LA MAGIE 26J
tueur de lions, était probablement un lion, dont la force réside dans l'opulente et fauve crinière; ce lion était identifié au soleil, comme en Babylonie, d'où l'analogie du nom de Samson avec celui du dieu solaire babylonien Shamash. On pourrait parler ici de l'éloquente ânesse de Balaam.à rapprocher de la tradition grecque qui faisait adorer par les Israélites — peut-être par ceux de Samarie — un dieu à tête d'âne, et du rôle joué par l'ànesse dans Zacharie (9,9), comme dans le récitde l'entrée de Jésus à Jérusalem. Dans ceiui du baptême, la colombe qui descend du ciel sur Jésus est encore un ancien totem syrien. J'ai parlé précédemment du poisson, totem syrien adopté par les juifs et par les premiers chrétiens (Introd., p. 29). Bien entendu, il ne s'agit que de survivances ; les juifs étaient totémistes sans le savoir. Comme tous les peuples, ils durent cesser d'être totémistes, au sens strict du mot, le jour où ils possédèrent des animaux domestiques; le culte totémique est généralement incompatible avec la possession du bétail.
31. Par réaction contre les peuples païens qui entouraient Israël et dont les pratiques le séduisaient sans cesse, le sacerdoce juif, dont l'Ancien Testament est l'œuvre, s'est montré hostile à toute magie, comme aussi à la crovance populaire en la survie des âmes, qui pouvait autoriser l'évocation des morts ou nécromancie. Cependant, cette stratégie de l'animisme est si naturelle à l'homme, que la Bible en renferme encore de nombreux exemples. Moïse et Aron sont des magiciens, qui rivalisent avec les magiciens de Pharaon {Ex., 7, 11-20). Balaam est un magicien qui prononce
des incantations contre Israël, et passe ensuite au service de Jahveh {Nombres, 22 et suiv. ; Mich., 6, 5). Jacob use d'un procédé de magie sympathique pour faire naître des brebis tachetées (Gen., 3°> 39)- La divination, qui est l'emploi de la magie pour découvrir la volonté des êtres spirituels, était pratiquée au moyen des JJvim et des Thummint, sortes de dés enfermés dans un coffret dit êphod.
« Tu ne laisseras pas vivre une sorcière», est- il écrit dans Y Exode (22, 18). Parole funeste, et dont les Églises chrétiennes se sont trop fidèlement inspirées! On y trouve à la fois l'affirmation de la sorcellerie comme une réalité, et la tendance, encore vivante de nos jours, à considérer la sorcellerie comme un apanage du sexe faible; les Églises et les tribunaux laïcs ont brûlé cent fois plus de sorcières que de sorciers.
32. Depuis la centralisation du culte à Jérusalem (620), les grandes fêtes juives de Mazzoth (azymes), Shabuoth (les semaines ou la Pentecôte) et Sukhoth (les Tabernacles) furent rattachées, par un lien factice, à des événements de l'ancienne histoire des Hébreux, de l'Exode et de la vie d'Israël au désert. Antérieurement à cette époque, c'étaient des fêtes agraires, sans date fixe, marquant, la première, le commencement de la récolte de l'orge; la seconde, cinquante jours après — d'où le nom de Cinquantième, en grec Pentekostê — la fin de la moisson du blé; la troisième, les vendanges. C'étaient de vieilles fêtes chana-