud), Conurus erythrogenys (au nord), Urubitinga unicinctus, Tinnunculus cinnamomeus, Buteo erythronotus, Geranoætos aguia, Polyborus tharus, Athene cunicularia, Athene ferruginea.
Il est à remarquer que parmi ces derniers oiseaux, il y a trois espèces, la Volatisia jacarina, Spermophila simplex et le Bolborhynchus
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aurifrons, qui se trouvent au bord même de la mer, dans les environs de Lima, tandis qu’au nord elles se sont éloignées de la mer à la hauteur de 5,000 pieds.
En examinant en détail la liste des oiseaux de la côte, on voit que plusieurs familles purement frontières n’y sont point représentées, comme Piprides, Rhamphastides, Bucconides, Capitonides, Galbulides, Momotides et Trogonides. Les autres familles, Turdides, Cotingides et Formicariides, possèdent une très faible représentation. Les plus riches en espèces sont les Fringillides, les [ctérides et surtout les Tyrannides.
Vallée de la rivière Zurumilla. — À mesure qu'on s’approche de la frontière de l’Ecuador, la végétation devient graduellement plus riche et le pays change de caractère d’une manière si radicale qu’on pourrait croire que la nature même a établi une limite naturelle entre les deux pays. La vallée de la Zurumilla présente jusqu’à un certain degré une surface boiseuse, et il suffit d’une traversée de quelques heures pour nous transporter dans les magnifiques forêts humides du territoire de l’Ecuador. Cette brusque transition du désert à une végétation tropicale des plus luxuriantes est un phénomène des plus inexplicables pour moi; ce passage est réellement si subit qu’on traverse en six heures le terrain intermédiaire.
Tout le territoire situé entre le fleuve Tumbez et la Zurumilla, contesté par l’Ecuador, appartient à ce type que J'ai caractérisé sous le nom de collines ({omas). En avançant au nord, on voit facilement que la vévétalion s'enrichit graduellement ; les ravins boiseux deviennent de plus en plus nombreux. En arrivant au bord de la vallée de la Zurumilla, large et sans division, située à peine à 80 ou 40 pieds au-dessous cle la surface moyenne du territoire onduleux des collines environnantes, nous pouvons voir un vaste territoire qui s'étend jusqu'où notre vue n’est pas arrêtée par les montagnes de Ecuador.
En descendant, dans la saison humide, au fond de la vallée, nous sommes frappés d’une vue magnifique et singulière. Cette plaine, plane comme une table, est couverte d'arbres rabougris, à petites feuilles, cachées presque en entier dans des tresses d’une usnée (selon Raimondi); ces arbres sont entremêlés de hombax assez voisins entre eux, et comme les autres arbres, garnis abondamment du même parasite qui donne au paysage un caractère original. Le sol est couvert de gazon court et très beau, transformant dans cette saison toute cette vaste contrée en un des
plus magnifiques pares qui soient au monde. Dans beaucoup de lieux une plante à feuilles larges connue sous le nom de borrachera (Ipomea), funeste comme on le dit au bétail et aux chevaux, forme une doublure de la forêt. Cette plante possède des fleurs d’un violet magnifique, ne s'ouvrant que pour la nuit. Lorsque je suis arrivé à Lechugal, je n’ai aperçu aucune fleur ; quel fut donc mon étonnement en sortant le lendemain à la pointe du jour, à la vue de toute la contrée parée de ces fleurs violettes !
Il est à regretter que cette belle contrée soit sujette à l'influence des saisons, peut-être plus encore que la région des collines. — J'ai été tristement impressionné, lorsque après un mois d’absence, revenant du territoire de l'Ecuador, j'ai irouvé une métamorphose complète du paysage ; l’herbe était séchée et jaunie; les arbres avaient perdu leurs feuilles et il n’y restait que les troncs et l’usnée ; la splendide borrachera n'était représentée que par ses tiges dénudées.
Dans le voisinage immédiat de la rivière, la végétation est différente et plus riche, formant souvent des fourrés impénétrables de lianes entrelacées entre elles. Dans les parties sablonneuses des bords, il y a de jolis bois d’asacias à petites feuilles, dont l'atmosphère est remplie d’une odeur forte, semblable à celle de l'ail. L’étage inférieur de la vallée, touchant la rivière, est composé en général d’un sol très fertile, donnant aux cultivateurs de riches récoltes de bananes, de la yuca et (le la canne à sucre. L’étage supérieur, qu’on pourrait à juste titre désigner sous le nom de région de l’usnée, constitue avec les collines voisines un excellent pâturase capable de nourrir pendant la saison humide des milliers de bestiaux.
