ROLE DU SACERDOCE
Or, l’erreur du xvnie siècle consistait précisément à exagérer au delà de toute mesure le rôle du sacerdoce primitif, à méconnaître que la religion est bien antérieure aux prêtres et à considérer ceux-ci comme des fourbes habiles — des fourbes bienfaisants, suivant quelques-uns — qui auraient inventé les religions et les mythologies comme un instrument de domination. De là cette conséquence absurde que la religion, loin d’être contemporaine des premiers débuts de l’humanité, lui aurait été apportée ou imposée à une époque déjà avancée de son évolution; c’est ce qu’enseignait encore de nos jours, à l’École d’ Anthropologie de Paris, un des fondateurs de la science préhistorique, Gabriel de Mortillet.
2i. Au fond de cette doctrine, il y a un anachronisme ridicule, que le xvme siècle a commis d’autant plus volontiers que l’état du christianisme dans l’Europe occidentale semblait quelque peu l’y autoriser. Parce qu’on voyait alors des cardinaux athées, comme Dubois, Tencin et tant d’autres, et des prêtres galants qui, suivant une formule connue, « dînaient de l’autel et soupaient du théâtre », on se figurait qu’il en avait été ainsi dès l’origine. Voltaire, tout jeune encore, faisait applaudir- ces vers de son Œdipe (17x8) :
Les prêtres ne sont pas ce qu’un vain peuple. pense;
Notre crédulité fait toute leur science.
E>i 1742, il fait dire à Mahomet, qui personnifie, à sesyeux, la fourberie plutôt que le fanatisme :
Je viens mettre à profit les erreurs de la terre...
11 faut un nouveau culte, il faut de nouveaux fers.
Il faut un nouveau Dieu pour l’aveugle univers.
LORIGINE DES RELIGIONS