LES PREMIERS PROPHÈTES
d’Adam. Cela seul implique la fausseté des théories modernes qui ont voulu abaisser les œuvres des grands , prophètes jusqu’au ive siècle et considèrent que les noms d’Isaïe, d’Ezéchiel, etc., ont été usurpés par des faussaires. Ces faussaires, d’ailleurs, n’auraient pas manqué de faire parler Élie ou Élisée, dont il est tant question dans les livres historiques de l’Ancien Testament. En réalité, l’enseignement supposé de Moïse se transmettait dans les écoles de prophètes avant l’époque où il fut publié par Esdras, et les prophètes nous apportent l’écho de l’interprétation plus morale que rituellede la religion juive qui prévalait dans ces petites congrégations.
55. Les plus anciens prophètes, Élie et Élisée,. avaient prêché en Israël et s’étaient mêlés à ses luttes intérieures. Durement traités par les rois, ils ne trouvèrent guère de successeurs, bien que les deux premiers prophètes dont nous possédions quelque chose, Amos et Osée, aient aussi prêché dans le royaume du nord. Depuis l’an 800 environ, le prophétisme fleurit surtout dans le royqume de J uda. La prédication, à cette époque, prit un caractère presque exclusivement moral, dirigé contre le formalisme et l’hypocrisieautantquecontre l'idolâtrie et l’oppression. L’Éternel, dit Osée, préfère la miséricorde aux sacrifices (6, 6) ; il repousse, dit Amos, les oblations des méchants (6, 21-25). Michée et Isaïe s’expriment de même : « Otez de devant mes yeux la malice de vos actions, recherchez la droiture, protégez l’opprimé, secourez l'orphelin et la veuve; puis venez à moi, vos péchés seront remis. » ( Is ., 1, n-18). Jérémie va plus loin
HÉBREUX, ISRAÉLITES ET JUIFS
encore et semble proscrire les holocaustes et les sacrifices (7, 21-23). Ezéchiel prêche vraiment un « évangile anticipé », quand il fait dire à l’Éternel : « Convertissez-vous, détournez-vous de vos iniquités; faites- vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Je ne prends point plaisir à la mort du méchant; je veux qu’il se détourne de la mauvaise voie et qu’il vive. » (Ezéch., 18, 21-23.) Ainsi le formalisme, qui allait s’aggraver en Israël pendant les cinq derniers siècles avant Jésus-Christ, a été dénoncé par les prophètes, malgré le sacerdoce qui en vivait et qui suscitait même d’autres prophètes pour le défendre ( Jér ., 7 et 17).
56. Isaïe prêchait en Juda, lorsque Samarie fut prise par les Assyriens (721) qui mirent fin au royaume d’Israël. Jusque-là il avait parlé « contre l’avidité du riche, contre l’iniquité du juge, contre le vide du culte ». Après la catastrophe, il salua avec enthousiasme le règne d’Ézéchias, qui semblait devoir réaliser les espérances du prophétisme en Juda. H salua le roi comme un héros de Dieu, un prince de la paix; Ézéchias devint ainsi le Messie et ces textes ont passé pour annoncer le règne de Jésus (Is., g, 1 ; comparez Alt., 4, 13-16). Isaïe prédit encore la ruine de l’Assyrie, la fin de la guerre et de la haine. Le loup allait habiter avec la brebis; le veau, le lion, le mouton paîtront ensemble et un petit enfantles conduira (11,6). Malheureusement, Ézéchiaf mourut, laissant un enfant de douze ans, Manassé dont la minorité et le long règne furent marqués par une réaction « libertine ».. (1) Isaïe, suivant une légende tardive, fut réduit au silence par le bourreau.
(1) Darmesteter. Prophètes, p-. 65.