TRACES DE TOTEMISME 2 SI
S nazaréen se rasait la tête à la porte du sanctuaire et le prêtre plaçait de la nourriture dans ses mains. Cela ne signifie pas que le code mosaïque ait été connu en
* Polynésie, mais que la conception universelle du tabou .peut produire en pays divers les mêmes effets.
28. Le totémisme n'a pas laissé moins de traces chez les Hébreux que les tabous. L'idée même de l'alliance d'Israël avec Jahveh est une de celles que l'on retrouve partout dans le totémisme, où un clan, une tribu font alliance avec une espèce animale ou végétale. Les Hébreux s'abstiennent de tuer et de manger des animaux, comme le porc, dont les ancêtres (sangliers) avaient été les totems des leurs; ces animaux sont réputés à la fois sacrés et impurs, deux désignations trop précises qui, à l'origine, se réduisent à la notion du ■* tabou, c'est-à-dire de l'interdit. Bien plus tard, on imagina que ces animaux interdits étaient malsains, ou qu'en les mangeant on pouvait contracter des vices de caractère. La loi mosaïque se contenta de formuler des interdictions déjà anciennes; les Juifs croyaient eux-mêmes que ces interdictions étaient antérieures au Déluge, puisque l'Éternel, lorsque Noé s'embarque | dans l'arche, lui prescrit de prendre avec lui deux \ couples de chaque espèce impure et sept couples de
* chaque espèce pure, sans lui expliquer ce que signifient ces mots {Gen., 7, 2). Une autre trace du caractère
' sacré des animaux dits impurs est la coutume clandestine stigmatisée par Isaïe (66, 17) : « L'Éternel punira ceux qui se sanctifient et se purifient au milieu S des jardins, en mangeant de la chair de pourceau, des souris et des choses abominables. » 11 v a là évidem-
ment la survivance d'un de ces sacrifices périodiques de totems par lesquels l'homme croit se sanctifier en mangeant une viande sacrée, généralement soustraite à l'usage.
29. Je laisse de côté les noms d'hommes et de tribus où entrent des noms d'animaux, car on peut toujours soutenir qu'il s'agit de sobriquets; mais le culte du taureau et celui du serpent, chez les Hébreux, sont des survivances indubitables du totémisme. Il y a toute apparence que Jahveh a été longtemps figuré sous les traits d'un taureau. Des images portatives de taureaux, recouvertes d'or, furent dédiées par Jéroboam; le prophète Osée s'insurge contre le culte du taureau dans le royaume d'Israël (8, 5; 10, 5). Le fameux veau d'or des Israélites, objet de la colère de Moïse, n'a. rien à voir avec le bœuf Apis, qui était vivant; c'est une idole totémique, comme on en rencontre dans le pays de Chanaan, où le taureau était le « symbole », c'est-à-dire l'incarnation d'un Baal. Bien que la loi mosaïque soit hostile à toute espèce d'idolâtrie, le culte du serpent fut pratiqué par Moïse lui-même, qui transforma en serpent sa baguette magique {Ex., 7, 9-12) et fit un serpent d'airain pour guérir le peuple des morsures de serpents (Nombres, 21,9). Un serpent d'airain, peut-être totem de la famille de David, était adoré dans le temple de Jérusalem et fut détruit seulement par Ezéchias vers —700 (II Rois, 18, 4).
30. La prophétesse Débora, dont le nom signifie abeille, était sans doute, comme les prêtresses de la Diane d'Éphèse dites abeilles (en grec, métissai), l'hiérodule d'un culte totémique de cet insecte. Samson, le