LES DRUIDESSES
Divitiac, sans dire qu’il lût Druide, alors que nous apprenons ce détail par Cicéron, qui vante sa science des présages. Après avoir dit que les Druides sont très puissants. César ne leur attribue aucun rôle pendant la conquête. Ammien Marcellin, traduisant le grec Timagène, rapproche les associations druidiques des confréries pythagoriciennes, ce qui implique non seulement des analogies doctrinales, mais un genre de vie cénobitique. César ne souffle mot de cela. Il y a là matière à des controverses qui n’ont pas manqué. Je crois qu’il faut distinguer d’abord entre les nobles ayant reçu l’éducation druidique, comme était sans doute ce Divitiac, et le corps sacerdotal proprement dit, lié par une discipline sévère, qui tenait ses assises annuelles au pays chartrain. Ces derniers étaient-ils mariés? Vivaient-ils en commun? On ne peut ni l’affirmer, ni le nier. Mais ce qui paraît évident, c’est qu’à l’époque de César la puissance des Druides avait ■ déjà décliné; la Gaule n’était plus une théocratie.
31. A côté des Druides, deux auteurs grecs mentionnent les bardes, dont César ne dit rien, mais qu’on retrouve en Irlande. Le prêtre du culte local en Gaule s’appelait guluater. Il n’est pas sûr qu’il y eût des prêtresses, du moins à l’époque de César, car les prophétesses de l’île de Sena, magiciennes et sorcières, peuvent fort bien n’être qu’un mythe poétique recueilli par le géographe Mêla. Quant aux Druidesses dont il est question parfois sous l’Empire, ce sont des diseuses de bonne aventure ; rien ne prouve que les femmes aient joué un rôle dans l’institut druidique avant son déclin.
LES CELTES OU GAULOIS
32. Ce déclin ne résulta pas d’une persécution: religieuse, mais de mesures de police, par lesquelles l’Empire prohiba les sacrifices druidiques, et de la fondation des grandes écoles romaines, comme celle d’Autun, qui privèrent les Druides de leurs élèves. Après un dernier effort sous Vespasien; lors de l’incendie du Capitole, qui leur semblait présager la fin de la puissance romaine, les Druides émigrèrent en Grande-Bretagne, puis en Irlande, où ils se maintinrent pendant quatre siècles encore. En Irlande, ils ont leur place à table auprès des rois, dont ils élèvent les enfants; un roi n’ose pas parler avant un Druide; ils sont sorciers, devins et conseillers d’État. Même après le triomphe du christianisme, le druidisme irlandais se maintint en face du clergé chrétien; il ne disparut que vers 560, après l’abandon de Tara, la capitale du roi suprême de l’île.
33. Ce que nous savons des Druides irlandais nous vient de la littérature épique et historique de ce pays, transmise, dans un état profondément remanié, par des manuscrits dont les plus anciens sont du xie siècle. Ces textes ont conservé des légendes bien antérieures, certainement païennes, dont on a voulu tirer parti pour compléter le peu que nous savons touchantles traditions mythologiques des Celtes. Il est certain que Nuadu, roi à la main d’argent dans la légende irlandaise, peut être identique au Mars Nodon, connu par une inscription romaine de Grande-Bretagne; il est possible aussi que le nom du dieu Lug, artiste et médecin, se retrouve dans celui des génies celtiques dits (au pluriel) Lugoves et dans celui des villes appelées Lugdunum, bien qu’un auteur grec explique le mot Lug par