‹ OrpheusChapitre 201 sur 359 · SIMON LE MAGICIEN · texte numérisé non relu

SIMON LE MAGICIEN

la légèreté de Justin : l’inscription en question a été retrouvée et porte une dédicace à Semo Sancus, vieux dieu romain qu’un rhéteur comme Justin devait connaître. Mais qui était ce Simon, dont le culte divin est attesté à Samarie? Un nouveau Messie, un concurrent de Jésus? La question reste ouverte. L’école de Tubingue, au xixe siècle, a beaucoup insisté sur les traditions relatives à la rivalité de Pierre et de Simon ; elle a pensé que Simon représentait saint Paul et en a conclu, avec quelque exagération, que la rivalité des deux apôtres était allée jusqu’à la haine la plus féroce. Il suffisait de la haine théologique, que les épîtres de Paul laissent assez voir. Non seulement le groupe des j udaïsants de J érusalem organisa contre lui une sorte de mission, mais on fit circuler sous son nom des lettres fausses (Il Thess., 2, 2). Aussi Paul qualifie-t-il ses adversaires de menteurs, de chiens, de suppôts du diable et de faussaires. Ces passages sont à noter à la fin d’un chapitre où, examinant les livres sacrés de l’Église, nous avons presque partout rencontré des faux.

68. J’aurais encore à traiter beaucoup de questions connexes aux précédentes, les premières Apologies adressées par des chrétiens aux empereurs païens, les Actes des martyrs, authentiques en très petit nombre, les « Constitutions » apostoliques; mais ce serait empiéter sur le domaine de l’histoire littéraire. Je terminerai par quelques mots sur l’Antéchrist (plus correctement Antichrist, c’est-à-dire l’ennemi opposé au Christ). Ce nom célèbre paraît tout d’abord dans les lettres de Jean, mais l’idée en est beaucoup plus ancienne, étant

LES ORIGINES CHRETIENNES

celle du Tiamat babylonien opposé à Marduk. Au dragon du mythe primitif se substitua le principe du mal, qui doit livrer un combat terrible au principe du bien avant l’avènement du royaume de Dieu. Des traces de cette conception se trouvent dans Ézéchiel, dans Daniel, dans Baruch, dans l’Apocalypse. Il en est question dans la seconde Épître aux Thessaloniciens (2, 2-1 1) : « Le jour du Christ ne luira pas avant la venue de l’homme du péché, du fils de la perdition; c’est seulement après sa ruine que viendra le temps du Seigneur. » Le bien une fois personnifié dans le Christ, le mal se personnifia dans l’Antichrist. « Car plusieurs viendront en mon nom, dit Jésus, prétendant être le Christ, et ils séduiront beaucoup de gens. Vous entendrez des guerres et des bruits de guerres; prenez garde de ne pas vous troubler, car il faut que ces chcscs arrivent; mais ce ne sera pas encore la fin... Tout cela ne sera qu’un commencement de douleurs... Et plusieurs faux prophètes s’élèveront... et il y aura une grande affliction, telle que depuis le commencement du monde il n’y en a point eu... Alors le signe du Bils de l’homme paraîtra dans le ciel; alors aussi toutes les tribus de la terre se lamenteront en se frappant la poitrine et elles verront le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande gloire. » (Mt., 24.)

69. Ces lignes terribles portèrent des fruits d’époavante. De Néron jusqu’à M. Combes, il n’y a pas un adversaire de l’Église qui n’ait été assimilé à l’Antichrist, dont l’apparition inaugurera l’èrc des catastrophes. Luther v’t 11 Antichrist dans le- pape de

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