LES ARBRES SACRES
sans être attaché, marque de sa dépendance et hommage public à la puissance du dieu. Vient-on par hasard à tomber, il n’est pas permis d’être relevé ni de se relever soi-même; il faut sortir en se roulant par terre... En ce bois, berceau de la nation, réside la divinité souveraine. » On entrevoit, dans ces lignes trop concises, l’idée que les Germains se croyaient nés des arbres sacrés, qui se rencontre chez d’autres peuples, et celle que le contact de la Terre-Mère est bienfaisant; car il s’agit évidemment de gens qui se laissent choir et roulent à terre, non de gens qui tombent par accident. Nous savons d’ailleurs que, chez les Germains, un enfant nouveau-né était couché sur le sol nu, et que son père le relevait, comme s’il était à l’instant sorti de la terre, la mère commune des mortels.
Tacite n’a pas dit que le dieu des Semnons fût Mars; mais comme les Suèves s’appelaient Cyuvari, c’est-à-dire adorateurs de Ziu, il est probable qu’il s’agit bien de ce dieu-là.
io. A côté de Mercure et de Mars, Tacite distingue un troisième grand dieu qu’il identifie à Hercule, alors qu’il ne parle pas de Jupiter. 11 est certain que le même dieu germanique, Thor ou Donar, était assimilé tantôt à Jupiter, tantôt à Hercule. Thor, dans les Eddas, est un guerrier redoutable, tueur de monstres, qui a une taille, une vigueur, un appétit extraordinaires comme Hercule; son marteau divin, Mioellnir, rappelle ia massue du héros grec, qui lui-même, d’ailleurs, est le fils de Zeus, le dieu tonnant. Il arriva une fois à Donar, malgré sa longue barbe rousse, de s’habiller en 'emme comme l’Hercule grec; ce n’était pas, il est
vrai, po’. obéir au caprice d’une Omphale, mais peur reprendre par ruse son marteau volé.
x i . Les documents latins du moyen âge attribuent généralement à Jupiter ce que les documents germaniques attribuent à Thor. Le chêne de Jupiter est le Donares eih, que saint Boniface fit abattre à Geismar. Saxo qualifie de lapides ou mallei joviales (pierres ou marteaux de Jupiter) les haches polies que l’on regardait comme des « pierres de foudre » et que le.s Grecs, pour ce motif, appelaient céraunies; les .Allemands les appellent encore « coins de Thor » ( Donnerkeile ) et y voient des talismans contre la foudre. Enfin, la plante dite Donnerbart en Allemagne est notre Joubarbe {Jovis barba ) ; on croyait qu’elle préservait de la foudre les murs sur lesquels elle poussait spontanément.
12. A côté de Mercure, d’Hercule et de Mars, Tacite croit distinguer chez les Germains la déesse Isis ( Germ ., chap. IX). Une partie du grand peuple des Suèves offre, suivant lui, des sacrifices à cette divinité étrangère; il ajoute que la figure d’un vaisseau, qui en est le symbole, atteste que ce culte est venu d’outremer. Tacite songe évidemment à la barque d’Isis, que l’on offrait chaque année à la déesse dans le culte romain de cette divinité égyptienne. Des coutumes analogues se rencontrent au moyen âge germanique 1x11e siècle) . Le peuple, dansant et chantant, suit un navire monté sur roues, qui porte, dit un chroniqueur, « on ne sait quel malin génie ». L’hypothèse de l’introduction du culte d’Isis en Germanie doit être laissée à Tacite; il s’agit d’une de ces promenades divines, en