DANIEL ET JONAS
forment le livre de Daniel sont écrites partie en ararnéen, partie en hébreu. D’après le récit qui ouvre ce livre, Daniel aurait été mené captif à Babylone (604) -et, élevé à la cour de Nabuchodonozor, aurait prédit au roi Balthazar sa ruine prochaine. C’est lui qui sauva Suzanne, injustement accusée par des vieillards, ■démasqua l’imposture des prêtres de Bel et sortit indemne de la fosse aux lions où le fît jeter Darius (1). Le livre attribué à Daniel est frauduleux. Loin de remonter aux environs de 550, il fait de claires allusions à des événements voisins del’an 160 avant Jésus-Christ et ses prétendues prophéties, bien qu’acceptées par toute la théologie chrétienne, ne peuvent plus donner le change à personne. On s’étonne qu’il ait fallu attendre ]usqu’à la fin du xvme siècle pour que cette supercherie littéraire fût définitivement démasquée.
60. Un autre prophète, dont les auteurs chrétiens ont fait grand état, auquel Jésus s’est comparé luimême et qui a été considéré comme sa « préfiguration », est Jonas, célèbre par son séjour dans le ventre d’un monstre marin et par sa révolte contré la clémence de l’Éternel. Ninive, menacée par les prophéties de Jonas, s’était amendée; l’Éternel lui pardonna et le prophète osa reprocher à Dieu sa mansuétude. Alors il s’endormit à l’ombre d’un arbre qu’un ver rongea pendant la nuit, et il reprocha de nouveau à Dieu d’avoir détruit cet arbre. « Comment, lui dit l’Éternel, tu voudrais que j’eusse épargné un arbre et je n’épargnerais pas Ninive, cette grande ville où
(1) L’histoire de Suzanne et celle des prêtres de Bel sont des additions grecques, postérieures à l’original araméen.
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ii y a plus de 120 000 créatures humaines qui ne .savent pas discerner leur droite de leur gauche et, outre cela, une multitude de bêtes"? » [Jonas, 4, it). Cette courte composition, très singulière, figure à tort dans le recueil des petits prophètes. On a rapproché Jonas du dieu-poisson babylonien Oannès; on a expliqué son salut miraculeux par celui d’Israël, dévoré par le dragon assyrien et rendu au jour; enfin, on a fait valoir que le dernier épisode contenait une critique à l’endroit du nationalisme étroit et haineux des Israélites après le retour de l’Exil. Ce ne sont încore que les amorces d’une explication.
61. L’idée de l’avènement d’un Messie, c’est-à-dire d’un oint du Seigneur (en grec christos, de chriein , oindre), se constate déjà chez les grands prophètes et a exercé une influence décisive sur les destinées du christianisme. I ongtemps on se figura que le Messie devait être un guerrier heureux, de la race de David, apparaissant en gloire pour rendre son lustre à Israël. Mais à côté de cette conception, que décourageait la marche de l’histoire, se fit jour celle d’un Messie humble et souffrant, du serviteur de Jahveh, dont l’avènement devait purifier Israël plutôt que l’exalter (1). Les textes dits messianiques qui, dans l’Ancien Testament, passent pour préfigurer Jésus, ont tous été ou mal compris, ou détournés volontairement de leur sens. Le plus célèbre est celui d’Isaïe (7, 14) qui prédit qu 'une vierge enfantera Emmanuel ; mais le mot aimait, que les Septante ont rendu par vierge, signifie, en
(1) Il est question du Messie humble dans Zacharie, 9, 9; pour le serviteur de Jahveh, voir surtout Isaïe, 42 et '53.