‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 100 sur 283 · FÉTICHES ET FÉTICHEI'RS · texte numérisé non relu

FÉTICHES ET FÉTICHEI'RS

fient, rendent des oracles, instruisent les procès, jugent les querelles et les accusations de meurtre, font « la pluie et le beau temps >, guérissent les malades; l'autorité des grands féticheurs est telle, qu'ils disposent de la vie et des biens des individus. Comme la maladie et la mort passent pour l'effet de maléfices, le féticheur est continuellement chargé de découvrir des coupables: les suspects sont soumis à l'épreuve du poison, ordalie dont il y a des exemples ailleurs encore, notamment en Inde. Bien entendu, le suspect peut aussi se justifier, et il se justifie plus facilement, en faisant un petit cadeau au féticheur. Les sociétés secrètes, très nombreuses parmi les nègres , ont leurs fétiches particuliers: le tatouage atteste la dépendance du fidèle à l'égard de son fétiche. Le culte des ancêtres comportait, chez les Dahoméens et les Achantis. d'horribles hécatombes humaines, offertes à l'esprit des chefs défunts. Dans la région du Bas-Niger, on dit que ces sacrifices sont encore fréquents et que les victimes, résignées à leur sort, se chargent des messages des vivants pour les défunts.

4. Les nègres Bantus, voisins des grands lacs, sont divisés en clans totémiques; les membres d'un clan ne peuvent ni tuer leur totem, ni épouser une fille de leur clan. Le totémisme se rencontre aussi dans l'Afrique orientale britannique et à Madagascar, avec un système de magie développé.

Océaniens. — 5. Dans l'Introduction du présent ouvrage, j'ai parlé suffisamment des tabous et du

totémisme qui se trouvent un peu partout en Océanie. Les tabous sont l'essence de la religion en Polynésie et en Mélanésie; un totémisme, comparable à celui des Indiens du nord de l'Amérique, mais présentant des caractères particuliers, a été étudié chez les Aruntas du centre de l'Australie. Ces noirs dessinent des animaux et les imitent dans leurs danses pour les attirer; ils mangent rituellement leur totem, dont ils s'abstiennent à l'ordinaire ; ils croient que les âmes de leurs ancêtres résident dans des palettes en bois ornées qu'ils cachent avec soin au fond des forêts. Organisés en sociétés religieuses, ils imposent aux adultes des rites d'initiation compliqués et cruels, des mutilations sanglantes. Le jeune homme qu'on initie est censé mourir et renaître à une vie nouvelle. Les mariages sont soumis à des restrictions sévères, car personne ne peut épouser une fille de son sang, fût-elle sa cousine au vingtième degré. Une bonne partie de l'année se passe en cérémonies dont le but est d'assurer l'abondance du gibier. La misère et la superstition n'empêchent pas ces peuples de se croire heureux et d'aimer la vie.

6. En Polynésie et en Malaisie, là où l'on connaît la culture des céréales et les animaux domestiques, la religion a naturellement plus évolué. Les Polynésiens croient à un dieu créateur et racontent «les légendes sur l'origine du monde, pêche dans la mer ou sorti d'un œuf. Le dieu des Maoris (Nouvelle-Zélande) n'est pas seulement le pêcheur du monde, mais l'oiseau qui a dérobé le feu au soleil, le héros bienfaiteur. Au commencement de la saison tics pluies, on célèbre à

TABOU Et MANA ±»

Java les noces du Ciel et de la Terre; à l'époque des semailles, les noces du Riz. Les âmes sont censées passer d'une île à l'autre; on leur offre des présents pour le voyage. L'idée du séjour souterrain des âmes, celle des esprits tutélaires des ancêtres, se rencontrent comme partout. Les sociétés secrètes sont florissantes en Polynésie: les mâles y sont admis à la suite d'un noviciat, de longues cérémonies avec danses, musique, représentations et scènes tirées de l'histoire des dieux. Le tatouage est la marque visible de l'alliance avec le dieu de la tribu; rare chez les femmes, il est obligatoire pour les hommes. Les dessins représentent souvent des animaux totem. La croyance à l'unité d'origine des animaux et des hommes se manifeste encore dans les récits de métamorphoses; à Bornéo, notamment, les hommes peuvent se transformer en tigres, devenir des tigres-garous.

7. Une idée presque philosophique, celle du tnana, vient compléter, en Mélanésie, la notion si répandue du tabou. Le mana est la condition de la magie; c'est la puissance latente dans une personne, dans une chose, même dans un mot du langage. Celui qui sait réveiller cette énergie et la faire servir à ses fins est un habile homme. En langage moderne, cela signifie qu'il y a partout des accumulations de forces et qu'il s'agit de les employer à nos besoins. Si le tabou est le principe de la morale et des convenances, le mana est celui des sciences appliquées. Respect au tabou et au mana!

Les indigènes de l'Amérique.

i. Garcilasso de la Vega, fils d'un compagnon de Pizarre et d'une Inca, constata le totémisme au Pérou dès le xvie siècle; au commencement du xvine siècle, le jésuite Lafitau le découvrit chez les Indiens de l'Amérique du Nord. La religion de ces derniers, ainsi que celle des Indiens du Mexique, a été étudiée de nos jours dans le plus grand détail par les ethnographes des États-Unis. Grâce à eux, nous connaissons à fond les cérémonies totémiques, les danses avec masques d'animaux, le culte des esprits. Si le tabou s'est conservé mieux qu'ailleurs en Polynésie, l'Amérique du Nord est le pays privilégié du totémisme. Tout lecteur de Cooper et d'Aymard sait que les tribus de Peaux-Rouges portent volontiers des noms d'animaux, que les chefs s'enorgueillissent de noms semblables et en arborent les insignes dans leur costume.

2. Le monde des esprits a lui-même un chef : c'est le Grand Manitou, incorporé d'ordinaire dans un animal. Le Grand Manitou a créé le monde au prix d'une lutte contre l'eau, idée analogue à celle des Babyloniens et qui a produit des mythes où les missionnaires ont cru reconnaître celui du déluge de Noé. Quant aux hommes, on admet volontiers qu'ils sont nés des arbres et qu'ils ont été élevés à une meilleure condition par des héros ou demi-dieux civilisateurs. Au

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