TA BOL ET MORALE
fa même travail que le bœuf. Mais cette irtterpréation est absurde; il suffit de lire, dans le même chantre, les préceptes voisins de celui-là : « Tu ne planeras pas ta vigne de diverses sortes de plantes, de >eur que le tout ne soit mis à part comme impropre i l'usage » (c'est-à-dire tabou; il s'agit d'un tabou de mélange)... * Tu ne t'habilleras point d'un tissu mêlé ie laine et de lin » (même tabou). Remarquez que toutes ces prescriptions sont édictées sur le même ton impératif; tout cela est nécessaire à la pureté, à l'intérêt présumé des fidèles, qui ne doivent pas contracter la souillure résultant d'un tabou violé. Nous touchons ici du doigt l'origine des codes de morale qui gouvernent encore aujourd'hui l'humanité. A l'origine de tous ces systèmes, il y a confusion entre les ordonnances que nous appelons morales et celles dont la superstition seule est responsable. Là où il y a confusion de choses diverses et diversement fondées en raison, il est inévitable qu'il se produise à la fois un classement et une sélection. C'est alors qu'intervient l'idée de l'utilité sociale, telle qu'on peut, à la longue, la contrôler par l'expérience : ce qui répond aux besoins réels de la société reste à l'état de loi; le résidu constitue l'arsenal de l'étiquette et des vaines superstitions.
26. Lorsqu'une tribu part en guerre, ses magiciens ou prêtres prononcent des imprécations terribles contre l'ennemi; après la victoire, l'ennemi, avec tout ce qui lui appartient, est devenu tabou; il faut tuer tout le monde, brûler ou détruire tout le butin. Ce tabou des dépouilles se constate chez les Hébreux comme chez d'autres peuples de l'antiquité : à Rome,
on accumulait sur un point du Capitule, sans y toucher, les boucliers ennemis, ce qui donna naissance à la légende de Tarpéia, écrasée sous les boucliers des Sabins pour avoir livré la citadelle. L'exemple le plus caractéristique dans la Bible est celui de la prise de Jéricho par Josué. Un cercle magique a été tracé autour de la ville; ses murs se sont écroulés aux sons magiques des trompettes. Bien que gueux et vagabonds, les Hébreux ne s'approprient pas le butin, ne réduisent pas les habitants en esclavage; sur l'ordre de leur Dieu, ils anéantissent tout, personnes et choses, et lorsque l'un d'eux, Akhan, est convaincu d'avoir gardé quelques tapis, on le brûle, lui et sa famille, avec sa tente, ses tapis et tout son avoir. Bientôt ces procédés de cannibales furent atténués par la cupidité et le bon sens; on épargna les objets de métal, mais, pour les purifier du tabou qui pesait sur eux, on les fit passer par le feu et l'eau.
27. Chez les Juifs comme chez les Polynésiens, le contact d'un cadavre rend tabou ; au bout de sept jours, la personne impure lavait ses vêtements, se baignaitet redevenaitpure (iVowôrtfs, 19, 11, 14, 19, 22). Une jeune mère juive était tabou comme une jeune mère polynésienne (Lévit., 12). Il y avait parmi les Israélites des hommes et des femmes dits nazhs ou nazaréens qui avaient fait à l'Éternel des vœux dont le détail est dans le livre des Nombres (chap. 6). Nasir signifie « séparé » ou « consacré »; c'est précisément la signification de tabou. Pour lever le vœu d'un nazaréen, on employait des cérémonies identiques à celles qu'on emploie pour effacer un tabou en Polynésie : le