L'influence des deux saisons humide et sèche caractérise d’une manière bizarre cette bande de terrain située immédiatement au bord de la rivière. Comme je viens de le dire, elle est couverte de broussailles épaisses, parsemée d'arbres appartenant au genre nommé hebano par les indigènes. Ces arbres, dans la saison humide, sont dépourvus de feuilles, tandis que les buissons bas, composés principalement de la borrachera, sont couverts de feuilles épaisses s'étendant à l'horizon. Au contraire, dans la saison sèche, les arbres $e couvrent de feuilles, tandis que les buissons en sont complètement dépouillés. Il est facile de s'imaginer quelle est la différence du paysage dans les deux saisons. La rivière même se farit presque complètement dans la saison sèche,
laissant dans les lieux plus profonds des flaques d’eau assez considérables
De l’autre côté de la rivière le paysage change d’une manière étonnante ; 1l suflit de trois heures de marche pour nous transporter au fond d’une forêt chaude, semblable à celles du bassin de l'Amazone. Tandis
qu'au bord de la Zurumilla la saison sèche imprime sur la contrée un.
cachet de mort, la forêt de Palmal (dans Ecuador) conserve son caractère permanent et les saisons n’y diffèrent entre elles que par la quanlité des pluies. La différence sous ce rapport est si grande dans deux localités aussi voisines entre elles, que pendant les mois d'hiver dans la forêt de Palmal il pleut chaque jour avec accompagnement de tonnerre, tandis qu’à Lechugal toutes les journées se passent sans une goutte d’eau; souvent cette différence est marquée à l'horizon par des nuages séparés en ligne droite du ciel parfaitement pur; c’est la limite entre la région des pluies et celle du soleil permanent.
Cette contrée est parsemée de petits lacs au milieu de la forêt, visités par Totanus chloropygius et un petit grèbe noir, probablement le Podiceps dominicus. On y trouve aussi souvent des lacs plus vastes, comme celui de Pozo de Lambedero, long à peu près d’un kilomètre. Ce lac est couvert d’une plante aquatique, connue sous le nom de lechuga (salade), altirant les troupes de canards du genre Bendrocygna. La Parra jacana et un râle y sont sédentaires. Quelquefois on y voit le Plotus anhinga ainsi que l’Ardea cocoi rare, peu nombreux et eraintif. Ges lacs ont une mauvaise réputation; on dit qu'ils nourrissent les crocodiles les plus gros et les plus dangereux. Je ne les ai pas vus; mais J y ai rencontré un gros Eunecles murinus.
Parmi les autres oiseaux, je peux citer : Coryphospingus cruentatus, Flainea subplacens, Myiarchus phæocephalus, Hadrostomus homochrous, Callopsaris albogriseus et Cassicus flavicrissus. En outre, la vallée de Zurumilla est aussi visitée par les espèces des forêts voisines de l’'Ecuador, comme : Momotus microstephanus, Trogon melanurus, T. caligatus, Brotogerys pyrrhoptera, Rhynchocyclus sul; hurescens, etc.
Certainement une partie des oiseaux y arrive du Palmal dans la saison humide, tandis que la saison sèche amène un certain nombre d'espèces propres à la région des collines. C’est ainsi que le Myiodynastes audax, très commun en mars et en avril, disparait complètement en octobre et est remplacé à cette époque par le JW. atrifrons. Le Cassicus flavi-
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crissus, oiseau des plus communs dans la saison humide et nichant sur les bombax, n’a pas été trouvé en octobre. La même remarque s'applique aussi à l’Hadrostonus homochrous. Au contraire, jy ai remarqué en octobre plusieurs oiseaux absents en mars et en avril, comme : Lampornis iridescens, Heliomaster albicrissa, Arremon Abeillei, Contopus punensis. Il est facile de s'expliquer ces migrations, sachant que dans la saison humide la vallée est dans des conditions sernblables à celles des forêts humides, tandis que dans la saison sèche elle prend le caractère des collines ; il est donc naturel qu’elle attire les espèces des forêts du nord dans la première de ces saisons, et celles des collines arides du sud dans la seconde.
