LE DEUTÉRONOME
52. Le cinquième livre du Pentateuque porte le nom de Deutéronome, signifiant en grec la seconde loi ou la récapitulation de la loi. Il contient les dernières injonctions de Moïse aux Hébreux avant le passage du J ourdain et le récit des derniers, temps de sa vie. C’est la découverte de ce livre (ou d’une partie de ce livre) dans le Temple, qui fut le principe des réformes sous Josias ( — 622). Ce roi, éclairé par le nouveau texte, extirpa les religions étrangères et détruisit tous les autelset hautslieux pour ne conserver que le sanctuaire de Jérusalem (II Rois, 22). Le Deutéronome a été fortement interpolé après l’Exil, dans l’intérêt de la caste sacerdotale. L’auteur n’a pas connu toute la législation dite mosaïque, mais bien le code primitif, Ex., 21-23 (livre de l’Alliance). L’ouvrage se donne comme l’œuvre de Moïse (31,9), mais l’évidence prouve qu’il est bien postérieur; il reflète une civilisation depuis longtemps sédentaire et l’existence d’institutions monarchiques ( D . 17, 14-20). Alors que l’unité du
sanctuaire n’est prescrite qu’en passant dans le Lévitique, le Deutéronome y revient sans cesse; or, Jérusalem n’est pas un des lieux sacrés les plus anciens d’Israël- c’est celui des rois juifs et surtout de l’État juif restauré par Néhémie. La colonie juive d’Éléphantinc en Égypte qui, vers l’an 500, au témoignage d’un papyrus récemment découvert, avait construit un temple sur le modèle de celui de Jérusalem, devait ignorer le Deutéronome. L’influence de ce livre dans la littérature est manifeste après Jérémie; elle n’apparaît pas dans les prophètes du vne siècle; d’où l’hypothèse de Voltaire et d’autres que le Deutéronome serait
HÉBREUX, ISRAÉLITES ET JUIFS
l’œuvre de Jérémie lui-même (cela n’est pas vraisemblable) et aurait été écrit à Jérusalem (p. 275).
53. Le prophète hébreu (nabi) n’est pas seulement un exalté, un guérisseur, un devin qui fait retrouver les objets perdus (I Sam., 9, 9) : il est au service de la cause de Jahveh, du monothéisme intransigeant, contre l’idolâtrie que protègent parfois les rois; il se fait l’interprète de la conscience du peuple dans ce qu’elle a de plus élevé et de plus pur. « Le prophétisme fut au milieu des Hébreux ce que le ministère évangélique est parmi les peuples chrétiens. » (1) Sans doute, il y eut beaucoup de charlatans, comme ces prophètes hurleursquidescendaient des hauts lieux en compagnie, escortés de musiciens qui jouaient de différents instruments (I Sam., 10, 5) ; mais il suffit d’avoir ouvert Isaïe, Jérémie ou Ezéchiel pour se convaincre que le prophète juif fut autre chose qu’un derviche. L’antiquité païenne ne nous a rien laissé de plus éloquent que ses appels à la justice, à l’égalité, à la pureté morale. Ce sont moins des prophètes que des apôtres et l’on peut dire que leur apostolat dure encore, tant les idées qu’ils ont lancées dans le monde y ont fructifié. « Dans la régénération religieuse de l’Europe, écrivait J . Darmesteter, le prophétisme est encore une des forces de l’avenir. »
54. Il est remarquable que les prophètes ne parlent pas des livres de la Loi, ni d’une législation d’origine divine, ni des contes de la Genèse, tels que le péché
(1) M. Nicolas, Ancien Testament, I, p. 339.