‹ OrpheusChapitre 159 sur 359 · SOURCES DU PENTATEUQUE · texte numérisé non relu

SOURCES DU PENTATEUQUE

pages, pleines de naïveté et de fraîcheur. L’idée dominante est celle de l’alliance intime de Dieu avec la postérité d’ Abraham; Dieu ne demande pas aux fidèles un culte compliqué, mais l’obéissance et la foi, et il leur assure, en échange, la possession de la terre de Chanaan. Nous avons vu que l’on peut isoler au moins deux sources de cet ouvrage, l’élohiste et le jéhoviste, et cela non seulement dans le récit de la création, que nous avons pris pour exemple, mais dans toute la Genèse. On croit même aujourd’hui distinguer trois sources, nommées par les exégètes E, P (élohistes) et J (jéhoviste). Il est probable que E a été rédigé dans le royaume d’Israël et J dans celui de Juda, l’un et l’autre assez longtemps avant la ruine du premier ( — 72 1 ) et d’après des sources plus anciennes encore. Il y a quelques allusions à la soumission complète des Chananéens et à la conquête d’Edom, qui obligent de placer la rédaction après David ( — 1016). D’ailleurs, beaucoup de passages ont été insérés postérieurement et ajoutent encore aux difficultés de la critique.

44. Abraham, Jacob, Joseph peuvent avoir été des dieux de tribus plutôt que des personnages réels; mais il n’y a pas que des fictions dans leurs légendes. Abraham est placé par la Genèse à l’époque d’un roi Amraphel (G en., 14, 19), lequel pourrait être cet Hammurapi qui régna, vers 2150, sur la Babylonie unifiée et dont le code a été retrouvé de nos jours à Suse. Dans la légende de Joseph, il y a des traits authentiquement égyptiens, qui conviennent à l’époque des rois Hycsos, et l’histoire de Manéthon sur l’expulsion des lépreux d’Égypte, sous la conduite du

HÉBREUX, ISRAËL (TES ET JUIFS

prêtre Osarsiph, petit bien se rapporter à l’Exode, comme le nom d’ Osarsiph au nom biblique de Joseph. Mais, s’il y a quelques bribes d’histoire dans la Genèse, ce ne sont que des paillettes d’or sous une couche épaisse d’alluvions. Il faut une singulière naïveté pour admettre le détail de ces récits, comme pour ajouter foi aux légendes du déluge, de la dispersion des hommes par suite de la « confusion des langues », etc. La critique du xvme siècle a déjà fait justice de ces illusions, qui n’ont reparu, à la honte du XIXe siècle, que pour retomber définitivement dans le discrédit.

45. Le livre de l’Exode ( Exodos Aigupton, « sortie d’Égypte ») raconte d’abord la multiplication de la famille de Jacob et l’avènement d’un Pharaon hostile aux Hébreux, qui ordonna de jeter au Nil les nouveaunés. L’enfant Moïse, exposé sur le fleuve, fut sauvé par la fille du Pharaon et grandit à la cour royale. Puis, ayant tué un Égyptien qui maltraitait un Hébreu, il se réfugia au désert, où Dieu lui apparut dans un buisson ardent et lui donna mission de sauver son peuple, de l’établir dans la « terre promise » deGhanaan. En compagnie d’Aron, son frère, Moïse demanda au Pharaon la liberté des enfants d’Israël; mais il l’éblouit vainement par ses prestiges de magicien et se heurta à un refus tenace. Là-dessus, l’Éternel affligea l’Égypte de dix plaies, dont la dernière, la plus terrible, fut la mort subite de tous les premiers-nés; les Hébreux furent épargnés par l’ange exterminateur parce qu’ils avaient, sur l’ordre divin, célébré la Pâque. Enfin, les Israélites quittèrent l’Égypte, -emportant la vaisselle

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