ISAÏE
57. Le recueil qui nous a été transmis sous le nom d’Isaïe (740-710 av. J C.) comprend une portion considérable Je. 40-60) que la critique moderne a retirée à ce prophète pour l’attribuer à un auteur plus récent, le second Isaïe. Le second Isaïe parle aux juifs exilés en Babylonien Jérusalem et les autres villes sont en ruines; maislepropbète annonce l’arrivéede Cyrus, qui prendra Babylone et délivrera les Juifs. Comme on ne peut voir là qu’une prophétie après l’événement, le second Isaïe ne peut être antérieur à 538. Vainement, la Commission biblique du Vatican a prononcé, èn 1907, qu’il ne fallait pas distinguer deux Isaïe,que, par suite, Cyrus avait été nommé et ses actions prédites avant sa naissance :
Dieu fit choix de Cyrus avant qu’il vît le jour (1).
L’orthodoxie même a relevé le caractère non pas historique, mais théologique de cette décision, manière ingénieuse d’en excuser l’absurdité; les exégètes libéraux se sont contentés de sourire. La cause est entendue depuis longtemps.
Le second Isaïe est peut-être le plus éloquent de tous les prophètes et « celui dont la voix a porté le plus loin ». Rien de plus sublime que le chant de triomphe dont il salue la clémence de Jahveh envers son peuple : « Cieux, réjouissez-vous, car l’Éternel a travaillé; vous, lieux bas de la terre, jetez des cris de reconnaissance, éclatez de joie, et vous, forêts, et tous les arbres, parce que l'étemel a racheté Jacob et
HÉBREUX, ISRAÉLITES ET JUIFS
s’est rendu glorieux en Israël » (44, 23). En plusieurs passages il est question du Juste idéal, dit serviteur de Jahveh, dont les souffrances et la mort doivent hâter la victoire de Dieu. « Le programme du serviteur de Jahveh, dit l’abbé Loisy, est déjà presque celui de Jésus; il semble que son idée du royaume de Dieu soit purement spirituelle, toute préoccupation politique et nationale étant écartée. » Jérusalem relevée, l’œuvre du prophétisme était accomplie; on ne trouve plus, pendant la durée du second Temple, que trois petits prophètes, Aggée, Zacharie et Malachie.
58. « Jérémie, écrivait Darmesteter, passe généralement pour le prophète des jérémiades ; il doit cette réputation à un petit recueil d’élégies sur la chute de Jérusalem, qui n’est pas de lui. Dans ses quarante années de prophétisme, il a prêché, il a agi, il a maudit, il a peu pleuré. » Jérémie est le premier prophète qui ait été prêtre; mais a en lui comme en Isaïe, c’est le prophète qui domine, c’est-à-dire le réformateur de la vie morale, de la vie sociale, de la vie politique ». Jérémie vit Jérusalem tomber aux mains de Nabuchodonozor et la fin du royaume de Juda (586). Il avait déconseillé la résistance à un ennemi de beaucoup plus fort, mais il prêcha l’espérance et la foi en l’avenir aux survivants exilés.
Ezéchiel, prêtre comme Jérémie, fut déporté a Babylone; il y devint le grand prophète de l’Exil, reconstruisant par la pensée le temple de Jérusalem et rendant la vie aux ossements desséchés de son peuple (Ezé:h., 37).