L’INTOLÉRANCE PROTESTANTE
d’être toujours libérale; elle aussi porte devant T histoire la tache de meurtres pour des délits d’opinion.
40. Calvin avait soutenu avec intransigeance la théorie augustinienne de la prédestination, qui fait de Dieu soit le bienfaiteur, soit l’ennemi capricieux des individus. Cette doctrine, conséquence logique de prémisses qui froissent la raison, fut combattue par Harmensen, dit Arminius, pasteur de Leyde (1603), contre un calviniste exalté nommé Gomar. Comme les arminiens étaient libéraux en politique, ils eurent pour adversaire le stathouder Maurice de Nassau; au synode de Dordrecht (1618), ils furent injuriés, maltraités et condamnés. L’un d’eux, le vieux patriote Barnevelt, eut la tête tranchée ; pasteurs et professeurs arminiens furent destitués et beaucoup cherchèrent un refuge au Schleswig, d’où ils revinrent en 1625, lorsque la mort de Maurice rendit quelque crédit aux idées de tolérance. Il faut ajouter, à l’éloge de la Hollande, que le culte catholique n’y fut ni proscrit ni persécuté.
41. Les catholiques n’avaient pas renoncé à reconquérir l’Angleterre, même après la dispersion de l’invincible armada de Philippe II. Le successeur d’Élizabeth, Jacques Ier, fils de Marie Stuart, fut poussé par le parti protestant dans la voie de la persécution; on en donna comme prétexte la conspiration des poudres, destinée à faire sauter le Palais du Parlement et attribuée à l’instigation des jésuites (1605). Leur complicité n’a pas été bien établie; le jésuite Garnet, exécuté pour ce fait, était probablement innocent. Charles Ier, fils de Jacques Ier, avait
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6] >o usé Henriette, fille de TIcnri IV et catholique. On lui reprocha de favoriser le ritualisme, c’est-à-dire les cérémonies de l’Église anglicane qui la rapprochaient du catholicisme; il y était surtout poussé par Laud, évêque de Londres, puis archevêque de Cantorbéry. Charles eut l’imprudence de vouloir imposer cette liturgie à l’ Écosse presbytérienne, qui se révolta. En lutte d’abord, puis en guerre avec son Parlement, il finit par être arrêté, jugé et décapité (1649). Dans le Parlement dominait l’esprit écossais et puritain, forme austère et sectaire du protestantisme; ces hommes de bon sens s’étaient enivrés du vin de la Bible et se croyaient des prophètes d’Israël parce qu’ils fies citaient. Leur chef, Olivier Cromwell, vainqueur de Charles I" à Marston Moor (1644) et à Naseby (1645), avait passé des presbytériens aux indépendants, c’est-à-dire à une forme religieuse démocratique, avec pleine autonomie des communautés locales (1640); devenu lord-protecteur (1653), il donna à l’Église d’Angleterre la forme presbytérienne, atténuée par une large tolérance qui pourtant ne s’étendait pas aux catholiques.
Charles II, rétabli par le général Monk après la mort de Cromwell, revint aux formes anglicanes et essaya, à son tour, de les imposer. Il s’agissait surtout d'obliger tous les ecclésiastiques à recevoir l’ordination épiscopale ; des milliers d’entre eux préférèrent la misère à cette apparence de concession au catholicisme. En réalité, Charles II, prince débauché à la solde de la France, cherchait à rétablir l’ancienne religion. Son frère Jac-