Plus tard, il continua, même dans ses ouvrages
les plus sérieux, à considérer les prêtres comme def imposteurs et les religions comme une sorte d’accident dans la vie des peuples. « Qui fut celui qui inventa l’art de la divination? Ce fut le premier fripon qui rencontra un imbécile. » ( Essai sur les mœurs, t. I,
p. 133, Kehl.) Et ailleurs (t. I, p. 14) : « Il a fallu des forgerons, des charpentiers, des maçons, des laboureurs, avant qu’il se trouvât un homme qui. eût assez de loisir pour méditer. Tous les arts de la main ont sans doute précédé la métaphysique de plusieurs siècles. » Ce que Voltaire entend ici par la métaphysique, c’est l’idée de l’âme distincte du corps, c’està-dire, en somme, une conséquence directe de cet animisme qui est la croyance universelle des primitifs.
« Lorsque, aprè£ un grand nombre de siècles, quelques sociétés se furent établies, poursuit Voltaire, il est à croire qu’il y eut quelque religion, quelque espèce de culte grossier. » Ainsi, la civilisation matérielle d’abord, une civilisation plus que rudimentaire, com- . prenant la connaissance de l’agriculture, le travail du bois, de la pierre et même des métaux; la religion ne serait venue que plus tard. Cette manière de voir a pu sembler à Voltaire conforme au bon sens; elle nous paraît aujourd’hui presque puérile, tant il est vrai que nous avons progressé depuis l’Essaf sur les mœurs.
23. Rousseau fut l’ennemi de Voltaire et bien des gens qui ne l’ont pas lu s’imaginent qu’il a soutenu contre Voltaire les droits du sentiment religieux. Il n’en est rien; sur ce point essentiel, la priorité de la civilisation matérielle sur la religion, le caractère factice