‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 117 sur 283 · TABOUS BIBLIQUES H · texte numérisé non relu

TABOUS BIBLIQUES H

la prétention d'avoir débuté par le monothéisme spiritualiste ne résiste pas à l'examen.

23. L'idée de tabou, commune à tous les primitifs, a laissé beaucoup de traces dans la Bible. L'arbre de la science du bien et du mal est tabou ;Die\i défend d'en manger les fruits, sans dire pourquoi, et la sanction de cette défense est la mort. Si Adam, après avoir contrevenu à cette défense, ne meurt pas, c'est que le texte jéhoviste est une compilation d'autres textes plus anciens, dont l'un impliquait probablement la mort subite du premier homme. Les théologiens, à l'exemple des rabbins juifs depuis — 200 environ, ont compris qu'Adam avait été créé immortel et que le châtiment de la défense violée avait consisté en ce que Dieu lui retira le privilège de la vie éternelle, tout en lui permettant de vivre jusqu'à l'âge de 930 ans. Mais il n'y a pas un mot de cela dans le texte de la Genèse. Si « la mort était entrée dans le monde par la faute d'Adam », comme le veut saint Paul, comment Adam nouveau-créé aurait-il compris la menace divine : « Ne mange pas de ce fruit, ou tu mourras » ? Du reste, Adam n'est pas expulsé du Paradis pour avoir mangé le fruit défendu, mais parce que les dieux ont peur qu'il ne devienne tout à fait semblable à eux, en mangeant aussi du fruit de l'arbre de vie — un autre arbre magique. Si les dieux craignent qu'il ne devienne immortel, c'est donc qu'il n'avait pas été créé ainsi. Toute l'interprétation traditionnelle du récit

de la chute dans la Genèse repose sur des erreurs tendancieuses, entretenues à dessein pour donner une couleur philosophique à un conte puéril, dont un élève des rabbins, saint Paul, a fait le fondement dogmatique du christianisme.

24. Un autre objet tabou est l'arche d'alliance. C'était un coffre en bois, renfermant peut-être des fétiches, où était censée résider la force divine. J'en ai déjà parlé dans Y Introduction de cet ouvrage et me contente d'y renvoyer le lecteur (§ 10).

25. La législation et la morale du Pentateuque sont encore imprégnées de tabous; il est intéressant de voir les idées morales s'en dégager et voisiner encore avec eux. Le sabbat est à l'origine un jour tabou, c'est-à-dire néfaste; personne ne doit travailler ce jour-là, ni faire travailler son serviteur ou sa bête de somme, parce qu'ils risqueraient de se blesser ou de gâcher leur ouvrage. Mais, dans la Bible, cette notion grossière est en voie de transformation; l'idée du jour de repos apparaît, avec celle de la bonté, de la pitié pour la fatigue d' autrui. Dans le Décalogue, on trouve, au milieu d'interdictions, ce précepte positif : « Honore ton père et ta mère, afin que tu vives longtemps. » (Ex., 20, 12). C'est la forme modifiée et comme retournée d'un tabou avec menace de mort : « Si tu frappes ton père ou ta mère, tu mourras. » Mais le tabou est devenu ainsi un commandement de moralité. On lit dans le Deutéronome (22) : « Tu ne laboureras point avec un bœuf et un âne attelés ensemble. » Touchante pitié pour les animaux, disent les prédicateurs; l'âne, qui est faible, ne doit pas être soumis

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