‹ OrpheusChapitre 144 sur 359 · VALEUR MORALE DE L’ANCIEN TESTAMENT · texte numérisé non relu

VALEUR MORALE DE L’ANCIEN TESTAMENT

14. L’Ancien Testament étant l’œuvre d’un grand nombre d'auteurs qui vécurent àdes époques différentes et qui ont utilisé des documents plus anciens, il est puéril de vouloir porter sur cette collection un jugement d’ensemble, de l’exalter ou de la déprécier. Tout lecteur impartial conviendra que l’histoire de Joseph est charmante, que le livre de Job contient des passages sublimes, que les Prophètes et les Psaumes renferment quelques-unes des plus belles pages dont le génie h umai n puisse s’honorer. Qu’il y ait, dans le reste, beaucoup l’enflure orientale, de banalités, de fatras, que les récits manquent de précision et de logique, que le merveilleux soit tour à tour absurde et grotesque, cela non plus ne saurait faire doute à nos yeux. Mais si l’on compare la Bible juive à tout autre recueil de livres sacrés — indous, persans, arabes — on reconnaîtra qu’elle est plus lisible, plus instructive, moins infectée de mysticisme et de phraséologie vague, moins tyrannisée par les préjugés rituels, en un mot plus humaine et plus laïque. On peut dire que toutes les grandes idées de la civilisation moderne y sont en germe, et constater, l’histoire en mains, combien la civilisation moderne lui est redevable. La société anglo-saxonne, celle qui est sortie de la Révolution française dans l’Europe occidentale, sont des filles de la Bible. Salvador et Darmesteter ont pu soutenir, sans paradoxe, que les deux idées maîtresses de notre temps, celle de l'unité de forces et celle du progrès indéfini — non seulement du bien-être, mais de la bonté et de la justice — étaient déjà familières aux prophètes d’Israël, sous les formes, non encore laïcisées, de l’unité divine et de l’espérance

HÉBREUX, ISRAÉLITES ET JUIFS

messianique. Si l’étude de l’histoire, surtout après le triomphe du christianisme, ne montre que trop les calamités et les ravages produits dans le monde par l’exclusivisme religieux, par ce fanatisme que Grecs et Romains n’ont pas connu et que le christianisme a hérité de la Bible juive, il faut mettre en balance le? sentiments de la dignité humaine, de la solidarité, de la charité, de l’égalité des hommes devant Dieu que l'Ancien Testament a transmis au Nouveau et qu’ils contribuent tous deux à répandre encore. Ce « livre par excellence » a fait beaucoup de mal et beaucoup de bien; mais il faudrait condamner toute la civilisation des pays chrétiens, c’est-à-dire tenir un propos absurde, pour nier que la part du bien ne l’emporte. C’est la Bible, et non la philosophie un peu hautaine des Grecs, qui a été la première éducatrice de l’Europe, qui l’a préparée à s’imprégner d’hellénisme depuis la Renaissance et qui, en lui ouvrant des perspectives plus larges, l’a peu à peu mise en état de se passer d’elle.

15. Le médecin français Astruc, au xvme siècle, a reconnu le premier que les deux principales désignations de Dieu dans la Genèse, Elohirn et Jahveh, ne sont pas employées arbitrairement. En mettant bout à bout les passages où Dieu est appelé Elohim et ceux où il es+ désigné sous l’autre nom, on obtient deux récits complètement distincts, que le rédacteur du Pentateuque, tel que nous le possédons, a juxtaposés plutôt que fopdus. Cette seule découverte suffit à écarter

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