SUITE DU JÉHOVISTE
tu mangeras la poussière... 15. J'établirai une inimitié en toi et la femme, entre ta race et sa race; celle-ci t'écrasera tête et tu lui blesseras le talon.» (1) 16. A la femme il d « J'augmenterai la peine de la grossesse; tu enfanteras dans douleur. » 17. Et à l'homme il dit : « Tu mangeras dans peine tous les jours de ta vie. 19. Tu mangeras ton pain à sueur de ton visage, jusqu'à ce que tu retournes au sol d'où as été pris; car tu es poussière et tu retourneras à la poussière 22. Et Jahveh Elohim dit : « Voici, l'homme est devenu corn: l'un de nous pour la connaissance du bien et du mal; m maintenant qu'il n'étende pas sa main pour prendre de l'art de vie, manger et vivre éternellement. » 23. Et Jahveh Eloh l'expulsa du jardin de l'Eden pour qu'il cultivât le sol d'où avait été pris.
17. Ainsi, de toute évidence, la création est r contée de deux manières différentes dans la Genès Mais il y a trace, dans l'Ancien Testament, d'ui troisième légende, qui est apparentée à celle d Babyloniens, où Marduk crée le monde au prix d'ui victoire sur les eaux de l'abîme, Tiamat. Quand grand prêtre Joad dit, dans YAthalie de Racine :
Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots...
il fait allusion à des passages bien connus de l'Écritui qui conservent le souvenir de la lutte de l'Éterm contre la mer. Ainsi, Job, 9, 3 : « Dieu ne r< vient pas de sa colère...; dans sa puissance il cor
(1) Cf. S. R., Cultes, t. II, p. 396.
POLYTHEISME DES HÉBREUX 261
traint la mer et dans sa sagesse il écrase Rahab; à son souffle le ciel s'éclaircit, sa main transperce le serpent fugitif. » Jérémie aussi (5, 22) représente la mer comme contenue et domptée par Jahveh. Cette idée d'une lutte du Créateur avec des forces hostiles était contraire à la thèse monothéiste et a disparu de nos deux rédactions de la Genèse; mais cela même prouve qu'elle était fort ancienne et qu'elle a longtemps conservé crédit.
18. Le nom Elohim est un pluriel (singulier eloah, « celui qu'on redoute? ») , signifiant les dieux. Il suffit à prouver que les Hébreux furent, à l'origine, polythéistes, bien qu'on ait prétendu y reconnaître un « pluriel de majesté ». Du reste, dans la Genèse, Dieu aurait dit : « Faisons l'homme à notre image» (1, 26), et plus loin (3, 22) : « L'homme est devenu comme l'un de nous. » Il est par trop puéril de voir dans ces pluriels une allusion à la Trinité. Un autre nom très usité de la divinité est El, signifiant peut-être « le puissant >>. Le nom mystérieux de Dieu, qui ne devait jamais être prononcé, s'écrit par quatre consonnes (le tét ragra m me desGrecs), où l'on a inséré, par convention, les voyelles d'Adonal, signifiant « le seigneur », ce qui donne le phonème Jehowah ou Jehova. L'idée que le nom véritable de Dieu est tabou, qu'il ne doit pas être prononcé, se retrouve chez beaucoup de peuples; elle s'explique tant par la crainte superstitieuse qu'inspire ce nom que par celle qu'il puisse être connu des ennemis et évoqué par eux. La connaissance d'un nom sacré donne prise sur l'être qu'il désigne; c'est un des principes de la magie.
19. On a lieu de croire que la véritable prononciation du tétragramme était Jahwê, avec Jahu comme forme secondaire. L'étymologie, très discutée, pourrait être la racine HWH « être ». (« Je suis celui qui est », dit Dieu à Moïse.) Mais on a remarqué que Jahveh s'est révélé à Moïse sur le Sinaï, qui est resté longtemps le centre de son culte; c'est donc peut-être un dieu local du Sinaï, dont le nom doit s'expliquer par une autre langue que l'hébreu.
20. Le nom divin baal (pluriel baalim) est réservé dans la Bible aux dieux des païens; mais comme il entre dans la composition de noms hébraïques comme Meribaal, fils de Jonathan, il est certain que les Hébreux ont, à une certaine époque, adoré des baalim, tout comme leurs voisins.
21. Une autre expression intéressante est celle de Sebaoth, substantif pluriel signifiant « les armées», que l'on ajoute à Jahveh ou à Elohim, d'où l'expression de « Dieu des armées » qui a passé de la Bible dans nos langues. S'agit-il du Dieu des Israélites combattants ou de celui des armées célestes (anges ou étoiles) ? La question est litigieuse.
22. Les Teraphim, dont l'étymologie est inconnue, sont de petites idoles portatives qui semblent avoii constitué le laraire domestique des anciens Hébreux. Le roi David en possédait (I Sam., 19, 13-16) et le prophète Osée, au vnie siècle, considère encore les teraphim comme indispensables au culte (3, 4). On les consultait dans la divination. Il y a là une des preuves les plus formelles de la persistance du polythéisme et du fétichisme dans le peuple d'Israël, dont