‹ OrpheusChapitre 109 sur 359 · M S DÉESSES GERMANIQUES · texte numérisé non relu

M S DÉESSES GERMANIQUES

char ou en bateau, comme on en trouve dans divers pays, par exemple dans le culte gréco-romain de Cybèle. Une déesse de l’Abondance, adorée sur le bord de la mer, pouvait fort bien avoir pour attribut un bateau ou une rame, comme la Nehalennia germanique dont on a trouvé des autels sculptés en Hollande, près des bouches du Rhin.

13. Tacite parle d’une autre divinité traînée dans un char ( Gerrn ., XL) : « En une île de l’Océan est un bois sacré et, dans ce bois, est un char couvert, destin' à la déesse. Le prêtre seul a le droit d’y toucher, il connaît le moment où elle est présente dans le sanctuaire; elle part, traînée par des génisses blanches; il la suit avec une vénération profonde. Ce sont alors des jours d’allégresse; c’est une fête pour tous les lieux qu’elle daigne honorer de sa présence. Les guerres sont suspendues ( trêve de Dieu ) ; toute arme est soigneusement écartée. C’est le seul temps pendant lequel les Barbares acceptent le repos et cela dure jusqu’à ce que la déesse, rassasiée du commerce des mortels, est ramenée à son temple par le même prêtre. Alors le char et le voile qui le couvre et, si on les croit, la divinité elle-même sont baignés dans un lac solitaire. Des esclaves s’acquittent de cet office et, aussitôt après, ils sont précipités dans le lac. De là une religieuse terreur et une sainte ignorance sur cet objet superstitieux qu’on ne peut apercevoir sans périr. »

Le tabou visuel, la promenade et le bain de la déesse — rite servant à provoquer la pluie — sont des idées très répandues dans le monde antique. Le calendrier romain marque un bain de la Mère des dieux ( lavatio

Matns deûm) au 6e jour des calendes d’avril. Ovide nous montre un prêtre qui, vêtu d’une robe de pourpre, lave la déesse et les objets sacrés dans les eaux de l’Almon.

14. Tacite a donné le nom de cette déesse du Schlesvig : elle s’appelait Nerthus (la souterraine), et l’historien romain l’identifie avec raison à la Terre- Mère, la Cybèle ou Mère des dieux des Grecs d’Asie. Sa procession a le caractère d’une fête agraire, destinée à seconder le réveil de la nature au printemps. On observe encore en Allemagne des rites analogues; la divinité bienfaisante est représentée par des mannequins, le roi et la reine de mai, que l’on salue avec des danses et des chants. A l’époque de Tacite, il est probable que la déesse était censée présente, mais qu’il y avait seulement, sur le char, un siège sans idole. On connaît une pierre gravée de Mycènes qui représente une procession de femmes s’avançant vers un trône vide. Le culte du trône, analogue à celui de l’arche sainte chez les Hébreux, a été mis en pleine lumière pour la Grèce archaïque. Ainsi, l’on a montré que les accidents de terrain, qualifiés de « trônes » de divinités ou de héros, par exemple le rocher dit « trône de Pélops » près de Smyrne, n’étaient que d’anciens lieux de culte. Reichel a très ingénieusement retracé le passage du trône naturel au trône mobile, sur lequel la divinité, fixée par le culte même qu’on lui rend, accompagne la tribu dans ses migrations. Hérodote, décrivant l’armée de Xerxès au sortir de Sardes, y signale un char traîné par huit chevaux blancs; ce char est vide, mais personne n’y doit monter, car c’est celui du maître des dieux.

Page 1