Cette contrée, d’un caractère variable, ou plutôt constituant une transition entre les parties dénudées et les forêts humides, ne présente pas dans sa faune de caractère aussi prononcé que celui des autres régions ; au contraire on peut dire qu’elle est caractérisée par cette manière d’être transitoire. Elle parait cependant posséder un petit nombre de formes spéciales, comme un Cryplurus remplissant la contrée de son sifflement sonore pendant la saison humide.
Autant que je peux juger par ce qu’on m'a raconté, ce genre de localité, dont la vallée de Zurumilla est le type, s’étend jusque sur les embranchements des Andes; on assure que la vallée de Tumbez a aussi le même caractère en sortant des montagnes. Il est donc évident que, dans la province de Tumbez, la côte a son caractère spécial différent ; la région des collines y remplace le désert, tandis qu’à la place de cette première 1l y à un autre type que j'ai caractérisé plus haut sous le nom de région de l’usnée.
Delta de Tumbez {(Mancrares). — Le plus grand fleuve du sysième du Pacifique, sous le rapport de la quantité d’eau, présente dans son embouchure un type original, unique sur toute la côte péruvienne. Je veux parler des mangliers (1), forêts singulières, sur un sol mou, vaseux, particulier aux embouchures des grands fleuves. Les rhizo-
(1) Manglar signifie forêt de mangliers, comme platanal plantation de bananes (platano). Généralement dans la langue espagnole les lieux couverts d’une certaine plante sont terminés en &/, dans le manglar on a change / en # par raison euphonique. :
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phores de Tumbez, moins développés que ceux de la Guyane ou du Brésil, ne possèdent pas de faune ornithologique aussi riche. Mais comme ce terrain nourrit un grand nombre d’échassiers, il sera intéressant de caractériser la localité, d'autant plus que linfluence des saisons est nulle dans les mangliers, et que par conséquent ils peuvent y séjourner toute l’année.
Ce delta est traversé par un système de canaux partant du lit principal du fleuve sur ses deux côtés, et communiquant souvent entre eux par des embranchements dont la totalité forme une sorte de réseau. Ces canaux, nommés généralement par les habitants los esteros, inondent tout cet archipel d’ilots dont on distingue trois genres : les uns sont couverts d’un fourré épais de rhizophores sur toute la surface; les autres ne sont qu'entourés par un anneau de rhizophores; les autres sablonneux, couverts d’une mimose naine et encombrés de troncs d'arbres déposés pendant les inondations d'hiver. Ces îlots communiquent souvent avec des surfaces couvertes de vase percée d'innombrables trous, dans lesquels de nombreux crustacés et mollusques trouvent un refuge. Ces plages, fournissant une nourriture abondante à des milliers d’échassiers, sont recouvertes pendant le flux d’une couche de quelques pieds d’eau qui inonde une partie des ilots, sur lesquels abondent les mangliers.
Un ilot typique de rhizophores se présente comme une surface plane, vaseuse, parsemée de milliers de trous, élevée à un pied ou un peu plus au-dessus de la surface de l’eau. Cette surface est couverte de mangliers (Rhizophora mangle), pour la plupart sans troncs épais ; mais des branches desquels poussent des milliers de racines droites qui s enfoncent dansle sol vaseux et forment un fourré impénétrable. Un pareil buisson se présente souvent comme possédant des dizaines de pieds réunis en haut en un tronc commun; ordinairement cependant c’est un labyrinthe de racines et de branches dans lequel il est impossible de s'orienter et de dire à quel arbre une partie donnée appartient; et tout l’ilot a l'aspect d’un énorme buisson. Le fourré est généralement si épais qu'il est impossible d’y faire quelques pas.
Les grandes et épaisses feuilles des rhizophores donnent à une pareille forêt un aspect caractéristique à une certaine distance, surtout à la faible lumière de l’aube du jour ou du crépuscule. Les couronnes des arbres se confondant en une masse uniforme de verdure sombre, prennent
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alors ce caractère particulier qu'on remarque sur les tableaux d’une certaine école de paysagistes modernes : ce sont des combinaisons de verdure, d'ombre et de pénombre imprimées avec audace, sans détails minutieux, sans contours de feuilles. Un tel aspect ne peut être produit que par les arbres à grosses feuilles.
Les îles qui ne sont entourées que par un anneau de rhizophores ont le milieu assez élevé, à l’abri des inondations les plus fortes. Une île pareille, outre la partie des rhizophores, a le caractère d’une vallée de la côte. Elle est ordinairement couverte de mimoses ou des buissons épais de la chilea (Baccharis) et de la lipe, aimant le même sol délicat, vaseux ou sablonneux. L’ile de la Condeza, située près de la colonie de Santa Lucia, est typique pour ce genre.
