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DOCTRINE DE L’INSPIRATION

12. L’attribution des cinq premiers livres à Moïse lui-même, bien qu’il y soit question de sa propre mort a été admise par les Israélites dès le Ve siècle avant Jésus-Christ et a toujours été affirmée par la Synagogue. L’Église chrétienne en a fait autant et l’Église catholique maintient encore cette opinion, tout en admettant que « Moïse » a pu mettre en œuvre des documents antérieurs et même employer des « secrétaires ». Depuis le xvne siècle, les savants sérieux ont rejeté cette manière de voir; l’oratorien français Richard Simon, malmené à tort par Bossuet, fut un des premiers à donner des raisons d’y renoncer, bien qu’il n’ait pas osé lui-même aller si loin.

13. La synagogue juive et les différentes églises chrétiennes admettent en outreque l’AncienTestament est un recueil « inspiré », d’autres disent « dicté par Dieu ». Les opinions varient sur la nature de cette inspiration; une doctrine modérée, rejetée par Rome en 1893, voudrait limiter l’inspiration à ce qui concerne « la foi et les mœurs », sans définir d’ailleurs ce qu’il faut entendre par ces deux termes. Reste la thèse orthodoxe à laquelle un théologien libéral répond : « Si Dieu lui-même a écrit la Bible, il faudrait le supposer menteur ou ignorant. » (1) Comme on a montré, dans l’Ancien Testament, une foule d’erreurs, de contradictions el d’absurdités manifestes, l’orthodoxie, pour sauver l’autorité du texte sacré, a inventé le concordisme, fausse science qui consiste à trouver, coûte que coûte, a un accord parfait entre les sciences modernes et les

1) Loisy. Quelques réflexions, p. 22S.

HÉBREUX, ISRAÉLITES ET JUIFS

connaissances du peuple de Dieu. » (i) Ainsi l’on affirme que les jours de la création ne sont pas des jours mais des périodes, alors pourtant que le texte sacré note le matin et le soir de chaque jour. Ainsi encore, l'abbé Moigno découvrait, dans la IIe épître de saint Pierre, « la théorie moderne qui ramène la composition des corps à l’hydrogène ». La science indépendante n’oppose plus au concordisme que le dédain. D’autre part, il y a, dans l’Ancien Testament, de nombreux passages où Dieu est représenté d’une manière indigne de l’ idée que se font de lui les Églises modernes, par exemple se promenant au frais, humant la fumée des sacrifices, montrant son dos à Moïse, ordonnant d’aboniinables massacres et punissant les chefs qui n’ont pas tué assez de monde. Pour justifier ces textes, l’orthodoxie a tantôt usé de sophismes, tantôt elle a prétendu que Dieu avait voulu parler aux hommes suivant les habitudes et les idées de leur temps. De pareils subterfuges sont la négation de la critique historique. Les textes où le Dieu d’Israël se montre différent de l’idéal auquel ce nom répond aujourd’hui ne doivent pas être atténués, mais pris à la lettre; ils sont, pour l’historien, d’un intérêt tout particulier, car ils lui permettent de prendre sur le vif l’évolution de l’idée de Dieu. La divinité est tout à fait inaccessible aux hommes; mais, aux différentes époques que la civilisation a traversées, l’humanité a fait la divinité à son image et l’évolution de cette image est une partie essentielle de l’histoire même de l’humanité.

(i) Houtin, Question biblique au xix® siècle, p. 35.

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