LE SOLEIL ET LA LUNE
il sera question plus loin. Le culte du Soleil chez les Germains est attesté par un très ancien groupe en bronze découvert dans l’île de Seeland ; il représente un cheval attaché à un char, sur lequel est placé verticalement un grand disque orné d’incisions. Cet ex-voto, de fabrication locale, a certainement été jeté dans un marais pour servir d 'adjuvant au soleil, comme les chevaux blancs que l’on précipitait dans la mer, à Rhodes et ailleurs.
4. Germains et Celtes sont d’accord pour venir en aide au soleil en allumant des brandons, surtout au début du printemps et aux solstices, en promenant et en immergeant des roues enflammées. Le feu du foyer est assimilé au soleil et participe de sa sainteté ; en cas d’épidémie on l’éteint, pour le remplacer par un feu nouveau, produit en frottant deux morceaux de bois.
5. La lune fut identifiée à la Diane des Romains, chasseresse nocturne et reine des sabbats. Une des questions posées par Burchard, évêque de Worms, en l’an 1000, est ainsi conçue : « As-tu cru qu’il y a quelque femelle qui, pareille à celle que la folie du vulgaire appelle Holda, chevauche la nuit sur certaines bêtes, en compagnie de démons transformés en femmes? C’est ce qu’affirment certaines créatures trompées par le diable. » La même question est répétée dans d’autres recueils, avec cette différence que Holda — la Frau Hotte ou Holde des légendes allemandes — y est appelée « Diane, déesse des païens ». Hold, en allemand, signifie « bienveillant » ou « propice »; mais c’est là un euphémisme, comme celui qui a fait appeler la
Mer JNoire « Pont Euxin », c’est-à-dire « mer hospitalière », ou les terribles Euménides grecques « déesses bienveillantes ». Dans les textes populaires, Holle est un génie des eaux et de l’atmosphère. En été, à midi, on peut la surprendre, comme l’Artémis grecque, se baignant nue dans une source; en hiver, c’est elle qui fait tomber la neige, en secouant l’édredon de son lit de plumes. Mais c’est surtout une sorcière, la reine des sorcières, redoutable et cruelle, qui emporte les âmes des enfants morts sans baptême. A ce titre, elle fut encore identifiée à Hérodiade, la petite-fille d’Hérode, qui fit décapiter saint Jean-Baptiste. Burchard la mentionne en ces termes : « Quelques femmes scélérates, séduites par les sortilèges des démons, croient qu’aux heures de la nuit elles chevauchent avec Diane, déesse des païens, ou avec Hérodiade et une innombrable troupe d’autres femmes, et qu’elles franchissent des espaces immenses. » En 1280, un évêque écrit : « Qu’aucune femme ne prétende chevaucher la nuit avec Diane, déesse des païens, ni avec Hérodiade, aussi appelée Bensozia. » Ce dernier nom est peut-être une corruption de Bona soda, « bonne compagne ». Vers 680, lorsque saint Kilian travaillait à convertir les Francs orientaux, leur chef Gozbert lui demandait avec insistance si le dieu qu’il prêchait « valait mieux que sa Diane à lui ».
6. Tacite, à l’exemple de César parlant des Gaulois, identifie les dieux germaniques à ceux du panthéon gréco-romain. Le dieu principal des Germains est Mercure : « Ils lui donnent à certains jours des victimes. Ils adorent aussi Hercule et Mars, mais ils
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