Les îles du dernier type sont non boisées et ne commencent qu’à se couvrir de rhizophores le long des bords, tandis que sur le reste de la surface une plante rampante et des mimoses naines constituent toute la végétation. Le terrain est partout encombré de troncs charriés par le fleuve et rejetés par la mer. Celles de ces îles dont la formation est la plus récente sont situées au bord même de la mer, occupant la base du triangle du delta; San Jacinto en est le type.
De grandes plaines vaseuses aboutissent aux deux derniers types des ilots, présentant à leur jonction une bande caractéristique couverte de souchets (Cyperus) qui constituent le passage du sol vaseux au sol sablonneux. Le sol y est trouë et habité par des myriades de crustacés et de mollusques; c’est aussi le domaine du Rallus cypereti et de la Porzar.a carolina. Le sol de cette bande est composé du mélange du sable et de la vase, le premier apporté par les vents, la dernière par les grandes inondations. Ce n’est que pendant la nouvelle et la pleine lune que le flux arrive jusqu’à cette bande des souchets. Le terrain y est plus résistant, et les gélasimes qui y habitent se distinguent par le développement de leurs pinces.
Une desplayo ou plage vaseuse se présente comme une grande plaine légèrement inclinée vers l’eau. Le bord ordinairement un peu élevé est composé de vase plus résistante, souvent mélangée de sable;
au contraire, vers le milieu, la vase devient de plus en plus molle; de
sorte qu’elle ne peut plus supporter le poids d'un homme, et ce n'est qu’en rampant qu’on peut y parvenir. Une pareille plage nourrit des myriades de gélasimes, de petits palæmons, des cerithium, des arca, etc., et entre autres le terrible camaron brujo (Squilla), qu’on redoute
à l’égal d’un serpent des plus venimeux. Ce crustacé caché dans la vase produit des blessures graves avec ses pinces dentelées. Les habitants le croient venimeux ; mais en réalité les blessures déchirées s’empoisonnent au contact de la vase en putréfaction, dont l’action est non moins périlleuse que la morsure d’un animal venimeux. J’ai vu un garçon qui n’a pas hésité à brûler une pareille blessure à l’instant même, et c'est ainsi qu’il a cru sauver sa vie.
C’est sur ces plages que se forme le fourré des mangliers. Il suffit d’un petit nombre de semences de cette plante, peut-être même d’une graine, pour assurer le développement de rhizophores capables d’envahir toute la surface. Au début une plage pareïile est nue, et ce n’est que sur ses bords élevés qu’on voit un certain nombre de pelts buissons isolés, appuyés sur plusieurs pieds. |
C’est ainsi que se présentent les îles et les plages du delta de Tumbez. Voyons maintenant les canaux séparant ces ilots. — Los esteros ont leur eau salée ; car leur surface est influencée par les changements que produisent le flux et le reflux depuis le mois de février, et surtout en mars, avril et mai, quand Îles pluies abondantes des montagnes déversent au fleuve une grande masse d’eau qui repousse avec force l’eau salée jusqu’au delà de l’embouchure principale, remplissant en même temps tout le système des canaux. Dans les conditions ordinaires l’eau de mer se mélange avec celle du fleuve jusqu’à un kilomètre et demi de l’embouchure; et c’est à cette distance que les habitants de Santa Lucia et de Cucarocho sont obligés d’aller chercher l’eau potable.
Les canaux sont de différentes largeurs, depuis quelques pas jusqu’à
100 ou 200; la largeur moyenne est de 30 à 40 pas. Ces canaux s’élargissent dans certains endroits, se courbent, se confondent avec les autres, ou finissent en forme de euls-de-sac profonds. Tout ce système est sans courants, à l’exception de ceux de ces canaux qui constituent le prolongement du cours principal du fleuve dans ses courbures, prennent sa direction et reçoivent une parte du cours d’eau. La plus grande partie des canaux n’a qu’un courant très faible, influencé par le flux et le reflux de la mer. Il y a aussi des canaux qui ont des courants opposés dans leurs extrémités, dirigés vers le milieu pendant le flux, et prenant la direction opposée pendant le reflux. Tout cela prouve combien le delta de Tumbez est plan.
Ce territoire est excessivement curieux, et d'autant plus pour nous que nous avons observé l’actif accroissement du terrain. La ville de