LES NYMPHES SLAVES
romaines des pays danubiens, attribuées par la tradition populaire à Trajan, passent pour être peuplées de démons comme toutes les ruines; un de ces démons prit le nom de l’empereur. Ce culte fut transmis aux Russes et quelques textes, du xne siècle au xvie, associent le nom de Trojanu à celui de Perunu.
11. Helmold parle d’un dieu slave nommé Zcernoboch « le dieu noir ». Dans les festins, au dire du chroniqueur, les Slaves font circuler une coupe sur laquelle ils prononcent des paroles « au nom du dieu bon et du dieu méchant ». Le dieu noir devait avoir pour pendant un dieu blanc, Bielbog, dont le nom survit dans quelques noms de lieux. Il y a là une trace de dualisme et peut-être d’une influence persane.
12. Les nymphes dont parle Procope sont les Vilas, communes à tous les Slaves, à l’exception de ceux de la Baltique. Les Vilas, qui habitent les nuages, la terre et les eaux, sont de jolies filles qui passent leur temps à danser et à chasser. Parfois guérisseuses et secourables, elles sont souvent aussi malfaisantes, soulèvent des tempêtes, aveuglent ou noient ceux qui les surprennent nues, infligent, comme les nymphes grecques, des accès de délire. Leurs cheveux d’or renferment le principe de leur vie et celle à qui l’on arrache un cheveu meurt à l’instant. Il y a des légendes analogues dans l’antiquité classique : le cheveu d’or de Nisus, roi dé Mégare, est traîtreusement arraché par sa fille Scylla (Ovide) ; pour que Didon puisse mourir sur le bûcher,, il faut que Proserpine lui arrache un cheveu d’or (Virgile). Quelques récits laissent entrevoir la nature animale des Vilas, qu’on représente comme des serpents.
LES SLAVES
des poissons, des cygnes, ou parfois chevauchant des cerfs (en Bulgarie). Encore aujourd’hui, les Slaves du sud leur font des offrandes, lambeaux d’étoffes, fleurs et gâteaux.
13. Chez les Russes et les Bulgares, on trouve des Vilas nommées Rusalkas, nom qui a été rattaché au grec byzantin Rousalia, la fête des roses. Elles passent, dans certains pays, pour les âmes des jeunes filles mortes avant le mariage.
14. I.es dieux domestiques jouent un grand rôle dans le folklore slave. En Russie, l’équivalent du Lar familiaris des Romains est un vieillard, appelé l’aïeul de la maison, qui se cache pendant le jour derrière le poêle et, la nuit, vient manger les mets qu’on a préparés
' pour lui. Ce génie est l’âme d’un ancêtre; on lui offre des invocations et des sacrifices et, quand un paysan déménage, il invite le domovoj à le suivre dans sa nouvelle demeure.
15. Nous avons vu qu’il y avait des temples chez les Slaves bal tiques ; il n’y en avait probablement pas en Russie, où l’on dressait des idoles sur les hauts lieux. Ce que les chroniqueurs chrétiens disent des sacrifices humains ne doit être accepté que sous réserves; en revanche, les sacrifices de bœufs, de chevaux et de moutons sont bien avérés. Les bois sacrés jouaient le même rôle qu’en Germanie; les arbres sacrés étaient surtout des chênes et des noyers. On rendait aussi un culte aux sources et aux montagnes; du moins est-il question d’une montagne sacrée en Silésie.
16. Le culte des morts est attesté par des milliers de sépultures païennes où les défunts sont entourés de