LES PSAUMES
hébreu, jeune femme, et il s’agit seulement, dans ce passage, de la prochaine naissance d’un fils du roi ou du prophète lui-même. Le contre-sens des Septante est une des origines de la légende relative à la naissance virginale de Jésus. Dès le 11e siècle, les Juifs s’en aperçurent et le signalèrent aux Grecs; mais l’Église a sciemment préféré mal comprendre ce passage et elle persévère depuis plus de quinze siècles dans cette évidente erreur.
62. Il y a de nombreux morceaux de poésie éparsdans la Bible, comme le chant de Lamech, le chant de victoire sur les Philistins, le cantique de Débora, «perle de la poésie patriotique d’Israël ». (1) Nous avons même un recueil de chants d’amour, le Cantique des Cantiques, attribué sans raison aucune au roi Salomon et où l’on a cherché toute sorte d’allégories pieuses' qui n’y sont pas. Mais, sauf ces quelques fragments, la poésie laïque a péri; ce qui nous reste est de la poésie religieuse, trop riche en images, souvent incohérente, mais où le sentiment que nous appelons moral est profondément marqué. Ce sont les Psaumes, les Proverbes et le livre de Job. Les copistes grecs en ont traduit le texte en séparant les vers, ce que les Bibles ordinaires ne font pas. Quant aux règles de cette poésie hébraïque, elles sont encore matière à controverse; tout ce qu’on peut dire, c’est que l’assonance et
(1) Reuss, La Bible, t. VII, p. 5.
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la rime n’y font pas defaut et que la fin des strophes est quelquefois indiquée par un refrain. «■
63. Les Psaumes (grec psalmoi, de psallein, chanter ems’accompagnant) forment un ensemble de 150 morceaux; c’était le livre des cantiques de la Synagogue. Cette littérature un peu monotone, où les idées d’humilité, de résignation, d’espérance en Dieu tiennent une grande place, â exercé une influence immense sur les civilisations et la pensée de l’Europe chrétienne. Les psaumes dits messianiques, considérés comme des prophétiesoudes préfigurations dejésus, ont beaucoup servi à constituer la légende du Christ crucifié (Ps. 22). Près de la moitié des psaumes sont attribués par les suscriptions au roi David, et la tradition, d'accord avec les premiers textes chrétiens (Actes, 4, 25; Hébr., 4, 7), attribue tout le Psautier à ce prince. C’est là une erreur absolue. Le Psautier est un recueil qui s’est formé peu à peu, où il y a des redites, des doubles rédactions: rien ne prouve qu’il contienne une seule pièce antérieure à l’Exil, et plusieurs sont du temps des Macchabées ou même plus tardives. 11 y est question de l’oppression d’Israël, de synagogues détruites, de l’introduction des symboles de l’idolâtrie dans le sanctuaire (Ps. 74). Ceux des psaumes où l’on a cru voir des allusions à l’histoire du roi David contredisent ce que nous savons de cette histoire ou les exigences de la vraisemblance historique, par exemple Ps. 51, où David est censé demander à Dieu qu’il rebâtisse les murs de Jérusalem! Le fait que la tradition faisait de David un poète-musicien (I Sam., 16, 18) suffit à expliquer l’attribution d’hymnes anonymes à ce chef