‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 99 sur 283 · LES MONGOLS ET LES FINNOIS · texte numérisé non relu

LES MONGOLS ET LES FINNOIS

Les Mongols et les Finnois.

i. Les steppes du nord sont le domaine de la magie. Ceux des Mongols qui n'ont pas embrassé le buddhisme ou l'islamisme sont chamanistes; mais le chamanisme a subsisté à côté de ces religions supérieures ou les a pénétrées, notamment chez les Mandchous.

2. Les chamans sont des prêtres extatiques, choisis parmi les épileptiques ou ceux qui, par des exercices ou des drogues, savent se jeter dans le délire ou l'extase. Ils pratiquent toute espèce de sortilèges avec danse et musique, vendent des talismans, offrent des sacrifices et prétendent pouvoir conduire les âmes dans l'autre monde, qu'ils décrivent sous les plus sombres couleurs.

3. La doctrine de ces jongleurs est dualiste. L'univers est peuplé d'esprits; chaque homme en a deux, un bon et un mauvais. Dans le monde, les bons esprits sont ceux de l'air, les méchants ceux de la terre. C'est donc la terre qu'il faut surtout se concilier. Aux bons et aux mauvais génies on sacrifiedeschevaux, qu'il faut manger sans en répandre le sang et sans briser leurs os, comme l'agneau pascal des juifs. Les âmes des aïeux résident au troisième ciel, en compagnie de sept dieux d'ordre inférieur.

4. Boire du sang en commun, boire le sang qu'on tire du bras d'un autre en lui offrant du sien, sont les rites sacrés des alliances. Ces rites sont très anciens

LE KaLEWaLA 23

et se trouvent ailleurs que chez les Tartaxes; ils ont pour objet d'établir artificiellement ce que nous appelons, aujourd'hui encore, la « communauté du sang ».

5. Les Finnois, mélange d'Européens et de Mongols, ont une littérature épique, ou du moins deux recueils célèbres de chants populaires, le Kanteletar, publié en 1840, et le Kale 0/0^2(1849). Le Kalewala, tel que nous l'avons, n'est pas antérieur à Charlemagne. Il y est question du monde sorti d'un oiseau, d'une jeune fille mariée au vent. Le dieu du ciel, dieu tonnant à l'origine, s'appelle le vieillard »; il y a des divinités de la terre, de l'eau, des forêts, du soleil. C'est un panthéon dans l'enfance, avec surabondance d'esprits et de génies. Le culte des ancêtres est moins en honneur que la magie. Un chêne immense, né d'un gland magique, a envahi le ciel; détruit par un esprit des eaux, un nain, il s'est écroulé en ébranlant le monde; ceux qui en ont recueilli les débris sont en possession des secrets de la magie. L'arme du héros du Kalewala est une harpe magique et l'épisode principal de cet embryon d'épopée est le rapt d'un objet magique, qui offre des analogies suspectes avec le saint Graal.

Les Africains et les Océaniens.

Africains. — 1. Dans la mesure où elle n'est pas musulmane ou chrétienne, l'Afrique comprend deux grandes divisions ethniques qui présentent des phé-

nomènes religieux fort différents : les Cafres, Hot tentots et Boschimans au sud; les Nègres au centre à l'est ou à l'ouest. Il y aurait d'ailleurs bien de< distinctions à faire entre les nègres, appartenant le; uns au groupe Soudanais (occidental), les autres ai groupe Bantu (oriental) : mais je me contente ici d< rapides indications.

2. La religion des Africains méridionaux paraîi fort pauvre, faute peut-être d'avoir été assez étudiée Les ancêtres des hommes sont réputés des arbre: ou des animaux; c'est surtout sous forme animait que les morts se montrent aux vivants. Le culte des morts comporte des offrandes. La mort rend tabou; un kraal hottentot où s'est produit un décès doit être abandonné. Il y a des sorciers qui formenl des confréries et sont en même temps devins et médecins. Le fétichisme n'existe pas. Diverses mutilations, portant sur les dents et d'autres parties du corps, marquent l'affiliation à la vie religieuse, qui est er même temps la vie politique des tribus.

3. Chez les nègres domine le fétichisme ou, comme on dit dans le bassin du Niger, le jujuisme (de juju, fétiche). Le fétiche est un objet matériel, travaillé ou non, en qui réside l'esprit ancestral, devenu l'espril protecteur d'un groupe ou d'une tribu. Les croyances fétichistes sont tellement enracinées dans l'âme des nègres, qu'ils y adaptent même, en les matérialisant, les doctrines plus élevées qu'on leur enseigne, comme le christianisme et l'islamisme; cela se voit surtout aux États-Unis et aux Antilles. Le culte des fétiches a pour prêtres des magiciens ou fétiche urs, qui sacri-

Page 1