LES DIEUX SLAVES
galicien qui désigne un chêne de Perhunu comme limite d’un champ. Louis Léger a donné des raisons de croire que, chez les Russes, les Serbes et les Bulgares, saint Élie, qui apparaît comme le maître du tonnerre, de la pluie et de l’orage, a hérité de la légende de Perunu.
6. Helmold, prêtre de Lubeck vers 1150, dit que le dieu principal des Slaves est Svantovit, dont il décrit le temple et l’idole dans l’fle de Rügen. D’après les détails qu’il donne sur le culte, Svantovit était un dieucheval. Suivant Helmold, le nom de Svantovit serait une corruption de saint Vit, patron de Corvey, dont Louis IT, au ixe siècle, avait établi le culte à Rügen, avant le dernier retour offensif du paganisme slave. Cela est inadmissible, bien qu’on le répète souvent, à cause de certains noms de dieux slaves qui offrent un air de famille avec Svantovit, tels que Porevit, Rugievit et Herovit. Ce sont les moines qui ont prétendu reconnaître leur sanctus Vitus dans Svantovit, dont le nom paraît signifier « puissant oracle ».
7. Chez les Slaves baltiques, on mentionne des idoles à plusieurs têtes. Saxo (vers 1170) connaît à Rügen un dieu Porenutius, dont l’idole avait quatre visages, avec un cinquième sur la poitrine. Il décrit aussi l’idole de Svantovit dans le temple d’Arcona à Rügen, avec quatre cous et quatre têtes; elle tenait d’une main un arc, de l’autre une corne à boire que, chaque année, le prêtre remplissait de vin; d’après l'état de conservation du liquide, il prédisait les récoltes à venir. Près de l’idole on voyait un frein et une selle, destinés au cheval blanc du dieu, que le prêtre seul
LES SLAVES
pouvait monter. On croyait que le dieu montait ce coursier pour combattre les ennemis des Rugiens et qu’il s’en servait pendant la nuit, car on le trouvait souvent, au matin.-recouvert de boue et de sueur. Ce cheval servait aussi d’animal d’augure, genre de divination qui se rencontre chez d’autres tribus slaves. Seul le prêtre pouvait entrer dans le sanctuaire; en le balayant, il devait retenir son haleine (comme les prêtres parsis). Il est également question d’un dieu triple dit Triglav, d’un Rugievit à sept visages, d’un Porevit à cinq têtes, etc. Triglav, à Stettin, possédait, comme Svantovit, un cheval sacré qui rendait des oracles; sa selle, conservée dans le temple, était d’or et d’argent.
8. Les musées conservent quelques grossières idoles représentant des dieux tenant des cornes; la plus intéressante est une grande pierre à quatre faces, découverte dans une rivière et transportée à Cracovie. Ces idoles sont à rapprocher des menhirs sculptés de l’Aveyron et. plus encore, des nombreuses figures dites Kamennaia baba, statues en pierre de femmes et d'hommes tenant une corne à boire, qui sont répandues dans toute la Russie méridionale.
q. Volosa, le dieu des troupeaux, identifié par le folklore russe à saint Biaise, s’appelle, en tchèque, Veles et désigne au XVe siècle le démon. Dazbogu, qui avait une idole à Kiefï, est un dieu solaire; son nom signifie « le dieu qui donne ». En serbe, Dabog est le démon.
io. Les Slaves balkaniques ont un dieu Trojanu, qui est certainement l’empereur Trajan. Les ruines.