‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 74 sur 283 · TRIADES CELTIQUES · texte numérisé non relu

TRIADES CELTIQUES

quelques textes font penser, en effet, qu'un rôle analogue était attribué à l'Hercule celtique, fondateur d'Alésia.

19. Les monuments nous font connaître des déessesmères, généralement groupées par trois, qui s'appellent Maires ou Matronae et portent des épithètes locales très variées, celtiques ou germaniques. Elles répondent aux fées du folklore celtique, nom dont la forme latine, /«tableur est quelquefois appliquée par les inscriptions.

20. Ce groupement de divinités par trois paraît avoir été familier aux Celtes. Nous avons déjà parlé d'Esus, Taranis et Teutatès, du dieu cornu entre Apollon et Mercure; sur plusieurs monuments on rencontre un dieu à trois têtes, identifié plus tard à Mercure, qui semble résumer en lui une triade. La triade était aussi une formule religieuse; ainsi Diogène Laërce attribue aux Druides ce triple précepte : « Honore les dieux, ne fais pas le mal, sois brave. » Le genre littéraire de la triade est très développé chez les Bretons du pays de Galles; les savants locaux, au xviir3 siècle, ont fabriqué de longues litanies composées de triades philosophiques et morales, sur quelques modèles qui leur étaient connus par la tradition. D'autre part, beaucoup de dieux gaulois formaient, avec des déesses, non pas des triades, mais des couples; ainsi Sucellus est associé à Xantosvelta, Mercure à Rosmerta, Borvo à Damona, Apollon à Sirona, Mars à Xemetona. Nous ne savons pas si ces déesses étaient conçues, dans la légende, comme les épouses ou les sœurs des dieux; nous les appelons prudemment leurs compagnes ou leurs parèdres.

21. César dit que les Gaulois sont un peuple très superstitieux; pourtant, dans son récit de la guerre des Gaules, il ne fait aucune part à la religion. Librepenseur lui-même, il a, si l'on peut dire, laïcisé cette histoire; Camille Jullian a eu raison de réagir contre l'impression qui s'en dégage à cet égard.

22. Dans un passage célèbre (VI, 17), César nous apprend que les Gaulois ont, sur les dieux, à peu près les mêmes idées que les autres peuples; que leur dieu principal est Mercure, inventeur des arts et guide des voyageurs; qu'après lui ils adorent Apollon, guérisseur des maladies, Mars, dieu de la guerre, Jupiter, dieu du ciel, Minerve, qui préside à l'industrie. Ces assertions sommaires ne doivent pas faire illusion. César dit lui-même (I, 1) que les tribus gauloises diffèrent entre elles par la langue, les moeurs et les lois; il semble donc se contredire en leur attribuant un panthéon bien défini de cinq dieux. En outre, il est certain que l'identification de certains dieux gaulois aux dieux romains a été un résultat de la conquête et ne l'a pas précédée. César s'est exprimé très brièvement et a résumé, à l'intention de ses lecteurs romains, l'impression d'ensemble qu'il avait gardée des religions de la Gaule. Il trouva dans ce pays un grand nombre de dieux, analogues à ceux de la vieille religion romaine dont s'était dégagé, par sélection et sous l'influence de la Grèce, le panthéon romain. Indiquant et, par là même, provoquant une évolution analogue, il groupa les divinités sous cinq chefs principaux. Son exemple fut si bien suivi que, dans les inscriptions de la Gaule romaine, on trouve précisément ces cinq noms collectif,

DIEUX GAULOIS ET DIEUX ROMAINS !Tô

de dieux, suivis d'épithètes qui sont tantôt locales, tantôt caractéristiques de la fonction des dieux indigènes. Ainsi Mars paraît, dans les textes épigraphiques, avec 40 épithètes, Mercure avec 20. Apollon avec 12, Jupiter et Minerve avec quelques-unes seulement. Dans les monuments figurés. Mercure se trouve beaucoup plus souvent que Mars. Ce dernier, représentant le groupe des divinités guerrières, était naturellement plus en honneur à l'époque de l'indépendance celtique; mais, dès le temps de César, la Gaule s'étant enrichie et calmée. Mercure, dieu du négoce, avait pris le dessus et son importance s'accrut d'autant plus sous la domination romaine, qu'il n'était pas suspect aux Romains. Le Mars celtique fut assimilé au Mars duCapitole ce qui le rendait inoffensif, le romanisait, tandis que le bon Mercure est souvent représenté encore avec le caractère et le costume d'un dieu gaulois.

23. César a raison d'attribuer aux Gaulois un Apollon médecin : c'est le dieu des eaux thermales, dont le nom romain paraît- associé à de nombreuses épithètes comme Bormo ou Borvo (le bouillonnant), Grannus (le brillant), Maponus (l'enfant), Toutiorix (le roi de la cité). L'Apollon du Xorique (sur le Danube) s'appelle Belenus; les soldats répandirent son culte sous l'Empire comme ceux de Granmts. qu'adorait Caracalla en 215, et de la déesse équestre Epona.

24. On voit que les prétendus noms des dieux gaulois, dont on connaît plusieurs centaines, ne sont, en réalité, que des épithètes; si ces dieux avaient des noms, il faut croire qu'ils étaient tenus secrets.

25. L'organisation de la religion gallo-romaine, sur le modèle du panthéon romain, fut un effet de l'organisation politique de la Gaule et aussi de l'industrie des faiseurs d'images, qui se développa très rapidement. Des divinités spécialement romaines, comme Neptune, Vénus, Tutela, Concordia, s'introduisirent en Gaule; les marchands et les soldats y apportèrent des cultes étrangers, comme ceux d'Isis, de Mithra, d'Attis, de Belos. Toutes ces religions étaient dominées par le culte politique de Rome et d'Auguste, qui fut institué en — 12 au confluent de la Saône et du Rhône à Lyon. Le loyalisme des Gaulois, comme celui d'autres peuples conquis, s'affirma aussi par l'addition du surnom d'Augustus aux noms de leurs divinités, par exemple dans la formule « consacré à Mercure Auguste » qui paraît souvent dans les inscriptions.

26. Alors que la Gaule cisalpine et la Provence avaient seules, avant la conquête, possédé des temples, la Gaule transalpine, dès le Ier siècle, se couvrit d'édifices somptueux, comme le sanctuaire de Mercure Dumias sur le Puy de Dôme, dont la statue colossale en bronze était l'œuvre du Syrien Zénodore. Il est inutile d'insister ici sur la religion gallo-romaine; tes détails qui concernent son organisation, ses prêtres et ses fêtes sont du ressort des manuels d'antiquités.

27. Les Druides formaient te clergé national gaulois; on les trouve dans les Iles Britanniques et en Gaule, mais non pas dans la Gaule cisalpine, ni en Germanie, ni en Galatie. Leur nom paraît signifier dru-vid, « le très voyant »; l'étymologie qui le rattache

Page 1